‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 212 sur 300 · LA TORTURE · texte numérisé non relu

LA TORTURE

Pour arriver a établir la vérité en justice, les Grecs avaient recours aux mêmes procédés que nous ; mais ils se servaient en outre de la torture.

La torture n'était jamais appliquée à une personne libre; elle était réservée aux esclaves. « Les esclaves ne pouvaient pas être appelés comme témoins, surtout contre leurs maîtres ; mais on les faisait parler par la torture, qui sans doute n'était pas bien dure, d'autant plus que le maître avait droit à des dommages et intérêts si l'esclave ne lui était pas rendu en bon état. C'était une formalité exigée par la situation même de l'esclave, qui aurait pu craindre le ressentiment de son maître s'il avait parlé autrement que par la force. Les esclaves avaient d'ailleurs beaucoup à dire, car bien des choses se passaient sous leurs yeux, et il eût été difficile de se priver d'un moyen d'information si précieux. On peut s'expliquer ainsi jusqu'à un certain point comment les Athéniens pouvaient attacher tant d'importance à une pratique aussi contraire à la raison. » (Dareste, Plaidoyers civiU de Démosthène, p. xvi-xvii.)

Antiphon dit que l'honmie libre témoigne par le serment, et l'esclave par la torture, « qui tire nécessairement de lui la vérité». (Sur la mort (Ttm choreute, 25.) Isocrate termine un discours par ces mots adressés aux juges : « Je vous ai toujours vus estimer que rien ^jj'est plus sûr ni plus vrai que la lor-

ture, et penser que si les témoins peuvent arranger une de'position fausse, la torture révèle au grand jour la vérité. » [Tra-pézitique, 54.) Isée s'exprime de même : « La torture est le moyen d'investigation le plus exact à vos yeux. Quand des esclaves et des hommes libres ont assisté à un même fait, et qu'il faut éclairer un point obscur, vous ne vous fiez pas au témoignage des hommes libres, mais vous faites mettre les esclaves à la torture; c'est par ce moyen que vous cherchez à connaître la vérité sur l'affaire. Et vous avez raison : vous vous dites que vous avez vu des témoins faire de faux témoignages, tandis que, parmi les esclaves mis à la torture, on n'en a pas encore trouvé à qui la torture n'ait arraché la vérité. » (Sur r héritage de Ciron, 12.)

Dans les Grenouilles, Aristophane donne quelques détails sur la torture (614-621) :

« Xanthiâs. — Que je meure, si je t'ai volé la valeur d'une épingle! Prends cet esclave, mets-le à la question, et, si tu acquiers la preuve que je suis coupable, fais-moi périr.

Eaque.. — Et quel genre de question?

XAiKTHUs. — Tous les genres; tu peux le lier sur le chevalet, le pendre, le déchirer de coups, l'écorcher, lui tordre les membres, lui verser du vinaigre dans le nez, le charger de briques, tout ce que tu voudras. »

Démosthène mentionne encore le supplice de la roue.

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