LES LOGOGRAPHES
Les Grecs ont toujours été prompts à la dispute, et les procès étaient très fréquents à Athènes. Il n'était personne qui se sentit assuré de ne jamais aller en justice. Comment s'en tirer, si l'on avait en face de soi un adversaire qui savait bien manier la parole?
On ne songea pas à instituer des avocats en titre. C'est tout au plus si l'on permit au plaideur de se faire assister parfois d'un proche parent ou d'un ami intime. L'idée que le citoyen devait par lui-môme suffire à toutes les obligations de la vie ci-
vile était au fond de tous les esprits, et on n'aurait guère compris qu un particulier laissât à un étranger le soin de défendre ses biens ou sa vie devant les tribunaux. Néanmoins on put, quand on se défiait de soi, demander à un orateur en renom, ou, comme on disait, à un logographe, qu'il rédigeât le plaidoyer. Le premier qui exerça ce métier fut Ântiphon, dans la seconde moitié du v« siècle. Il eut de nombreux imitateurs, et dès lors il n'est pas un orateur célèbre, sauf peut-être Eschine et Lycurgue, qui n'ait ainsi travaillé pour un client.
Celui-ci voyait par là sa besogne singulièrement facilitée. Pourtant, il était encore tenu de payer de sa personne. Ce discours, que le logographe avait écrit à son intention d'après les pièces du dossier, c'était lui qui devait le débiter devant les juges. Étaitil autorisé à en donner lecture, ou bien fallait-il le réciter de mémoire? On l'ignore. Toujours est-il que le plaideur, au lieu de demeurer, comme chez nous, à l'écart, se présentait seul « la barre, et prenait seul la parole. Le mal n'était pas grand quand il avait afl'aire à un individu aussi inexpérimenté que lui. Mais sa situation était tout autre lorsqu'il avait pour adversaire un citoyen naturellement éloquent, un homme qui possédait à fond tous les secrets de la rhétorique, d'autant plus que les juges étaient fort sensibles aux attraits de cet art.
(D'après Perrot, t Éloquence politique et judiciaire à Athènesy t. 1, pp. 254 et suiv.)