‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 216 sur 300 · LE JURÉ ATHÉNIEN D*APRÈS LES ORATEURS · texte numérisé non relu

LE JURÉ ATHÉNIEN D*APRÈS LES ORATEURS

Le langage des orateurs permet de deviner que le juré athénien était un individu d'honnêteté moyenne, d'esprit étroit, peu versé dans la connaissance des lois, très sensible à l'éloquence, désireux de bien juger, mais passionné, fort préoccupé de ses intérêts personnels, très porté à se laisser guider par des considérations étrangères à la cause et à favoriser ceux qui flattaient ses préjugés ou qui partageaient ses opinions.

Le meilleur moyen de gagner son procès, c'était moins encore d'établir son bon droit, que de prouver qu'on était un excellent citoyen, qu'on montrait beaucoup d'empressement à payer ses contributions, à faire son service militaire, à s'imposer de lourds sacrifices pour la république. Tout plaidoyer se divise généralement en deux parties : dans la première, on discute l'affaire ; dans la seconde, on vante ses mérites civiques, et on rabaisse ceux de l'adversaire, trop heureux quand on peut avec vraisemblance lui imputer des tendances aristocratiques et se donner soimême pour un démocrate avéré.

Un individu de Mytilène comparaît devant le jury athénien sous l'inculpation d'un meurtre. L'accusateur avait eu soin d'alléguer que son père avait pris part à la révolte de Mytilène contre

Athènes, et Taccusé se croit obligé de répondre sur ce point. « Avant cette révolte, mon père manifesta par des actes toute sa bienveillance envers vous. Quand la cité tout entière eut résolu, bien à tort, de vous abandonner, il fut obligé de tremper dans la faute commune. Quoiqu'il fût toujours dans les mêmes dispositions à votre égard, il ne lui était plus possible de vous les témoigner ; il ne pouvait quitter sa patrie, où le retenaient ses enfants et ses biens ; et d'autre part il ne pouvait lutter seul contre la défection générale. Quand vous eûtes puni les meneurs et autorisé les autres à demeurer dans le pays, mon père, que vous n'aviez pas eu à châtier, se conduisit dès lors d'une façon irréprochable ; il remplit tous ses devoirs, et s'acquitta de toutes les charges que Mytilène ou Athènes lui imposèrent.» (Antiphon, Sur le meurtre d'Hérode, 76-77.)

Dans un procès relatif à une afl'aire de succession, Isée dit ceci : a II convient d'examiner ce que sont les deux parties. Thrasippe, père d'Hagnon et d'Hagnothéos, est fort zélé à payer l'impôt et à supporter les liturgies ; ses fils ne sont jamais sortis de l'Attique que pour aller à la guerre; loin d'être inutiles à l'État, ils servent k l'armée, ils paient l'impôt, ils font tout ce qu'on leur ordonne, et, comme chacun sait, ils sont des citoyens modèles. Us sont donc plus fondés que Chariadès h revendiquer les biens de Nicostrate. Chariadès, en effet, lorsqu'il demeurait ici, fut jeté en prison pour vol ; il en sortit par la faute de certains magistrats que vous condamnâtes ensuite à mort ; compromis plus tard dans une autre affaire, il partit pour l'étranger; il y a séjourné seize ans, et n'est rentré qu'après la mort de Nicostrate. U n'a fait aucune campagne pour vous; il n'a payé aucun impôt, et n'a rempli aucune liturgie. Et c'est lui qui voudrait s'emparer des biens d'autrui! » (Isée, Sur l'héritage de Nicostrate, 27-29.)

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