‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 218 sur 300 · V2. — UNE SAISIE · texte numérisé non relu

V2. — UNE SAISIE

Un Athénien a été condamné par le tribunal à payer une certaine somme à Théophème. Celui-ci va pratiquer une saisie chez son débiteur. ^ ,

(( Tliéopbème part, et saisit mes moutons au pâturage, cinquante bêtes à poil fin avec leur berger et tout ce qui dépend de la bergerie. Il saisit ensuite un esclave domestique portant une aiguière d*airain d'un grand prix qui m'avait été prêtée par son propriétaire. Ce gage ne leur parut pas encore suffisant. Us se rendirent à ma terre : je fais valoir h côté de Thippodrome, et j'habite là depuis mon enfance. Us coururent d'abord s'emparer des esclaves, mais ceux-ci leur échappèrent et s'enfuirent de différents côtés. Ilfe se dirigèrent alors vers la maison, et jetèrent bas la porte qui conduit au jardin. C'étaient Évergos, ici présent, frère de Théophème, et son beau-frère Hnésibule, qui n'avaient aucun jugement contre moi, ni aucun droit de toucher à rien qui fut en ma propriété. Us pénétrèrent jusqu'au lieu où étaient ma femme et mes enfants, et emportèrent tout ce qui me restait de meubles dans ma maison. Us comptaient bien saisir davantage, et faire main basse sur tout l'ameublement de ma maison, qui était autrefois beaucoup plus considérable; mais, à la suite dos liturgies, des contributions, des dépenses faites par empressement à vous servir, une partie de ces objets a été mise en gage, et une autre a été vendue. Tout ce qui restait encore a été emporté par eux. Ce n'est pas tout. Ma femme prenait son repas avec mes enfants dans ma cour, et avec elle ma vieille nourrice, bonne et fidèle créature, affranchie par mon père. Depuis son affranchissement, elle avait eu un mari avec lequel elle vivait. Devenue veuve, avancée en âge et n'ayant personne pour la nourrir, elle était revenue chez moi. Je ne pouvais vraiment pas laisser dans le besoin celle qui avait été ma nourrice, ni oublier ceUe qui avait soigné mon enfance. A ce moment d'ailleurs, j'allais prendre la mer comme triérarque. J'avais ainsi une personne sûre à laisser dans la maison auprès de ma femme, qui ne demandait pas mieux. Elles étaient donc là, prenant leur repas dans la cour, lorsque tout à coup ces hommes s'élancent, s'emparent d'elles, saisissent les meubles. Les autres servantes, qui étaient à l'étage supérieur où elles habitent, entendant le bruit, fei^ mèrent l'appartement. Évergos et Mnésibule n'y pénétrèrent pas, mais ils emportèrent les meubles qui garnissaient le reste de la maison. Ma femme leur faisait défense de toucher à ces meubles,

disant qu'ils étaient à elle, et faisaient partie de sa dot, sur estimation.... Elle leur dit encore que l'argent destiné à les payer était déposé à la banque.... Ils ne s'arrêtèrent pas. Loin de là. Ma nourrice avait pris la petite coupe qui était à côté d'elle et dont elle se servait pour boire. Voyant ces hommes dans la maison, elle mit cette coupe sous son vêtement pour qu'ils ne pussent la saisir. Théophème et son frère Évergos l'aperçurent, lui arrachèrent la coupe et la maltraitèrent à ce point qu'elle eut le bras et les poignets tout en sang. Ils lui tordaient les mains et la traînaient par terre pour lui enlever la coupe. Elle a porté au cou des traces de strangulation, et des contusions sur la poitrine. Us ont poussé la méchanceté au point de serrer la gorge à cette vieille femme et de la frapper sans merci jusqu'à ce qu'ils lui eussent arraché la coupe. Les serviteurs des voisins entendaient les cris et voyaient ma maison au pillage. Les uns montèrent sur les toits pour appeler les passants au secours, d'autres allèrent sur le chemin qui est de l'autre côté, et, voyant passer Hagnophile, l'engagèrent à entrer. Hagnophile s'approcha sur l'invitation du domestique d'Anthémion, qui est mon voisin. Il n'entra pas dans la maison, ne se croyant pas autorisé à le faire en l'absence du maître, mais il se mit sur le terrain d'Anthémion, et de là il vit enlever mes meubles, et aperçut Évergos et Théophème sortant de ma maison. Ils ne se bornèrent pas à enlever mes meubles ; ils emmenèrent mon fils, le prenant pour un esclave, jusqu'à ce qu'un de mes voisins, Hermogène, les ayant rencontrés, leur dit que c'était mon fils. »

(Démosthène, Discours contre Évergos et Mnésibulej 52-61 ; trad. Dareste.)

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