LA MORT PAR LA CIGUË
L'exécuteur apporta la ciguë toute broyée dans une coupe. Quand Socrate le vit : o Bien, mon ami, lui dit-il; que faut-il faire? Car tu dois être au courant. — Rien autre chose que de te promener, quand tu auras bu, jusqu'à ce que tu sentes de la lourdeur dans les jambes ; alors tu te coucheras, et le poison agira de lui-même. » Il tendit la coupe à Socrate, qui Tavala tout entière avec un calme et une douceur inaltérables....
Socrate se mit ensuite à marcher; mais bientôt il dit que ses jambes commençaient à s'alourdir ; il se coucha sur le dos, comme on le lui avait recommandé. L*exëcuteur, au bout d'un moment, toucha ses pieds et ses jambes; puis, lui ayant fortement serré le pied, il lui demanda s'il l'avait senti; Socrate répondit : (( Non. » Il lui serra le bas des jambes, et remontant peu à peu il nous montra qu'il se refroidissait et devenait roide. 11 le toucha encore une fois, et nous dit que lorsque le froid aurait gagné le cœur, il mourrait. Déjà le froid atteignait le basventre, quand Socrate, rejetant le manteau dont il s'était couvert, prononça ces mots qui furent les derniers : « Criton, nous devons un coq k Asclépios ; n'oubliez pas de le lui offrir. — Ce sera fait, répliqua Criton ; mais vois si tu n'as rien de plus à me dire. » 11 ne répondit pas à cette question; un instant après, il fit un mouvement, et l'exécuteur le découvrit. Son regard était fixe; Criton, l'ayant remarqué, lui ferma la bouche et les yeux.
(Platon, Pfcedon, 66.)