l'impôt SDR LE CAPITAL
Pour déterminer le capital de chacun, on s'en rapportait aux déclarations individuelles. Celles-ci, naturellement, n'étaient pas toujours véridiques. Beaucoup de citoyens dissimulaient une partie de leur fortune, et la chose était facile, sinon pour les biens fonciers, dont la valeur était connue, du moins pour les biens mobiliers. Toutefois si l'on réfléchit à la puissance énorme qu'avait l'État dans l'antiquité, et au dévouement extraordinaire des citoyens pour l'intérêt public, on se convaincra que les fraudes étaient peut-être moindres qu'elles ne le seraient chez nous. L'amour de la patrie, la vanité, le désir de renchérir sur les générosités d'autrui, le goût de la popularité, tout se réunissait pour persuader à un Athénien qu'il devait se soumettre bravement à toutes les exigences de l'État, et même lui fournir plus qu'il ne demandait. On était moralement tenu de dépasser ici la mesure de ses obligations, et l'on savait presque mauvais gré à ceux qui faisaient simplement le nécessaire.
L'impôt sur le capital n'était pas proportionnel, mais progressif ; ce qui veut dire que la proportion entre l'impôt et le capital du contribuable variait suivant les classes. Voici comment on s'y prenait.
Les citoyens de la première classe (pentacosiomédimnes)
étaient ceux qui possédaient au minimum un capital de 6000 drachmes ou 1 talent. Pour eux, on taxait la totalité du capital.
Ceux de la seconde classe (chevaliers) avaient un capital de 3600 à 6000 dr., et on n'en taxait que les 5/6.
Ceux, de la troisième (zeugites) avaient un capital de 1800 à 3600 dr., et on n'en taxait que les 5/9.
Enfin ceux de la quatrième (thètes) jouissaient d une immunité absolue.
En 378 av. J.-C. on adopta un autre système. Les citoyens furent toujours groupés en catégories, mais le mode de classement changea. En tête se trouvèrent les plus riches, dont le chiffre de fortune nous échappe. Au-dessous venaient ceux dont l'avoir égalait au moins 5 talents (17682 fr.). Il y avait enfin la grande masse des Athéniens, d'où se détachaient peut-être, pour former un dernier groupe, les pauvres qui n'avaient pas 2000 drachmes (1960 fr.).
L'impôt resta progressif, et nous savons que dans la première classe on taxait le cinquième du capital brut. Mais nous ignorons si la proportion était la même pour les classes suivantes. En tout cas, il est fort probable que, si on avait moins de 2000 dr., on ne payait rien.
Veisphora était directement perçue par l'État. Après 378, les plus riches furent obligés d'en faire l'avance au Trésor, sauf à recouvrer ensuite les sommes dues par les autres contribuables. La cité trouvait là le double avantage d'encaisser immédiatement le produit intégral de l'impôt, et d'éviter les frais et les ennuis de la perception.
(D'après P. Guiraud, Revue des Deux Mondes , n*> du 15 octobre 1888.)