CHAUT DE GUERRE DU VII« SIÈCLE AV. J.-C
« 11 est beau de mourir, lorsqu'on tombe aux premiers rangs, en combattant vaillamment pour sa patrie. Mais quitter sa jcité
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et ses champs fertiles pour mendier est le sort le plus fâcheux de tous ; on erre avec sa mère chérie et son vieux père, avec ses petits enfants et sa jeune femme ; on est un objet de haine partout où Ton va , poussé par ie besoin et par lodieuse pauvreté ; on déshonore sa famille ; on dément la noblesse de son visage ; et l'on traîne après soi tous les opprobres et tous les vices. Si le vaincu, ainsi errant, ne rencontre aucune estime, si le mépris s'attache désormais à sa personne, combattons avec courage pour cette terre, et mourons pour nos enfants sans épargner notre vie. Jeunes gens, combattez fermes l'un près de l'autre ; que nul de vous ne donne l'exemple de la fuite honteuse ni de la peur; mais plutôt faitesvous un grand et vaillant cœur dans votre poitrine, et attaquez l'ennemi sans vous soucier de vivre. Pour les anciens, les vieillards dont les genoux ne sont plus agiles, ne les abandonnez pas, ne fuyez pas; car il est honteux de voir tomber aux premiers rangs, devant les jeunes gens, un homme vieux qui a déjà la tête et la barbe blanches; il est honteux de le voir gisant, exhalant dans la poussière sa vaillante âme, et serrant de ses mains sa plaie sanglante sur sa peau nue. Au contraire, tout convient aux jeunes, quand ils ont la fleur éclatante de l'adolescence. Admirés par les hommes, aimés par les femmes, ils sont encore beaux s'ils tombent aux premiers rangs.... Que chacun après l'élan reste ferme, fixé au sol par ses deux pieds, mordant sa lèvre avec ses dents, les cuisses, les jambes, les épaules, au-dessous la poitrine jusqu'au ventre, tout le corps couvert par un large bouclier.... Qu'il combatte pied contre pied, bouclier contre bouclier, casque contre casque, aigrette contre aigrette, poitrine contre poitrine, tout proche, et que, de tout près, corps à corps, frappant de sa longue pique ou de son épée, il perce et tue son ennemi. »
(Tyrtée, fragments 10 et 11 de l'édit. Bergk; trad. par Taine.)