ON COMBAT HOMÉRIQUE
Les Grecs, couverts de leurs armes, marchent en ordre et suivent le magnanime Patrocle, jusqu'au moment où, pleins d'un noble orgueil, ils se ruent sur les Troyens.... Une immense clameur s'élève. Patrocle d'une voix tonnante, encourage ses guerriers.... Son discours ranime toutes les forces et enflamme tous les courages ; les rangs serrés, ils tombent sur les Troyens ; autour d'eux, la flotte retentit de leur terrible cri de guerre. Les Troyens ont le cœur troublé; leurs rangs tourbillonnent; ils pensent que l'impétueux Achille, renonçant à sa colère, accourt de ses vaisseaux, réconcilié avec les autres Grecs. Ils cherchent du regard comment ils éviteront la mort.
Patrocle se dirige au centre de la mêlée, et, le premier, fait voler son javelot brillant au fort du tumulte. Il atteint à l'épaule droite Pyrechme, qui des rives du large Axios conduisit les Péoniens d'Amydone. Le héros tombe dans la poussière en gémissant. Les Péoniens aussitôt prennent la fuite, saisis d'épouvante à la chute de leur chef, le plus vaillant de tous au combat....
Cependant la mêlée s'étend, se disperse, et chacun des chefs immole un guerrier. Le vaillant fils de Ménétios perce de son javelot aigu la cuisse d'Aréilycos fuyant, lui brise l'os, et le
ronverse la tête en avant. Ménélas blesse à la poitrine Thoas qui se couvre mal de son bouclier; il fait évanouir ses forces. Me'gès prévient l'attaque d-Amphiclos et le frappe au mollet; Tairain tranche et traverse tous les muscles du héros ; les ténèbres couvrent ses yeux.... Ajax, fils d'Oïlée, saute sur Cléobule et le prend vivant, embarrassé dans la foule, mais à l'instant il l'immole et lui enfonce son glaive dans la gorge ; la lame entière est tiède de sang; la mort aux teintes violettes et la Parque cruelle éteignent les yeux de Cléobule. Lycon et Pénélée s'attaquent mutuellement, mais leurs javelots s'égarent et volent inutiles. Tous deux alors tirent Tépée. Lycon laisse tomber la sienne sur le cône du casque à la flottante crinière, mais elle se brise à la poignée, tandis que Pénélée lui perce le cou au-dessous de l'oreille et plonge dans la blessure son glaive tout entier. La tête se détache du corps, à peine retenue par la peau; le cadavre s'affaisse....
Les Troyens ne songent plus qu'à la fuite tumultueuse et oublient leur impétueuse valeur.... Combien de coursiers fougueux, en se précipitant, brisent le timon et abandonnent les chars de leurs maîtres! Patrocle, encourageant les Achéens, médite la ruine des vaincus ; il les poursuit, et fuyant à grands cris, ils courent éperdus tous les chemins; des tourbillons de poussière s'élèvent jusqu'aux nues; les coursiers, au sortir du camp, retournent vers la ville.
(Homère, IHade, XVI, 257 et suiv. ; trad. Giguet.)