‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 244 sur 300 · LES MERCENAIRES · texte numérisé non relu

LES MERCENAIRES

Après la guerre du Péloponnèse, on remarque en Grèce, notamment à Athènes, un affaiblissement progressif de l'esprit militaire. Le citoyen répugne à faire la guerre en personne, jet il aime mieux se servir de soldats mercenaires. C'est le mal que déplore Isocrate dans un discours daté de 555 av. J.-C.

« Quelle différence entre nos ancêtres et nous! Eux n'hésitèrent pas à abandonner leur patrie pour le salut de la Grèce, et ils vainquirent ainsi les Perses sur terre et sur mer. Nous, au contraire, nous ne voulons courir aucun danger. Nous prétendons commander à tous, et nous ne voulons pas prendre les armes ; nous déclarons la guerre pour ainsi dire au monde entier, et, au lieu de nous préparer nous-mêmes k la soutenir, nous enrôlons des vagabonds, des transfuges, un ramassis de misérables de toute espèce, prêts à marcher contre nous avec celui qui leur offrira une plus forte solde. Et telle est notre faiblesse pour eux, que si nos enfants avaient commis une faute envers qui que ce fût, nous refuserions d'en accepter la responsabilité, tandis que, s'il s'agit des brigandages, des violences, des excès de ces gens-la, le blâme en doit retomber sur nous; loin de nous en irriter, nous nous réjouissons d'entendre dire qu'ils ont commis quelque méfait de ce genre. Nous en sommes venus à un tel degré de folie que, manquant nous-mêmes du nécessaire de chaque jour, nous avons voulu entretenir des mercenaires, et que nous pressurons nos alliés, nous les rançonnons, pour soudoyer les communs ennemis de tous les hommes. . . . Quand nos ancêtres avaient décrété une guerre, bien que le Trésor fût rempli d'argent et d'or, ils regardaient comme un devoir de marcher au combat pour assurer le succès de leur résolution ; nous, dans la pauvreté où nous sommes réduits, et lorsque nous possédons une population si nombreuse, nous faisons comme le roi de Perse, nous avons des armées de mercenaires. »

(Isocrate, Discours sur la paix, 43-47; trad. Hinstin.)

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