‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 254 sur 300 · SIÈGE DE PLATÉES (428-42l · texte numérisé non relu

SIÈGE DE PLATÉES (428-42l

(( Le roi de Sparte Archidamos fit d'abord entourer la ville d'une palissade pour empêcher les sorties; puis il construisit une levée contre le rempart. Des troncs d'arbres furent mis sur les flancs de cet ouvrage. Ces poutres entre-croisées lui servaient de revêtement extérieur et devaient prévenir les éboulements. A l'intérieur, on entassa du bois, des pierres et de la terre. Cela demanda soixante-dix jours de travail ininterrompu.

« Les Platéens, de leur côté, exhaussèrent leur rempart, là où il était le plus menacé, au moyen d'un mur de briques serrées entre des pièces de bois ; sur cette charpente ils appliquèrent des peaux et des cuirs pour abriter les travailleurs et le bois lui-même contre les traits enflammés.

(( Cet appareil avait une hauteur considérable, mais la levée ennemie avançait aussi vite. Les Platéens eurent alors l'idée de percer la partie du rempart contiguë à la levée, et de soutirer la terre de celle-ci. Mais les Péloponnésiens remplirent d'argile des corbeilles de jonc et les jetèrent dans les interstices ; cette terre visqueuse glissait moins facilement.

(( Privés de cette ressource, les assiégés creusèrent une galerie de mine qu'ils dirigèrent, par conjecture, sous la levée, et ils recommencèrent à extraire les matériaux. Les assiégeants furent longtemps à s'en apercevoir; ils avaient beau entasser la terre, c'était peine perdue; la levée, minée en dessous, s'aifaissait continuellement.

« Les Platéens eurent encore recours à un autre systènnc. En arrière du rempart, ils bâtirent un mur, en forme de demi-lune, dont la convexité était tournée vers la ville, et qui s*appuyait, par ses deux extrémités, au rempart lui-même ; ils espéraient que, si ce dernier était emporté, ce nouvel obstacle arrêterait Tassaillant.

« Cependant Tennemi approcliait de la ville ses machines, tout en continuant ses travaux. Une d'elles, placée sur la levée, ébranla fortement l'appareil en bois qui surmontait le mur d'enceinte, tandis que d'autres battaient le rempart sur divers points. Mais les Platéens les saisissaient avec des nœuds coulants et les tiraient à eux, ou bien ils suspendaient par les deux bouts de grosses poutres à des chaînes de fer, et les laissaient tomber violemment sur les béliers, qu'ils brisaient.

(( Comme la ville était petite, les Péloponnésiens essayèrent de l'incendier. Ils se pourvurent de fagots, et les lancèrent du haut de leur levée; par-dessus ils jetèrent du soufre et de la poix, et y mirent le feu. 11 en résulta un immense embrasement, et peu s'en fallut que les Platéens, après avoir échappé aux autres périls, ne succombassent à celui-là. Mais une forte averse survint, qui éteignit le feu et conjura le danger....

(( Les assiégeants se résignèrent alors au blocus. Us entourèrent la ville d'une double circonvallation. L'une des deux faces regardait Platées, l'autre était tournée vers la campagne, pour s'opposer aux secours qui pouvaient arriver d'Athènes. L'intervalle, large de 16 pieds (5 mètres), était distribué en logements pour l'armée de siège. Ces logements étaient contigus, de telle sorte que le tout ensemble présentait l'aspect d'un mur unique, crénelé des deux côtés. De dix en dix créneaux se dressaient de grandes tours, a cheval sur cette double enceinte. La nuit, par les temps pluvieux, les sentinelles abandonnaient la garde des créneaux, et s'abritaient dans les tours. »

Thucydide raconte comment, à la faveur d'une nuit d'orage, 212 Platéens, pourvus d'échelles, réussirent à franchir les lignes ennemies. Ceux qui rentrèrent dans la ville se virent bientôt à bout de vivres et de forces. Ils capitulèrent, et furent tous égorgés, tandis que leurs femmes étaient réduites en esclavage. t

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Le siège avait duré plus d'un an.

(Thucydide, II, 75-77; UI, 20-24, 52, 68; trad. Bétant.)

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