‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 255 sur 300 · LA TRIÈRE · texte numérisé non relu

LA TRIÈRE

La trière est à la fois un navire à voiles et à rames. Son nom vient de ce qu'elle a trois rangs de rames superposés sur chaque côté. Ce n'est pas ici le lieu d'en décrire toutes les parties ni de dire comment elle était construite. U suffira d'en indiquer, d'après M. Cartault, les principales qualités.

« Elle était fine et bonne marcheuse ; on sait qu'elle pouvait faire jusqu'à 9 ou dO milles (16 à 18 kil.) à l'heure, ce qui est encore aujourd'hui pour les bateaux à vapeur une très bonne vitesse. Elle était fort élevée sur l'eau, et peut-être moins stiible que nos vaisseaux modernes ; mais ce défaut n'avait pas pour les Grecs l'importance qu'il aurait pour nous. En Grèce, la navigation commençait au printemps et cessait à l'automne; ce n'était que par exception et en cas d'absolue nécessité qu'on naviguait l'hiver. Or, pendant la saison d'été, la Méditerranée est ordinairement d'un calme parfait. La trière n'était pas destinée, comme nos navires, à affronter les rigueurs de l'Océan, presque toujours houleux, mais à sillonner les eaux paisibles de l'Archipel semé de ports et de refuges. Nous savons, du reste, quels ravages la tempête faisait dans les flottes des anciens, qu'un ouragan brusquement déchaîné suffisait pour anéantir. C'est ainsi qu'à l'époque des guerres Médiques, les Grecs durent leurs victoires sur l'escadre perse autant au mauvais temps qu'à leur propre valeur.

« Comme navire de combat, la trière réunissait un ensemble de qualités rarement associées. Toute sa force semblait aboutira l'éperon, dont le choc, moins puissant que dans nos vaisseaux, était cependant meurtrier, quand la trière, mise en mouvement par ses rameurs, allait donner de la tête dans les flancs de l'ennemi. Si l'avant était admirablement agencé pour l'ofl'ensive, il avait aussi ses engins défensifs. Les larges épotides^y arc-

1. Les épotides étaient de solides pièces de bois qui formaient saillie des deux côtés de la proue.

soutenir un choc sérieuse. Enfin,

L'AnMÉE ET LA MARINE.

boutées par de solides contreforts, pouvaient sans faiblir, et le sloîos * était une protection du haut des mâts tombaient souvent de lourds projectiles en fer ou en plomb, capables de fracasser le pont du navire ennemi et même de le couler. La trière était d'ailleurs gardée par des archers et des soldats, et leur offrait un nombre considérable de postes appropriés à l'attiique comme à la défense. »

(Cartault, la Trière athénienne, pp. 255 et suiv.)

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