LA COLONISATION GRECQUE DES VIII® ET VII® SIÈCLES
Les Grecs, en fondant leurs colonies, ne firent que suivre l'exemple des Phéniciens, qui longtemps avant eux avaient parcouru les côtes de la Méditerranée pour y établir des comptoirs. Mais, à la différence de leurs précurseurs, ils créèrent plus que de simples marchés ; ce furent des villes qu'ils élevèrent par centaines depuis le fond du Pont-Euxin jusqu'aux
colonnes d*HercuIe. Cette expansion de la Grèce ne fut point l'œuvre de telle ou telle race particulière ; toutes y participèrent, les Ache'ens et les Doriens, comme les Ioniens. Elle ne fut même pas l'oeuvre exclusive des cités maritimes; très souvent aussi les colons furent fournis par des cités continentales, et il n*y a pas eu dans toute la Grèce un seul canton qui soit demeuré étranger à ce courant d'émigration.
Il fut provoqué par des raisons très diverses: le goût des aventures et lamour du changement, la surabondance de la population, la concentration des terres dans les mains de Taristocratie, les discordes civiles, un fléau qui s'abattait sur une contrée, une sentence de bannissement, la conquête étrangère, la nécessité de chercher au dehors des débouchés commerciaux, tels sont les motifs qui obligèrent les Grecs à multiplier leurs colonies. De proche en proche, ils occupèrent toutes les côtes de la Méditerranée, pénétrant peu à l'intérieur, sauf en quelques points, se bornant presque toujours à s'approprier sur le littoral, sinon une étroite banlieue, du moins un territoire assez restreint, d'où leur action rayonnait dans tous les sens. Leur diffusion s'arrêta aux limites du monde alors connu, et il se forma ainsi, hors de l'Hellade proprement dite, une HeUade nouvelle, disséminée partout, toute en longueur, morcelée en une foule de cités autonomes, mais où persistait cependant une certaine unité, fondée sur la parenté de race, sur la similitude des institutions, sur l'identité des croyances et sur la communauté des intérêts.
Ces colonies primitives étaient, pour la plupart, des entreprises privées. La ville d'où partait chacune d'elles se contentait de fournir le feu sacré, destiné au foyer de la cité nouvelle, et le personnage religieux qui serait chargé d'accomplir les cérémonies de la fondation. Ce double bienfait suffisait pour établir entre la métropole et la colonie un lien durable. Mais celui-ci ne devait à l'autre que certaines marques de respect et de déférence. Elle n'était tenue ni de lui obéir ni de lui prêter son appui. S'il lui arrivait parfois d'implorer son aide, c'est parce qu'elle y trouvait son avantage, et elle était absolument libre de s'adresser ailleurs. Elle lui achetfiit volontiers ses produits et lui vendait les siens , mais elle n'était nullement forcée de lui doo-
ner la préférence. En général, elle vivait avec elle sur un pied de bonne amitié; mais il n'était pas rare que cette amitié Ht place à la haine, même à la guerre, pour peu qu'il y eût entre elles quelque divergence d'intérêt. « Quand une colonie est bien traitée, disaient les Corcyréens, elle respecte la métropole; si elle est opprimée, elle s'en détache. Lorsqu'on quitte le sol natal, on ne devient pas l'esclave de ceux qu'on laisse derrière soi, on demeure leur égal. » (Thucydide, I, 34.)