LES COLONIES ATHÉNIENNES DU V« ET DU IV*» SIÈCLE
Plutarque a marqué avec justesse le double objet que se proposaient les Athéniens par l'envoi de leurs colonies : d'un côté, soulager les pauvres et débarrasser la ville d'une foule turbulente ; de l'autre, occuper fortement les positions les plus propres à maintenir leurs alliés.
Ces deux caractères, militaire et économique, se trouvent le plus souvent réunis; parfois aussi l'un des deux domine. Potidée assure la possession de la Chalcidique ; Lemnos et Imbros veillent sur la mer de Thrace et sur les peuples barbares de la côte; la Chersonèse remplit le même rôle pour l'Hellespont. On peut voir surtout l'intention de fournir des ressources aux citoyens pauvres dans la clause du décret de Bréa qui réserve les lots de terre aux deux dernières classes. Souvent encore, les Athéniens paraissent n'avoir songé qu'à jouir des fruits de la victoire en dépouillant les vaincus ; telle est la clérouquie de Lesbos, dont les colons affermèrent leurs lots aux propriétaires. Le ressentiment contre des ennemis acharnés et l'avidité des vainqueurs paraissent avoir été la principale cause de l'expulsion des Éginètes, des Méliens, des Samiens.
La plupart des colonies n'eurent aucun caractère commercial, et les Athéniens ne voulurent pas, comme les Phéniciens, fonder des établissements pour développer le trafic avec des pays éloignés. Si quelques points ont été occupés pour garantir la s&urité de leur commerce, c'est seulement lorsque ce commerce était nécessaire à la vie de l'État. Ainsi la Chersonèse de Thrac-e
protégeait le passage des convois d§ blé qui arrivaient de la mer Noire; de même le besoin qu'avait la marine athénienne des bois de la Thrace et de la Macédoine rendait utile la possession de Lemnos» dlmbros et de quelques villes de la Chalcidique.
Les colonies étant principalement des positions stratégiques, on ne pouvait laisser aux particuliers Tinitiative de ces fondations, ni reconnaître à ces établissements une entière indépendance. C'est donc TÉtat qui fonde les clérouquies; il arme les colons à leur départ, les transporte, leur distribue des lots de terre et les protège. Pour maintenir une étroite union avec la métropole, on leur conserve le titre et les droits des citoyens athéniens. L'éloignement entraîne sans doute pour ces petites cités une certaine autonomie, mais leur constitution est calquée sur celle d'Athènes. Les colons, déjà rattachés par tant de liens à la mère patrie, continuent d obéir h ses lois et à ses décrets. Ces clérouquies, en un mot, sont une espèce d'Attique extérieure et forment une véritable fédération cx)loniale.
(Foucart, Mémoires présentés à V Académie des inscriptionff tome IX, 1" partie, pp. 407409.)