‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 274 sur 300 · LÀ PREMIÈRE CONFÉDÉRATION ATHÉNIENNE · texte numérisé non relu

LÀ PREMIÈRE CONFÉDÉRATION ATHÉNIENNE

Après les batailles de Salamine, de Platées et de Mycale, les Athéniens s'efforcèrent de former une vaste confédération qui empêchât tout retour offensif des Perses, et qui même fût capable de les refouler loin des côtes de l'Archipel, en leur enlevant les villes grecques d'Asie Mineure. Les succès militaires de Cimon et la diplomatie d'Aristide eurent pour effet de grouper autour d'elle presque toutes les cités maritimes de la mer Egée, et ainsi naquit une ligue qui marque la tentative la plus sérieuse des Grecs pour arriver à l'unité politique. Cette ligue était placée sous le patronage d'Apollon, et avait son centre dans l'île sacrée de Délos. Elle avait un conseil fédéral, qui s'assemblait périodi-

quement ; chaque cité fournissait des navires et des soldats, ou une contribution annuelle ; et le chiffre total des subsides atteignait le chiffre de 460 talents (2 millions 700000 fr.).

A la longue, la confédération de Délos changea de caractère. Quand les alliés s'aperçurent que les Perses n'avaient plus de flottes dans l'Archipel ni de garnisons sur les côtes, ils furent tentés de croire que leur union était désormais inutile, et le lien fédéral commença à se relâcher. On eut moins de goût qu'auparavant pour les affaires communes; on cessa d'envoyer des délégués à Délos ; on mit plus de mollesse à remplir ses { bligations ; on se plaignit de leur lourdeur, et on ne désira plus que de s'y soustraire. Athènes ne favorisa cette tendance que dans la mesure où elle pouvait y trouver elle-même son compte. Ainsi le trésor fut transféré de Délos à Athènes. Les villes, sauf deux ou trois, furent dispensées de leur prestation en navires, et la remplacèrent par le paiement d'un tribut. Il n'y eut plus enfin d'assemblée fédérale, et le peuple athénien gouverna désormab la ligue sans contrôle, en faisant d'elle un véritable empire. Primitivement ces divers États étaient pour lui des alliés; plus tard ils ne furent plus que des sujets. Leurs subsides étaient à ses yeux des impôts, qu'il avait le droit d'augmenter ou de diminuer à son gré. Il était libre d'employer ces fonds comme il l'entendait, de les affecter aux besoins de la république, pourvu qu'il garantît en même temps la sécurité des États confédérés, et la flotte n'était pas moins destinée à les maintenir dans l'obéissance qu'à les défendre contre les ennemis extérieurs.

Athènes allait jusqu'à intervenir dans le gouvernement intérieur des cités. Elle voulait qu'elles fussent organisées en démocratie ; elle favorisait les révolutions qui devaient y amener la chute du parti aristocratique ; elle y concourait même de son mieux, et parfois elle rédigeait la constitution nouvelle, dont elle assurait la durée par l'envoi d'une garnison. Elle ne se contentait pas de punir tout allié qui se rendait coupable de quelque infraction au pacte fédéral; elle jugeait même les crimes de droit commun, du moins les plus graves ; un Mytilénien accuse d'un assassinat commis hors de l'Attique fut traduit devant les héliastes athéniens.

Les clauses du traité conclu entre Athènes et Chaicis, au moment où celle-ci entra dans l'empire, montrent bien Tëtendue des obligations que contractaient les cités sujettes. Tout Chalcidien dut prêter le serment suivant: a Je ne me séparerai du peuple des Athéniens par aucune ruse ni manœuvre, ni en paroles ni en actions, et je n obéirai point à quiconque se séparerait deux. Si quelqu'un pousse à la défection, je le dénoncerai aux Athéniens. Je paierai le tribut comme je leur aurai persuadé de le fixer, et je serai le plus possible un bon et fidèle allié. Je me porterai au secours et à la défense du peuple athénien si quelqu'un lui fait tort, et je lui obéirai. » Les Chalcidîcns avaient la faculté de juger leurs magistrats sortis de cliarge. Mais s'ils les condamnaient u l'exil, à l'atûnie ou à mort, ceuxci pouvaient en appeler aux jurés athéniens. Les Athéniens, de leur côté, prirent des engagements dont le vague leur laissait une grande latitude. Le Conseil et les jurés durent jurer cette formule : « Je ne chasserai point les Clialcidiens de Chalcis, et je ne détruirai pas leur ville. Je ne prononcerai contre aucun particulier ni l'atimie ni l'exil ; je ne priverai de la liberté, je ne condanmerai k la mort ni à la confiscation aucun d'eux, sans l'avoir entendu, à moins d'une décision contraire du peuple athénien. Je ne mettrai aux voix, sans citation préalable, aucune résolution contre la cité ni contre aucun particulier. » (Dittenberger, Sylloge inscr, Grœcar,, 10.)

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