‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 284 sur 300 · C. Naos ou Cella · texte numérisé non relu

C. Naos ou Cella

D. Statue d'AUiéna.

E. Opisthodome.

1. M. de Rouchaqd pense que la statue était protégée contre la pluie et le soleil « par un système de 'draperies qui remplaçait le toit absent ».

2. Elle était formée de 21 colonnes et de 2 piliers d'angle; peut-être y avait-il entre elles des tapisseries.

nité puissante et familière qui habitait le temple. Ce but fut atteint par un moyen aussi simple qu efficace, le dégagement de la colonnade extérieure*. Dans les petits et probablement dans les anciens temples, le mur du sanctuaire devait s offrir directement et au premier plan des regards des fidèles. Une mince cloison était le seul obstacle interposé entre la divinité et les hommes. Plus tard, l'artiste dédouble cette enceinte; après ravoir divisée, il en écarte sensiblement les deux parties, comme on sépare dans un arbre Técorce du noyau. De son reliquaire simple, il fait un reliquaire à deux enveloppes. La plus intérieure abritera, pour ne le découvrir qu'à de certaines heures, le simulacre divin.

L'autre le précédera et l'accompagnera de son magnifique et solennel cortège. La colonnade périptère ressemble à une lente procession arrêtée dans son cours. Disposée en claire-voie, elle laisse apercevoir le mur de la cella; elle se double parle devant et à la partie postérieure du temple, mais sans masquer la porte qui s'ouvre en face de la statue. Elle ne fait que ceindre l'édifice de ma-

J jesté et d'éclat, sans rien ajouter à

' l'idée d'une clôture. Qu'on est loin des

Colonne dorique. g^p^ gnceintes à murs pleins des pa-

A. Fût de la colonne; B Gor- ^^j^g hindoucs, et de Icurs portes dé-

gerin;C,Annelets;D, Echine; ° * ,

E, Tailloir; F, Architrave;

G, Gouttes, H, Tœnie ou . , , , ... -^ ta i

hande; I, Frise: J, Mutules; ** ^^ colonnade extérieure avait 46 colon- K, Larmier; L, Chéneau;M' "*^S' ^**"* ^"^ sur, chacun des côtés et 8 sur Ruinpant du fronton. chaque façade (en comptant deux fois les co-

lonnes d'angle). Entre les colonnes des deux façades et le mur de la cella, il y avait encore 6 colonne^»-

croissantes de hauteur jusqu'au sanctuaire écrasé où s'accroupit le dieu terrible ! Ici la déesse ne se dérobe point, elle se montre, et les grandes colonnes, vêtues de lumière, immobilisées dans leur marche, semblent n'être que le premier rang de la procession qui se déroule familièrement autour du Gt'nie national. Ce n'est pas tout : le temple n'est pas moins un édifice poli-

Chapileau ionique.

tique et municipal qu'un édifice religieux. Il n'est pas seulement le trésor, le garde-meuble. Dans une certaine mesure , il représente Vhôlel de ville d'une cité libre. C'est dans le temple qu'on inscrit les traités avec les peuples étrangers ; il tient lieu

Fronlou du temple d'Alhéua, à Égine.

d'un cabinet d'archives. C'est la qu'on loge les princes et les personnages notables qui sont de passage dans les villes, comme on les logerait dans les préfectures de nos départements. Plutarque nous apprend qu'Agésilas, pendant ses voyages, habitait dans les temples, et les Athéniens donnèrent à Démétrius l'opisthodbme du Parthénon pour r^idence. Évidemment, l'architecte qui construit l'édifice, le sculpteur quii*§u4â^(3Qfê^'"

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sent bien plutôt leurs inspirations dans le patriotisme que dans un sentiment purement religieux. Ce qui occupe leur pensée, ce qui anime leur main , c'est Tenthousiasme national et municipal, ce sont les souvenirs de la gloire commune.

De là est sortie la forte conception qui a donné son caractère à l'entablement du temple grec. L'architecte sépare en deux le monument. En bas, dans la cella, il avait laissé une forme religieuse k la pensée politique ; il avait incarné la cité dans une image unique et dominante qui éveillait des idées d'adoration, de sacrifice et de prière. La frise de la cella avait le même caractère ; elle représentait la principale cérémonie du culte. En haut, sur l'entablement, apparaît dans tout son éclat l'ensemble des gloires nationales, des grands ancêtres qui ont illustré la patrie; c'est une sorte de musée héroïque qui surplombe et couronne le temple religieux. Or, de même que dans la cella l'artiste a tout fait pour que l'œil se portât droit sur la statue de la divinité, de même aussi il s'est arrangé pour que le regard fût attiré vers les hauteurs de l'entablement.

Prenez, par exemple, la colonnade extérieure. La colonne n'a qu'une fonction vraisemblable, c'est de soutenir, et par cela même elle appelle l'attention sur les parties soutenues; elle conduit l'esprit et l'œil vers les constructions qu'elle supporte. Pour qu'elle remplisse mieux cet objet, l'artiste supprime la base. 11 a pensé que si la colonne était terminée aux deux bouts, ici par sa base, et là par son chapiteau , le fut serait quelque chose de complet en soi, un véritable édicule sur lequel l'œil irait et viendrait d'une extrémité à l'autre, avant de pousser plus loin. De plus, il trace sur le fût des cannelures qui sont comme des canaux nmltiples où glisse le regard. Il laisse subsister le chapiteau; mais le chapiteau, loin d'arrêter net la vue, l'anicne par une ligne courbe vers l'architrave.

Ici, le spectateur rencontre un premier lieu de repos et de recueillement. L'architrave n'est pas une transition, c'est une station ; l'œil s'y fixe un instant, et nage à l'aise dans ce large blanc prolongé, sans qu'aucun ornement l'excite et le fatigue ^

1. Vers la fin du iv* siècle av. J.-jJ., on appliqua des boucliert dorés sur larchitravo de la façade orientale.

puis il passe dispos et avide au musée héroïque qui s'ouvre immédiatement après. C'est là que l'artiste a placé son admirable diadème de légendes '^ '^?y i77~P^^ ^ sculptées. Dans les intervalles des triglyphes , il a mis les épisodes guerriers'; dans le fronton, les grandes origines nar tionales*. Pour cette légende triomphante, le basrelief ne suffit pas ; il faut qu'elle ressorte, qu'elle se détache fièrement, sous peine de passer inaperçue, en raison même de l'cloignement. C'est sur le fond rouge des métopes et du fronton, c'est avec une saillie puissante, sous un coloris relevé par d'étincelants placages métal-

1. Les 92 métopes qui alternaient avec les Irig^lyphcs, représentaient : sur le côté est, la guerre des Dieux et des Géants; sur le côté sud, le combat des Centaures contre les Lapithes, et les Athéniens venant avec Thésée au secours de Pirithoûs ; sur le côté ouest, la lutte de Tliésée contre les Amazones; sur le côté nord, la destruction de Troie, avec des allusions aux guerres médiques.

Le musée du Louvre possède une tête de Lapithe et une métope entière (Centaure enlevant une femme).

2. Dans les deux frontons étaient'' sculptées d'une part la naissance d'Ailiéua, de l'autre sa victoire sur Poséidon.

Jiques, que s'offriront aux yeux la rivalité de Poséidon et d'Athéna, les combats des Lapithes et des Centaures, des Athéniens et des Amazones. Dans la frise de la cella, FartisJte avait affaire à un édifice d*un sens plus intime; il traitait un sujet d'une allure plus calme, la cérémonie des Panathénées*. Yoilà pourquoi il a employé le bas-relief. Dans la frise extérieure, il a dû recourir à la ronde bosse, à la statuaire, et à une riche polychromie.

Aujourd'hui , si l'on avait à choisir un terrain pour la construction d'une église, on le prendrait de niveau avec la ville, au milieu des maisons, sur le côté d'une large rue; on ferait en sorte que les abords en fussent faciles ; car l'église moderne est un lieu d'assemblée et de prière, et il importe que les fidèles puissent y accéder commodément. Enfin, le temple n'est pas fait pour réunir le peuple, ni pour envelopper chaque jour de silence et d'ombre les dévotions particulières. L'homme privé fait chez lui ses invocations et ses sacrifices. Quand il approche du temple, c'est presque toujours en corps de nation, dans les processions publiques. Le Parthénon est, pour ainsi dire, un édifice férié. Sa destination essentielle est de servir de centre aux fêtes solennelles de la nation; il fait partie de leur mise en scène. En même temps, c'est un trésor, il contient les deniers publics; il est encombré d'oeuvres d'art, d'objets de prix. A tous ces titres, on pourra sans inconvénient le placer à une certaine distance de la ville habitée ; on devra le mettre à l'abri d'un coup de main. L'acropole, avec sa hauteur inexpugnable, ses enceintes, son escalier d'une largeur processionnelle, sera un emplacement très approprié aux usages du culte. Le même orgueil municipal qui faisait élever les tours des cathédrales

1. Cette frise décorait le haut du mur de la cella, sur la colonnade extérieure. On y avait figuré la procession des Panathénées, « longue suite de cayalicrs, de conducteurs de chars, de victimes menées à lautcl, de femmes et déjeunes filles portant l'appareil du sacrifice, etc. Les chevaux sont particulièrement beaux. Des traces de clous montrent que les rênes et les harnais (aujourd'hui disparus) étaient en métal. » (S. Reinach.) La majeure partie de cette frise est à Londres ; un fragment est au Louvre. Sur la procession des Panathénées, voir plus haut, p. 292.

gothiques, pour qu'elles pussent être distinguées de loin par le voyageur, réclamera, pour le temple grec, un lieu dominant et exposé aux regards. 11 faudra que, de tous côtés, le citoyen d'Athènes le voie en levant les yeux; il faudra que Thabitant d*Égine le contemple avec jalousie du bord de son île déchue; il faudra que le navigateur, passant près de Salamine, l'aperçoive peint comme sur un fond d'azur, et emporte dans son esprit, avec cette image brillante, l'idée de la puissance et de la grandeur athéniennes. A ce iitre encore, l'emplacement naturel du Parthénon est l'acropole, d'où il domine largement la ville, la campagne et la mer '.

(D'après Boutmy, Philosophie de rarchilecture en Grèce, p. 163 et suiv.; Alcan, édit.)

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