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LA POLYCHROMIE ARCHITECTURALE

L'emploi de la polychromie dans la décoration des temples grecs ne saurait aujourd'hui être nié par personne*; mais on est loin d'être d'accord sur la qualité et l'harmonie des tons usités.

Les terres cuites vernissées ou peintes qui sont en si grand nombre au musée de Palerme et au musée d'Olympie semblent offrir le type de coloration des édifices grecs ; les couleurs qu'on y rencontre le plus souvent sont le blanc laiteux, le, noir, le rouge sombre et le jaune. On a aussi découvert quelques vestiges de peinture sur certains édifices de l'antiquité.

1. Je ne me porte pas garant de Tentière justesse de toutes ces observations, qui me paraissent trop systématiques. D'abord la prétendue division du temple en deux parties affectées i*une à Athéna Tauire aux héros nationaux, n'est pas absolument exacte, puisque la déesse ost aussi bien glorifiée dans le fronton et les métopes que dans la cella. En outre, M. Boutmy fait trop bon marché de la théorie, actuellement fort répandue, qui explique la structure des temples grecs par le vieil usage des constructions en bois. (Sur cette théorie, voir Bculé, Histoire de Vart grec avant Périclès, Prcmièi'e partie, chap. I).

2. Ce fait, soupçonné par Quatremère de Quincy dès 1815, a été mis hors de doute par UittoriT en 1831.

Dans les temples doriques, les triglyphes étaient recouvertes de bleu sombre ; sur les métopes, le rouge servait de fond à des ornements colorés, a des bronzes, à des bas-reliefs; enfin la bande ou tœnia, passant sous les triglyphes au-dessus de l'architrave, était peinte en rouge sombre. Mais pour les autres parties de l'édifice. Je système de coloration semble avoir été très variable. Ainsi l'architrave était blanche au Parthénon comme au temple de Zeus à Olympie, et la coloration n'était obtenue que par des appliques de boucliers dorés, reliés par des lettres de métal accompagnées de méandres * sur fond blanc ; tandis qu'au temple d'Égine, l'architrave a encore des traces de couleur rouge. Pour les colonnes, les renseignements nous manquent, et, sauf les palmettes des chapiteaux de Pœstum, on ne connaît rien de la polychromie du chapiteau et du fut de la colonne dorique. Quelques-uns veulent que tous les blancs des stucs et des marbres aient disparu sous des couches de couleur, sans en excepter les colonnes, ni les sculptures des métopes ou des frontons. D'autres, au contraire, pensent que les sculptures, tant des frontons que des métopes, devaient en grande partie rester blanches, ainsi que les colonnes, et qu'une coloration moins compliquée des éléments du temple s'accordait mieux avec le génie grec.

Au reste, les exemples d'ornements polychromes appliqués sur des moulures blanches sont assez fréquents : à Olympie, la cimaise du temple de Zeus était couverte de palmettes se détachant en couleur sur le blanc même du marbre, et si les têtes de lion de cette cimaise étaient rehaussées de couleurs, le marbre restait presque partout apparent. Les moulures couronnant les larmiers étaient en général couvertes de peintures ; le larmier demeurait blanc ou était décoré de grecques dessinées sur fond blanc. Peut-être les ors étaient-ils employés pour décorer les tympans des frontons, les gouttes des triglyphes et des mutules et aussi pour servir de fond à la décoration sculptée ou peinte des métopes.

1. Pour comprendre le sens des termes lechnicpies employés dans tout ce chapitre, on peut consulter Adeline, Lexique des termes dart, avec figuics (Paris, Quantin). ^ ,

Quelquefois, la polychromie ëtait obtenue par Talliance de matières de tons différents, comme par exemple l'alliance de Tor et de l'ivoire dans les statues chryséléphantines.

Le bronze semble avcnr été lui-même d'un emploi très fréquent. C'est ainsi que les bas-reliefs des métopes étaient rehaussés d'ornements en bronze doré ; les statues des frontons présentent souvent de nombreux trous de scellement, attestant que certains détails des costumes, les boucliers, les javelots, etc., étaient en métal ; des acrotères en bronze brillaient aux angles des frontons et des boucliers dorés étaient appliqués sur les architraves.

Ces remarques sont vraies de l'intérieur de l'édifice comme de l'extérieur. Les armes accrochées aux architraves et au plafond, les statues en marbre ou en métal, les tables, les trépieds, les vases dorés et les tapisseries venaient encore ajouter à l'éclat des couleurs qui accompagnaient l'architecture. On peut se faire une idée de la magnificence de certains sanctuaires par la profusion des chefs-d'œuvre qui, au dire de Pausanias, y étaient entassés. Des statues, des porlraits, un mobilier fort riche ornaient l'intérieur, et sur les murs étaient figurés les faits mythologiques et les événements où la divinité avait joué un rôle important.

Les monuments ioniques ont été moins étudiés; mais ils gardent, eux aussi, de nombreuses traces de peinture. A Priène, à Halicarnasse, à Éphèse, à Didyme, deux teintes seulement semblent avoir été admises : le bleu d'apparence un peu poudreux et le rouge sombre et sans éclat. Ces deux couleurs ne sont pas jetées au hasard ; le bleu est réservé aux moulures en pleine lumière, tandis que le rouge se trouve de préférence dans le fond des moulures destinées à rester dans l'obscurité, comme le dessous du larmier et le fond des caissons. Les parties plates de la corniche, de la frise et de l'architrave, les canaux des volutes, le fût et la base des colonnes restaient blancs. Gomme à l'Érechthéion, les ors étaient peut-être employés dans les édifices ioniques pour l'œil et les nervures des volutes, et pour faire valoir les décorations courantes des moulures sculptées.

Tels sont les principes de la polychromie générale des temples ioniques et doriques étudiés jusqu*ici. Des traces d ornements recueillies sur le marbre de quelques architraves et sur le stuc de Tarchiteclure intérieure ou extérieure ont montré que de fines peintures venaient intéresser parfois les grandes surfaces blanches de l'architrave, de la frise et de la corniche, donnant a la construction un aspect plus coloré. Ces décorations, probablement plus abondantes à Tintérieur et sur les portiques, étaient formées d'enroulements de palmettes, d'entrelacements divers, de méandres, de grecques, etc., qui semblent avoir eu une grande analogie de forme et de couleur avec celles qu'on retrouve sur les vases peints.

(Laloux, r Architecture grecque^ p. 127 et suiv.; Quantin, édit.)

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