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LES DEBUTS DE LA SCULPTURE EN GRÈCE

Aujourd'hui, avant toute leçon, l'enfant, par l'effet d'une longue hérédité ainsi que par la vertu des images qu'il a partout autour de lui, est, de très bonne heure, moins inhabile à interpréter la forme vivante que ne l'était l'adulte dans la Grèce tout à fait primitive. Cette forme, elle est plutôt visée que copiée dans les idoles les plus anciennes. En classant ces ébauches, on finit par deviner une allusion à la figure humaine jusque dans ces morceaux de marbre taillés en forme de violon que l'on a recueiUisà Troie. L'allusion y est pourtant; à sa manière, l'ouvrier a figuré la tête, le cou et le torse, mais il a supprimé les membres. Ce qui révèle son intention, c'est un autre monument de même provenance, celui-là en os, où les proportions des différentes parties du corps sont déjà indiquées d'une manière moins imparfaite. Point encore de jambes ni de bras; mais l'attache de ceux-ci est rappelée par une légère saillie qui se profile des deux côtés du buste.

Par d'insensibles transitions, on arrive au groupe des idoles que l'on regarde comme originaires des îles de l'Archipel. Toutes

ou presque toutes, elles reproduisent un même type, celui d'une femme vue de face, qui a les bras croisés sur la poitrine. La facture est ici d'une lourdeur et d'une naïveté qui font sourire ; cependant il y a progrès. Dans les plus antiques de ces images, les jambes sont rapprochées les unes des autres et les bras collés au corps. La silhouette de l'image a été découpée dans une mince

Idoles primilivcs.

tablette de marbre. Le corps est très aplati ; mais la proportion de ses différentes parties est assez bien observée, sauf que la tête, pointue par en haut, est trop forte et le cou trop long. Le contour général de la forme est indiqué même par derrière ; la rondeur des fesses est légèrement marquée. Quand le ciseau eut repris quelque confiance en lui-même, il voulut séparer les jambes ; mais ne risquait-on pas par là de briser le marbre ? Certaines statuettes témoignent de ces craintes; les membres inférieurs y sont restés adhérents au fond ; celui-ci s'aperçoit entre eux.

On finit, à la longue, par ne plus se préoccuper de ces dangers. On a des statuettes où les jambes sont écartées et les bras détachés du buste. On y sent Tinstinct du réalisme, un désir de souligner, en les exagérant, les grands traits de la construc^ tion du corps humain. Le nombril et les plis transversaux du

Idoles primitives.

ventre sont parfois indiqués. Cette disposition s'accuse encore davantage, mais avec une insistance qui va jusqu'à la lourdeur, dans une série de figurines qui ont été découvertes près de Sparte. Une d'elles paraît accroupie; mais on ne sait si c'est l'effet de la maladresse du sculpteur, ou bien s'il a voulu représenter un personnage assis et si le simulacre élail complété par un siège.

Il est probable que ces figurines étaient peintes. La couleur a généralement disparu, parce qu'elle n'était pas fixée d'une façon

très solide ; mais parfois on trouve sur ces marbres des traces d'enluminure. Ainsi, sur une tête d'Amorgos, les yeux sont peints en noir ; des lignes rouges se voient sur le nez et le front ; une ligne circulaire limite le sommet du crâne, où le poli de la figure est plus fin que partout ailleurs. Il devait y avoir là une teinte brune qui représentait la figure. Peut-être ces détails indiquent-ils chez ces populations l'habitude de se. tatouer ou de se peindre le visage et certaines parties apparentes du corps, comme font partout les sauvages.

(Perrot, Histoire de Vart dans r antiquité^ VI, p. 737 et suiv.; Hachette, édit.).

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