‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 289 sur 300 · USE MÉTOPE D OLYMPIE · texte numérisé non relu

USE MÉTOPE D OLYMPIE

Sur les métopes du temple de Zcus, à Olympie, étaient figurés les principaux travaux d'Héraclès. L'une d'elles représente la lutte contre le taureau crétois ; elle se trouve au Musée du Louvre * .

Le roi de Crète Minos avait demandé à Poséidon de faire sortir de la mer un taureau, en promettant de le lui sacrifier. Sa prière avait été exaucée ; mais, saisi d'admiration pour la beauté de l'animal que le dieu lui avait envoyé, il le garda parmi ses troupeaux et en immola un autre à la place. Poséidon, irrité de ce manque de foi, rendit furieux le taureau, qui dévasta les environs de Cnosse jusqu'au jour où Héraclès s'en rendit maître et l'emporta vivant a Tirynthe.

Dans la scène qu'il reproduisait sur le marbre, l'artiste a choisi le moment décisif. Héraclès, affermi sur ses deux jambes

1. Les fouilles allemandes en ont fait retrouver quelques nouveaux fragments, dont on a ajouté un moulage au morceau du Louvre. Ces fragments sont la tête du taureau, les jambes de derrière, et l'attache du bras droit d'Héraclès. Le Louvre possède encore des morceaux de deux autres métopes (Combat contre Gcryon, Oiseaux du lac Stymphalc). Sur l'ensemble des métopes, voir Collignon, Histoire de la sculjilure grecque^ I, p. 429 et suiv.

écartées, reçoit, par une manœuvre familière aux toreros de nos jours, la charge de l'animal sur son bras gauche enveloppé de la peau de lion. Du bras droit il lève sa massue, et, pivotant sur lui-même, il va assener sur le front de la bête un coup, dont ce mouvement de l'ensemble du corps aura doublé la force. Cette attitude si vraie a fourni à l'artiste les cléments d'une composition très simple et très saisissante, le corps du héros et

Métope d'Olympic (Héraclès et le taureau crélois).

celui de l'animal forment deux lignes diagonales dont l'intersection est presque au milieu de la métope ; le bras droit d'Héraclès et la massue qu'il brandit font contrepoids à la tête du taureau, et les pattes de la bête, s'entre-croisant avec les jambes de son dompteur, constituaient également, dans la partie perdue du marbre, deux groupes symétriques et fortement liés. Le grand caractère de l'ensemble se retrouve dans l'exécution de chaque partie. Dans le corps du taureau, qui, placé au second plan, sert pour ainsi dire de fond de scène, le modelé est d'une sobriété extrême. La tête est brisée, mais on y devine une

structure très simple; la cuisse est disposée en larges méplats, et le jeu des muscles n'y produit que de faibles saillies. Le corps du héros, qui vient en avant, et dont certaines parties sont complètement détachées, est naturellement exécuté avec une plus grande étude de détails. Néanmoins, là encore l'artiste n'a pas oublié que son œuvre devait être vue de loin ; il a su arrêter à temps son ciseau et n'indiquer que le nécessaire. La tête, osseuse et carrée, n'a d'un peu poussé que la partie expressive; les cheveux courts et la barbe en pointe sont figurés simplement par masses; le soin de donner à ces parties plus de précision a été laissé à la peinture. Les muscles des épaules sont singulièrement puissants ; la poitrine, large et gonflée par une profonde inspiration, se compose de plans peu nombreux et nettement découpés ; le ventre est soulevé par l'effort, les hanches étroites, l'attache des cuisses fine et nerveuse.

Il est intéressant de comparer cette métope à celles du Parthénon, qui sont contemporaines. Elle n'est pas inférieure même aux plus belles. Certes, à côté de défauts dont bien peu sont exemptes, on trouve dans les métopes du monument athénien des parties d'une exécution excellente, ferme et élégante a la fois. Mais dans aucune la composition n'est aussi bien agencée, l'entente des nécessités décoratives aussi complète, le faire surtout aussi large et aussi plein. Nous sommes loin encore d'avoir assez de monuments de l'art grec du v® siècle pour pouvoir . avec certitude distinguer les diverses écoles et marquer les qualités propres de chacune : il semble cependant permis d'affirmer dès aujourd'hui que les sculpteurs du Péloponnèse ont eu plus de puissance et d'ampleur que les artistes de l'Attique, particulièrement épris de la grâce et soigneux du détail. Si l'on voulait chercher dans une œuvre antérieure les fortes qualités de notre bas-relief, ce n'est pas aux métopes du Parthénon qu'il faudrait aller, mais aux marbres de Phidias, aux figures des deux frontons de ce temple. Phidias en effet n'est pas plus- un Attique, quoiqu'il soit né à Athènes, que Raphaël n'est un Romain pour avoir vu le jour au milieu du patrimoine de sa'nl Pierre et pour avoir surtout travaillé à Rome.

(Rayet, Monuments de l'art antique.)

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