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LE COFFRE DE CYPSÉLOS

Un des tyrans de Corinthe, probablement Périandre (629- 585 av. J.-C.), avait consacré à Héra d'Olympie, en l'honneur de son père Cypsélos, un magnifique coffre en bois de cèdre, tout orné de figures sculptées dans le bois ou incrustées en ivoire et en or. Pausanias, qui vit cet objet au second siècle de notre ère, en fait une description détaillée.

Les sujets étaient distribués en cinq zones. Sur la zone inférieure, en allant de droite à gauche, on apercevait : Œnomaos monté sur un char et poursuivant Pélops qui enlevait Hippodamie sur un char attelé de chevaux ailés; la maison d'Amphiaraos et une vieille femme portant Amphilochos enfant ; devant la porte, Ériphyle debout avec ses deux filles et son fils; le cocher Bâton, tenant d'une main les rênes de ses chevaux, de l'autre une lance; Amphiaraos, le pied posé sur son char, menaçant de son épée sa femme coupable et réprimant a grand 'peine sa colère. On voyait ensuite les jeux funèbres de Pélias, la foule des spectateurs, Héraclès assis sur un trône, et derrière lui une femme

jouant (le la ilûte phrygienne : il y avait là des concours de pugilat, de lutte, de disque, de course à pied et en char. Plus loin, c'étaient Héraclès tuant Thydre de Lerne et assisté d'Athéna, Pbinée, roi de Thrace, et les fils de Borée chassant les Harpyes.

La seconde zone, de gauche à droite, représentait les sujets suivants: la Nuit ayant sur ses mains un enfant blanc assoupi qui était le Sommeil et un enfant noir, dormant, avec les pieds tordus, qui était la Mort; puis une belle femme, la Justice, frappant avec un bâton une femme laide, l'Injustice; des magirciennes préparant des philtres dans un mortier; Idas ranienant chez lui Marpessa ; Zeus déguisé en Amphitryon et Alcraène ; Ménélas cuirassé se jetant Tépée nue sur Hélène après la prise de Troie; Médée assise, entourée de Jasoh et d'Aphrodite ; les Muses chantant sous la direction d'Apollon; Atlas chargé du poids de la terre et du ciel, avec les pommes des Hespérides dans la main, et Héraclès s'approchant de lui; Ares emmenant Aphrodite; Thétis défendue par un serpent contre Pelée qui cherche à la saisir; les sœurs ailées de Méduse poursuivant Persée qui s'envole.

Sur la troisième zone étaient figurées deux armées où doifiinaient les fantassins, mêlés de quelques individus montés sur des chars; les soldats étaient les uns prêts à se battre, les autres prêt à causer amicalement. On n'était pas d'accord dans l'antiquité sur l'interprétation de cette scène.

La quatrième zone offrait, de gauche à droite : Borée enlevant Orythie, tous deux avec des queues de serpent en guise de pieds; Héraclès luttant contre Géryon, nionstre à trois corps; Thésée avec une lyre et Ariane lui tendant une couronne; Achille et Meninon combattant s >us les yeux de leurs mères ; Mélanion et Atalante accompagnée d'un jeune, faon; Ajax et Hector en lutte devant la Discorde; les Dioscures enlevant Hélène et Œtlira ; Agamemnon disputant à Coon le corps d'Iphidamas; Hermès conduisant à Paris les trois déesses qui rivalisent pour le prix de la beauté ; Artémis ailée tenant d'une main un lion, de l'autre une panthère; Ajax arrachant Cassandre à la protection de la statue d'Athéna ; Étéocle et Polynice> ce dernier tombé sur un genou et guetté par la Kêr aux dents horribles et

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aux ongles crochus; Dionysos barbu et vêtu d'une longue robe, une coupe d'or à la main, couché dans un antre qu*ornent des ceps de vigne, des pommiers et des grenadiers.

La zone supérieure montrait : Ulysse et Circé dans une grotte et au dehors plusieurs servantes en train de travailler; le Centaure Chiron ; Thétis recevant d'Héphaistos les armesd'Achille, au milieu d'un cortège de Néréides installées sur des chars que vont emporter des chevaux pourvus d'ailes d'or; Nausicaa et une suivante montées sur des mulets et se rendant au lavoir: Héraclès lançant des flèches sur une troupe de Centaures dont quelques-uns ont été déjà tués.

Il est bien difficile de décider, dit M. CoUignon, si l'auteur de ce chef-d'œuvre était un Corinthien ou un de ces artistes nomades qui, vers la fin du vn* siècle, colportaient dans la Grèce continentale les procédés d'art industriel usités en Crète; mais, quel qu'en soit l'auteur, le coffre de Cypsélos est une œuvre toute grecque.

(Pausanias, V, 17-19.)

20. — OBJETS d'orfèvrerie TROUVÉS DANS LE BOSPHORE CIMMÉRIEN \

Dans le ropume du Bosphore, les tombeaux sont de vastes chambres surmontées de tertres élevés ; le mobilier funéraire est varié et abondant, et les objets i)récieux dont la possession avait fait pendant leur vie l'orgueil des chefs à demi barbares du pays sont scrupuleusement ensevelis avec eux. Il est telle de ces tombes, le Koul-Oba*, par exemple, qui contenait de véritables trésors. Or, dans les parures des hommes et des femmes, nous

1. Le Bosphore Cimmérien. était le détroit actuel d*Iénikaleh, entre la mer Noire (Pont-Euxin) et la mer d'Azov (Palus-Méotide). De l»onne heure, les Grecs v fondèrent des colonies (Panticapée, Phanagorie, Tanaïs. Ihôodosia, etc.) qui finirent par tomber sous la domination des barbares du voisinage. Ainsi se forma le royaume, moitié hellénique, moitié scythe, du Bosphore, dont les chefs furent au iv« siècle Satyros (407-393), Leucon et Spartocos (595-348), et Pairisadès (348-310). Ces princes entretinrent des relations très amicales avec Athènes qui tirait du pays une grande quantité de blé.

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