Près de Kertch (Panticapée). ^ . t
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rencontrons bon nombre de pièces de fabrication purement grecque.
Ces objets vraiment helléniques sont rares dans les sépultures d'hommes, et cela s explique aisément : les Grecs ne portaient pas de bijoux ; une pierre gravée à monture très simple était le seul ornement qu'ils se permissent ; encore la pierre gravée, dont lempreinte en cire équivalait à une signature, était-elle un objet d'usage plutôt que de luxe. On n'eût point trouvé dans les boutiques d'Athènes un seul collier, un seul bracelet d'homme. Les chefs Scythes du Bosphore, chez qui le goût des parures en or était aussi répandu que chez les femmes, devaient donc se procurer dans les villes grecques de leur pays, où les orfèvres travaillaient spécialement pour eux, les ornements qu'ils aimaient. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'ils pouvaient en commander dans la Grèce propre. Les femmes, au contraire, n'avaient, dans l'étalage d'un marchand venu de Grèce, que l'embarras de choisir, et elles choisissaient parfois très bien : témoin celle dont les restes ont été trouvés dans le caveau de Koul-Oba, et celle qui était ensevelie dans le plus grand des deux tumulus appelés « les Jumeaux » ou « les deux Frères », sur le territoire de Phanagorie (presqu'île de Taman)*.
Le collier et les ornements d'oreilles de cette dernière sont peut-être, avec une parure trouvée à Phocée, en Asie Mineure, les plus belles pièces d'orfèvrerie grecque qui soient parvenues jusqu'à nous. Le collier se compose d'une triple rangée de pendeloques de dimensions graduellement croissantes, fixées par des chaînettes à une chaîne plate à six rangs qui s'agrafait autour du cou par des fermoirs en forme de têtes de bons. Les points de suspension des chaînettes sont alternativement décorés de disques à surface bombée et lisse et de petits fleurons à bouton central et à deux rangées de pétales : des fleurons semblables recouvrent l'attache des chaînettes aux pendeloques du deuxième et du troisième rang. Les pendeloques de la rangée d'en haut
1. Ce fut un Français, Paul Dubnix, directeur des salines de Kerlcb, qui eut le premier l'idée de fouiller ces nécropoles antiques (1816). On continua après lui, et, aujourd'liui, les . trouvailles qu'on y a faîtes sont une des richesses du Musée de l'Ermitage à Saint-PétersboufUtj^edbyGoOQlc
I;ART grec. 540
sont de simples glands oblongs, sur la partie postérieure desquels s'étendent des feuilles lancéolées. Celles qui leur font suite ont une forme intermédiaire entre celle d'un gland et celle d'un Tase sans pied, dont la panse serait recouverte, dans la moitié supérieure, par des feuilles imbriquées, avec de petites baies saillantes. Celles de la rangée terminale, beaucoup plus grandes que les autres, ont plus franchement la forme de vases. Les feuilles qui les recouvrent, et dans les interstices desquelles sont
Collier en or.
également de petites baies rondes, sont alternativement, dans une des pendeloques sur deux, prolongées jusqu'à la pointe ou interrompues par un bandeau circulaire décoré d'enroulements filigranes. L'estampage de la feuille d'or qui forme ces pendeloques, la relouclie à la pointe des feuilles dont elles sont ornées, la soudure des filigranes et des baies témoignent d'une habileté de main prodigieuse.
Le dessin permet de se rendre compte de T aspect général du collier. Mais il ne peut naturellement donner aucune idée de la somptuosité de coloris que lui ajoutait l'application de l'émail dans certains de ses ornements. Les bandeaux circulaires des
grandes pendeloques étaient remplis, entre les enroulements, d'une pâte d'un bleu profond qui rehaussait Tëclat de Tor très chaud employé par Torfevre. Les pétales des petits fleurons et les feuilles des pendeloques supérieures étaient recouvertes d'émail alternativement bleu et vert....^ ^ D'autres objets, de provenance également hellénique, trahissent de la part des iabricants un effort pour s'accommoder aux goûts
Collier.
particuliers de leurs clients du Bosphore auxquels étaient destinés ces articles d'exportation.
Voici, par exemple, un collier ouvert, qui a été fait évidemment pour un Scythe. Les ornements par lesquels se termine le câble d'or qui constitue la courbure du collier sont deux avanttrains de chevaux montés par des cavaliers, et qui, les jambes de devant repliées, semblent s'élancer au galop de la gaine où leur croupe est prisonnière. Les cavaliers sont des Scythes : leurs
longs cheveux, noués sur la nuque, retombent derrière les épaules; leur barbe est inculte et épaisse; pour vêtement, ils portent une casaque à manches étroites, serrée à la taille par une ceinture, un large pantalon, et des bottes. Sauf que le pantalon est passé par-dessus les bottes, au lieu d'être entré dedans, c'est exactement le costume des moujiks russes ; c'est aussi leur type grossier, mais non brutal, leur nez long et fort, leurs grands yeux endormis, leur bouche lippue. Les chevaux non plus ne sont pas des chevaux grecs : la cambrure de leur chanfrein rend la confusion impossible. Et cet objet fait pour un barbare est fondu, puis ciselé, avec toute la perfection qu'eût pu exiger le goût de l'Athénien le plus connaisseur. Ajoutons que là aussi rémail joue son rôle. La transition entre les cavaliers et la partie du coUier enroulée en torsade est formée par des bandes décorées de palmettes; les fonds de ces palmettes sont remplis de bleu et de vert.
Dans le même tombeau se trouvait un objet en or, épais et lourd, que Ton a eu tort de prendre pour la partie centrale et saillante d'un bouclier. C'est tout bonnement une coupe sans pied, servant aux libations, ce que les Grecs appelaient une phiale. Ces phiales reçurent presque toujours la décoration que ^jBur avaient donnée leurs premiers inventeurs, les Égyptiens ; des fleurs de lotus, en creux du côté intérieur, en saillie vers le dehors, rayonnent autour de l'ombilic et viennent s'épanouir près des bords de la coupe. Ici, la disposition traditionnelle a été conservée, mais les fleurs de lotus sont surchargées d'une profusion d'ornements qui éblouissent par leur richesse. Ce sont d'abord, sur le premier rang de pétales, des têtes grimaçantes de Gorgones dont la chevelure de serpents se prolonge par des enroulements bizarres ; le second rang de pétales porte encore des têtes de Gorgones, mais plus petites; sur le troisième, elles sont remplacées par des têtes de Scythes, avec leur bonnet conique et leur longue et épaisse barbe.
Parmi les objets découverts à Nicopol, sur le Dnieper, dans une sépulture anonyme comme toutes les autres, mais sans aucun doute royale, le plus important est une amphore d'argent, en partie dorée, et haute de trois pieds (0 m. 70). Elle est
formée de deux plaques d'argent rivées l'une a Tautre, et munie de deux anses ; le corps du vase est décoré de palmettes et de rinceaux dessinés avec cette élégance un peu maigre qui caractérise l'époque macédonienne; sur le devant, ces rinceaux sotit faits au repoussé et présentent une légère saillie; sur le derrière, ils sont simplement gravés. Au milieu de ces feuillages ornementaux sont posés des oiseaux, deux grands et deux petits de chaque
Phiale.
côté. A la partie inférieure de la panse, deux ouvertures, que fermaient des bouchons fixés à de petites chaînettes, servaient à l'écoulement du liquide contenu dans le vase. Ces ouvertures sont ornées de têtes de lions, qui rappellent celles du Parthénon : nous sommes la en présence d'un vieux modèle, devenu classique, qui a continué h être en usage dans les ateliers des orfèvres. Plus haut est une troisième ouverture, décorée d'une
Vase de Kicopol.
tête de cheval ailé : TaDimal, les oreilles dressées, Toeil effaré, les joues maigres, les naseaux dilatés et la bouche ouverte pour hennir, n*a rien du cheval grec tel que nous le montrent la frise duParthénon et le tombeau de Mausole; c*est le cheval sauvage du steppe, inquiet et frémissant au moindre bruit. Les grandes ailes éployées dont Tartiste la muni dérobent heureusement au regard la jonction de cette applique à la surface de la panse, et achèvent de lui donner un caractère étrange. Le haut de la panse, au bas delà naissance du cou, est décoré de chaque côté d'un groupe de deux griffons, les uns repoussés, les autres simplement gravés. Mais la partie la plus originale de cette ornementation, c est la frise de figures en haut rehef, fondues à part, retouchées au burin et soudées, qui court au point oîi la surface de la panse se recourbe pour gagner le cou. Le sujet de cette frise est emprunté à l'éducation du cheval. Au centre est une jument que trois hommes s'efforcent de renverser à terre en tirant sur des cordes attachées au bas de ses jambes (les fils d'argent qui figuraient ces cordes sont brisés). On sait que c'est là une manière encore usitée pour terrifier l'animal et mater sa résistance. A droite de ce groupe, un homme debout tenait entre ses mains un objet aujourd'hui manquant, peut-être des entraves qu'il préparait. Plus à droite encore, le propriétaire de la prairie et des bêtes qui y paissent vient de descendre de cheval : sa monture, sellée et bridée, attend paisiblement, pour se mettre à brouter, que son cavalier ait achevé de lui entraver les jambes de devant. A gauche du premier groupe, celui de la jument et des gens qui l'entourent, un homme placé devant un cheval qu'il tient par un licou lui prend et lui plie le genou gauche, en même temps que, pesant sur la corde, il lui fait tourner la tête vers la droite : tout à l'heure, en la lui ramenant vers la gauche par un mouvement brusque, il lui fera perdre l'équilibre et l'abattra sur le flanc. Sur le derrière du vase, deux autres serviteurs viennent de lancer des cordes à des chevaux qui bondissent et cherchent à fuir, tandis que les deux derniers chevaux du troupeau paissent encore sans inquiétude l'herbe rase du steppe. Tout dans cette pièce excite l'admiration : la rareté extrême d'objets de ce prix, l'intérêt du^vje, Ir'adresse
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de Texécuteur. J'ai grand'peine a croire que rorievre qui l'a faite fut d'Olbi», ou du moins que sa main et son œil se fussent formés là : son habileté de ciseleur n est certes pas indigne d'un atelier atiiénien.
(Rayet, Études d'archéologie et d'art, p. 208-210 et 218-229.)