‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 44 sur 300 · LA GYMNASTIQUE · texte numérisé non relu

LA GYMNASTIQUE

C'est a partir de la quatorzième année que la gymnastique devenait l'objet, pour l'adolescent, d'une étude sérieuse.... Les principaux exercices enseignés par le pédotribe étaient la lutte, la course, le saut, le je du disque, le javelot.

Le plus ancien et le plus estimé, parce qu'il" exigeait tout ensemble de la vigueur, de la souplesse, et de la présence d'esprit, et qu'il mettait en jeu tous les muscles k la fois, c'était la lutte. On luttait dans la boue et dans la poussière. La boue augmentait la difficulté de la lutte ; elle nuisait à l'équilibre, et comme les adversaires y roulaient l'un sur l'autre, les membres, déjh gras de l'huile dont on les avait frottés et tout ruisselants de sueur, en devenaient presque insaisissables. La poussière, au contraire, facilitait la prise en s'attachant au corps; on en soulevait à dessein des nuages qui se répandaient sur l'adversaire et permettaient de l'étreindre sans qu'il échappât. Ce sable fin, qui collait a la peau, préservait aussi des rclroidissements : en bouchant les pores, il défendait l'athlète contre le vent âpre qui rend parfois si rigoureux le climat de l'Attique. Le combat terminé, il arrivait que, pour se sécher, on se roulait encore dans cette poussière bienfaisante ; ensuite, on se raclait à l'aide de la strigile*, on se lavait dans des vasques, et, de nouveau sans doute, on se frictionnait avec de l'huile pour conserver aux articulations leur élasticité....

Le but du lutteur était d'étendre son adversaire sur le dos, de manière qu'il touchât la terre des deux épaules. Il fallait, pour être vainqueur, arriver trois fois à ce résultat. La lutte consistait donc à terrasser sans frapper : de là des ruses et un art véritable, dont la langue savait rendre les moindres finesses. Les deux principales formes de cette épreuve étaient la lutte où Ton restait debout et celle oîi l'on roulait à terre. Dans la première, on essayait d'abattre son concurrent sans tomber soi-même; dans la seconde, qui préludait souvent à l'autre, les deux champions, enchevêtrés, s'efforçaient réciproquement de se maintenir le dos au sol : il en résultait un tournoiement plein de péripéties, qui faisait que tantôt l'un, tantôt l'autre se trouvaient dessus, jusqu'au moment où le plus fort ou le plus adroit fixait à terre son camarade et l'obligeait k s'avouer vaincu....

La course était aussi un des plus anciens exercices : elle

1. La strigilc était un petit instrument en métal, muni d'une poignée, que l'on passait sur la peau pour la débarrasser de ses impuretés.

fortifiait les muscles des jambes et les poumons. On courait dans le sable, pour que la difficulté fût plus grande. Il y avait plusieurs sortes de courses: la course simple, où l'on parcourait un stade (185 mètres); la course double, ou la diaulej où, le stade parcouru, on revenait au point de départ ; la course hippiqtWf où Ion fournissait la même carrière qu un cheval dans riiippodrome, c'est-à-dire où deux fois on allait du }X)int de départ au but, et inversement, ce qui faisait quatre stades ; enfin la longue course, ou le doliquCf dans laquelle l'espace à franchir était variable et atteignait parfois jusqu'à vingt-quatre stades (3840 mètres). Quand le but était rapproché, ce qu'on estimait le plus, c'était la vitesse ; dans les longues courses, il s'agissait moins d'aller vite que de conserver la même allure et de ménager ses forces. On ne voit pas que le pédotribe exerçât ses élèves à la course arniée. C'était un exercice d'atlilète, dont la fatigue eût été trop grande pour des adolescents. La course aux flambeaux n'était pas non plus en usage dans les palestres : on la réservait pour certaines solennités qui se célébraient en partie la nuit : c'était moins une gymnastique qu'une sorte de spectacle.

Le saut peut être considéré comme une des formes de la course. Les enfants sautaient des fossés, plus ou moins larges suivant leur âge; ils franchissaient aussi d'autres obstacles. Pour s'alourdir et s'obliger à im plus grand effort, ils prenaient dans chaque main une haltère en plomb. Les haltères n'augmentaient pas seulement le poids du corps; on s'en servait encore pour allonger le saut ; au moment de s'enlever sur les jarrets, on les projetait en avant par un mouvement rapide qui entraînait l'uthlète et le faisait retomber plus loin que s'il eût été réduit à son propre poids.

Le disque et le javelot avaient, dans les palestres, une grande importance. Le premier développait les muscles des bras et des épaules ; le second, tout en fortifiant les bras, exerçait le coup d'œil. Le disque était un cercle plein, en bronze, dont le diamètre variait. L'eflbrt nécessaire pour prendre et remuer ce rond de métal poli était un premier exercice salutaire pour les doigts. On lançait le disque ..iftéremment avec la main droite

OU avec la main gauche; il y avait aussi deux façons de le lancer, soit en hauteur, soit dans le sens horizontal. On s'exerçait encore à l'envoyer en l'air, peut-être en le faisant tournoyer sur lui-même, et à le recevoir à plat sur Tavant-bras et sur la main. Quand on le lançait devant soi, on lui imprimait une sorte d'élan en ramenant le bras en arrière ; pour ajouter à la force du jet, on faisait rapidement quelques pas en avant. On ne fixait pas de but à atteindre : lorsqu'il y avait plusieurs concurrents, celui dont le disque était allé le plus loin était proclamé vainqueur.

Le javelot demandait autant d'adresse que de vigueur: on visait au but, et, pour y arriver, il fallait de la sûreté dans le regard et un juste sentiment des distances.... On n'avait garde de mettre entre les mains des enfants des javelots armés : les imprudences eussent été funestes. Us se servaient tout uniment de bâtons d'une longueur déterminée. Pour envoyer ces bâtons, on avait eu de bonne heure l'idée d'y fixer une courroie dans laquelle on passait l'index et le médius, ou simplement l'index, et qui aidait à la fois k lancer l'arme avec plus de vigueur et a la mieux diriger. Mais les jeunes gens, en général, paraissent s'être peu servis de ce secours. L'endroit où il fallait saisir le javelot avait son importance. Si on l'eût tenu trop près du bout, l'exercice eût été trop facile : on recommandait, k ce qu'il semble, de le tenir par le milieu.... L'arme une fois saisie k l'endroit convenable, on l'élevait k la hauteur de l'oreille, puis on la lançait en se portant avec rapidité de quelques pas en avant.

Ces divers exercices étaient suivis de près par le maître; la baguette k la main, il regardait faire les jeunes gens, les louait, les réprimandait, les interrogeait pour leur donner des exphcations. Quand il le jugeait nécessaire, il n'hésitait pas k jeter bas son manteau, pour appuyer la démonstration par lexemple. Il était secondé dans ces soins par les jeunes gens eux-mêmes. Il y avait dans les palestres un véritable enseignement mutuel : les enfants se chargeaient tour k tour d'instruire et de diriger leurs camarades ; peut-être aussi le pédotribe désignait-il les plus forts pour remplir auprès des autres l'office de moniteurs.

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En dehors de ces épreuves, d'autres exercices constituaient une sorte de gymnastique complémentaire. Ainsi les jeunes gens faisaient des mouvements destinés à les assouplir; on les compliquait souvent, en tenant des haltères. Ils pratiquaient le maniement du cerceau et le jeu de la balle. Us se livraient au pugilat, sorte de lutte k coups de poing, et au pancrace, variété du pugilat, où Ion frappait avec le poing, mais où Ion cherchait également k s etreindre. On s'initiait en outre au métier militaire; on apprenait Téquitation, du moins quand on appartenait à une famille riche ; quant à la danse, elle ne parait pas avoir figuré parmi les matières ordinaires de l'enseignement.

(P. Girard, rÉducation athénienne, pp. 194-213.)

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