‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 47 sur 300 · L*EOUGATION DE LENFÀNT HORS DE L ECOLE · texte numérisé non relu

L*EOUGATION DE LENFÀNT HORS DE L ECOLE

L'école n était pas le seul endroit où Ion apprit quelque chose le simple fait de vivre dans uii milieu restreint, où le moindre événement était connu et commenté, développait singulièrement les intelligences.

Les grands procès politiques attiraient une adluence considérable ; la gravité des intérêts engagés, le talent, la réputation des orateurs, groupaient autour des juges une multitude anxieuse. Les débats terminés, on en parlait ; pendant longtemps, ils servaient de matière aux entretiens. L*enfant n*y demeurait point étranger ; le bruit de ces causes célèbres arrivait k son oreille, et il en suivait avec passion les péripéties. Eschine, k la fin de son plaidoyer contre Timarque, nous montre les fils interrogeant leurs pères sur Tissue du procès ; ne craignent-ils pas, en absolvant le coupable, d'avoir k leur répondre qu'ils ont porté k la morale un coup mortel?... Il y avait de ces discours prononcés devant le jury qui prenaient le caractère d'un véritable enseignement donné k la jeunesse. Quand l'austère Lycurgue étalait devant tous la honte de Léocrate, c'était k elle surtout qu'il entendait s'adresser, et ses lieux communs sur la vertu et le patriotisme, ses citations pleines de préceptes, n'étaient pas autre chose que de grandes leçons k son usage. Lui-même trahit ce souci didactique, quand, sur le point de conter la piété filiale du jeune homme qui a sauvé son père des laves de l'Etna, il commence ainsi son récit, en se tournant sans doute vers les plus jeunes de ses auditeurs : « Peut-être ce que je vais vous dire vous semblera-t-il tenir de la légende, mais il vous sied de l'entendre, jeunes gens. » Les dangers que couraient les accusés illustres, les politiques en renom poursuivis par la haine de leurs adversaires, troublaient profondément la jeunesse athénienne. On se souvient de Démosthène obtenant de son pédagogue

d*être conduit au tribunal où va se décider le sort de Callistrate d'Aphidna : si l'on ne peut regarder cette anecdocte comme authen- • tique, le trait de mœurs qu'elle révèle n'en est pas moins k noter. L'enfant s'instruisait encore au théâtre ; car nous savons qu'il lui était ouvert. Le conduisait-on à toute sorte de spectacles ? Il assistait aux tragédies, le fait n'est pas douteux ; si étrange que cela puisse paraître, il assistait aussi, semble-t-il, aux représentations comiques. On devine de quelle utilité étaient pour le développement de son esprit ces fêtes littéraires. 11 apprenait en outre dans c^s assemblées où le héraut proclamait les récompenses décernées par le peuple à ceux qu'il voulait honorer, comment sa patrie reconnaissait le mérite et quelle gloire il y avait k la servir. « Ne savez-vous pas, dit Eschine en terminant son discours contre Ctésiphon, que ce qui forme les jeunes gens, c'est moins l'école et tous les lieux où l'on cultive leur intelligence, que les proclamations publiques du héraut? » Et il entend par là ces décrets lus au théâtre et contenant la mention des couronnes et des honneurs accordés aux citoyens qui avaient bien mérité de la république. Athènes passait pour porter dans ces faveurs plus de discernement que les autres cités. Dans une société où l'exemple était si fort, et où volontiers on tournait toute chose en enseignement, en leçon pour l'avenir, une pareille équité et la solennité des récompenses devaient nécessairement stimuler la jeunesse ; c'était pour elle une école de civique émulation.

(P. Girard, V Éducation athénienne y pp. 258-261.)

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