VARIATIONS DU COSTUME DES FEMMES
L'ancien costume hellénique, avant les guerres Médiques, est un costume ajusté, que serre aux hanches une étroite ceinture. Autour du torse, il s'applique sur les chairs; au-dessous de la taille, il tombe droit par devant, et, chez les femmes, traîne par derrière sur les talons, tout gaufré de petits plis dont le nombre et la rigoureuse symétrie ne s'expliquent pas seulement par la nature du tissu, mais encore par l'empois et le fer à repasser.
Quelques siècles plus tard, le goût n'est plus le même. L'élément principal du costume, c'est toujours une pièce d'étoffe, en forme de carré long, que des agrafes et, plus rarement, des points de couture permettent de disposer en différentes manières autour du corps ; mais cette pièce a pris plus d'ampleur,
Coslmiie primitif des femmes.
et la laine, qui avait les préférences des Doriens, |)araU l'avoir emporté dans tout le monde grec sur la toile de lin dont les Ioniens, à l'époque d'Homère, faisaient aussi un très fréquent usage. Le tissu de laine a bien plus de corps que la toile; il est plus indépendant des formes qu'il enveloppe; le mouvement y creuse des sillons plus larges et plus fermes. Cette substitution d'une matière à une autre a dii être pour beaucoup dans le changement qui s'est produit ; on en pourrait encore trouver d'autres raisons, tirées des mœurs qui se sont modifiées, du sens esthétique qui s'est affiné. Quoi qu'il en soit, la draperie s'est affranchie des minuties de l'apprêt; elle s'est défaite de cet air de gêne et d'étranglement auquel n'échappent guère les costumes collants.
Les anciens Ioniens goûtaient fort la claire blancheur des toiles de lin ; mais ils teignaient la laine en rouge, en violet, en jaune, en bleu. On prenait plaisir à la complication des dessins, que le tisserand les obtîntTsur son métier par le mélange des fils ou que l'aiguille de la brodeuse les traçât sur le fond. Dans les bordures, l'élément géométrique prodiguait ces combinaisons ; dans le champ, c'étaient des étoiles, des feuillages, des fleurs, des animaux réels ou chimériques, parfois des figures de dieux et de génies, des scènes de chasse ou de combat. Les Grecs n'ont jamais perdu tout a fait le goût de ces vêtements multicolores, de ces étoffes a grands ramages. Pourtant ce qui domina au v® et au iv« siècle, c'était un vêtement simple et uni, blanc ou brun, orné tout au plus d'une bande jaune, rouge ou bleue; cette bande était parfois sobrement décorée d'un méandre ou quelque autre motif analogue.
(Perrot, Revue des Deux Mondes, t. LXX (1885), pi». 299-500.)