LES PRETRES MEDECINS
Les premiers médecins furent en Grèce les prêtres attachés aux temples d'Asclépios, le dieu de la santé. Quelques-uns de ces temples étaient fort anciens, notamment ceux de Tricca en Thessalie, et de Titane en Sicyonie. Dans la suite, ils devinrent de plus en plus nombreux, et Pausanias n'en mentionne pas moins de soixante-trois.
« Ces sanctuaires avaient été construits en général à une certaine distance des villes, dans des lieux élevés et salubres, dans le voisinage de limpides fontaines, au milieu de bois sacrés dont la fraîche verdure réjouissait les yeux. Ils étaient desservis par des prêtres qui se faisaient les interprètes du dieu en exerçant la médecine. L'histoire de la médecine grecque se confond à l'origine avec celle des sanctuaires d'Asclépios ; la science médicale fut d'abord le monopole des familles sacerdotales qui, de père en fils, js'en transmettaient les secrets cachés aux profanes. D'assez bonne heure, il est vrai, les Ascle'piades sortirent des temples pour aller soigner les malades, et admirent à leurs écoles des élèves étrangers à leur caste. Mais cela n'empêcha pas que l'on vînt en foule se faire traiter dans les Asclépieia les plus fameux.
« Avant de pouvoir consulter le dieu dans son temple, le malade était soumis à un grand nombre de pratiques, dont lès unes, telles que les jeûnes, les ablutions et les bains, étaient simplement hygiéniques, tandis que les autres, comme les purifications et les sacrifices, avaient un caractère religieux. Après cette préparation, il était admis dans le temple pour y passer la nuit, soit sur la peau de l'animal qu'il avait sacrifié, soit sur des lits placés auprès de la statue d'Asclépios : c'est ce qu'on appe-
iiO LECTURES HISTORIQUES SUR LA GRÈCE.
lait ïincubaiion. Là, dans le silence et la demi-obscurité du sanctuaire, où il apercevait les serpents familiers déroulant leurs longs anneaux sur les parvis, où il croyait voir tout près de lui le dieu présent, son imagination était vivement frappée. Pendant son sommeil le dieu lui apparaissait en songe, ou s*approchait de lui pour lui indiquer les remèdes qui devaient le guérir. Le lendemain, il racontait ce qu'il avait v i ou entendu aux prêtres, qui interprétaient ces visions et appliquaient le traitement prescrit par le dieu. Ceux qui s'en retournaient guéris suspendaient dans le temple des ex-voto, jetaient des pièces d'or ou d'argent dans la fontaine sacrée, et faisaient graver sur des stèles, avec leurs noms, l'indication de leurs maladies et des remèdes employés. »
(Decharme, Mythologiede la Grèce antique^ pp. 296-297; 2« éd.)