‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 94 sur 300 · CARACTERE DE L ESCLAVE · texte numérisé non relu

CARACTERE DE L ESCLAVE

La comédie grecque nous donne une idée assez exacte du rôle et du caractère des esclaves.

Dans Y ancienne comédie (c'est-à-dire jusque vers la fin du V® siècle), ce rôle est peu marqué encore. Il n'est pas le personnage principal, pas plus qu'il ne l'était dans la vie réelle. Il ne figure que comme accessoire obligé, ou bien comme intermède pour faire diversion et amuser les spectateurs de ses cris quand on le bat. Pourtant, dans les Guêpes et dans la Paix d'Aristophane, les esclaves ont déjà une part plus étendue au dialogue et au jeu de la pièce. Dans les Grenouilles et dans Plutus, du même auteur, ils animent l'action tout entière de leur présence et de leur verve comique. Dans les Grenouilles, c'est Xanthias, grossier en paroles, hardi en répliques, se moquant des fanfaronnades de son maître et le dominant par sa fermeté dans le danger; dans Plutus, c'est Garion qui déplore, au début de la pièce, cette triste condition de l'esclave lié au sort de son maître et fatalement entraîné aux suites de ses folies, mais qui, pour sa part, se promet d'y remédier, questionnant, conseillant, voulant se mêler et se mêlant de tout. L'esclave d'Aristophane est toujours le même personnage, curieux importun, railleur impudent, tranchant de l'égalité dans les questions qu'il fait à son maître, comme dans les avis qu'il lui donne, et luttant en quelque sorte d'autorité avec lui.

Ces traits sont encore plus sensibles dans la comédie nouvelle du IV® et du III® siècle. Image de la vie privée, elle devait naturellement ménager une plus large place à l'esclave. Le plus souvent, elle en fil le ressort de l'intrigue, et le posant ainsi au nœud même de l'action, elle sut mettre dans une plus vive lumière les rapports qui l'unissaient aux autres personnages, et surtout au maître. Cette comédie ne nous est point restée; mais nous la

connaissons par Haute et par Térence, qui lui ont emprunté la plupart de leurs sujets. Presque tous les esclaves de Plante ont avec leurs maîtres ce ton d'aisance et de familiarité qui, comme habitude générale, avait à Athènes plus de réalité qu'à Rome Tels sont notamment Épidicus et Pseudolus dans les deux pièces de ce nom : Épidicus se faisant fort de mener à lui seul son maître et l'ami de son maître, les deux meilleures têtes du Conseil, et se livrant ensuite à leur colère avec une franchise d'aveu et une hardiesse de résignation qui leur font craindre un nouveau piège; Pseudolus, se posant audacieusement en face de Simon, lui déclarant son dessein de le duper dans la journée même, le mettant au défi de l'en empêcher, et, après la victoire, le forçant à lui charger sur les épaules les 20 mines qu'il a gagnées. Tels sont aussi les esclaves de Térence, tantôt insouciants et railleurs à l'égard des tourments de leur jeune maître, comme Byrrhias de VAndrienney tantôt dévoués et prenant en main leur affaire, comme Davus de YAndriennef ou Syrus de ÏHeatitontimorumenoSy l'un avec cette abnégation qu'ont méritée les bontés de Pamphile pour lui, l'autre avec cette autorité que lui donnent ses services.

(Wallon, Histoire de r esclavage dans r antiquité, I, pp. 300-304.)

Page 1