CHAPITRE V
MONTAIGNE CHEVALIER DE l'oRDRE DE SAINT-MICHEL.
Origine de l'ordre. — Sa splendeur , son discrédit , surtout depuis Charles IX. — Dates diverses attribuées à la promotion de Montaigne. — Lettre de Charles IX, de 1571, qui le nomme; détails sur cette lettre, observations. — Critique de Brantôme sur la promotion de Montaigne. — Déclin de l'ordre; création de l'ordre du Saint- Esprit ; opinion de Montaigne. — Destinée du nouvel ordre.
La chevalerie était tombée avec la puissance féodale qui avait été sa raison d'exister. Les rois voulurent , dans leur intérêt, en perpétuer le souvenir, et en garder une image, en créant les ordres de chevalerie. Le roi Jean avait institué celui de l'Étoile , et l'avait trop répandu pour lui laisser sa valeur primitive ^ Louis XI le remplaça par celui de Saint- Michel , fondé le 1" août 1469. Le premier article des statuts porte : « En l'ordre de Saint-Michel y aura trente-six chevaliers gentils hommes de nom et d'armes , sans reproche , dont le roy sera le chef. » Sous François l" et sous Henri II, l'ordre conserva toute son importance : il la perdit sous les trois derniers Valois. Ce sont les Guise qui profitèrent de leur ascendant sur le jeune François II pour prodiguer l'ordre avec excès. La reine Catherine suivit leur exemple , et l'abus ne fît que s'aggraver. Charles IX fut obligé de renoncer à la pompe des chapitres où le roi assistait avec les confrères , et de permettre que la cérémonie des réceptions se fît dans les provinces par commission.
On voit par ce que dit Montluc {Comment. y livre III) le prix
1. a II ordonna lui-mônie, pour le faire mépriser, que les archers du guet de la ville de Paris le porteroient sur leurs casques, ce qui fut cause que les gentilslioniuies le laissèrent, et que cet ordre fut supprimé peu de temps après son institution. » {L'état de la France, comme elle étoit gouvernée en L'an 1048.)
que sons Henri II on attachait encore à l'ordre de Saint- Michel : « Le jour après (en 1555), qui fut le mercredy au soir, M. de Guyse me dit que le roy s'estoit résolu de me bailler le lendemain l'oi-dre , qui estoit en ce temps là chose si digne et recherchée , que le plus grand prince de France ne se fust tenu pour content s'il ne l'eust eu, et eust mieux aymé que le roy ne luy lîst jamais aucun bien , parce que c'estoit une marque d'honneur qui n'estoit pas profanée comme il est à présent. »
Dès 1560, les Guise avaient ouvert la mauvaise voie : ils n'avaient d'autre désir que de « s'acquérir des amis et serviteurs, en leur faisant avoir les charges et les honneurs , comme , un peu auparavant la mort du feu roy François second , ils firent donner l'ordre de Saint-Michel à dix-huit chevahers , qui estoit pour lors une grande et honorable dignité, et, en cinquante ans, il ne s'en estoit tant fait que cette année là.... Depuis il s'en est tant fait du temps du roy Charles neufviesme , que l'ordre en a esté mesprisé et délaissé » (Castelnau, livre I, chap. vi. )
Au dire du savant auteur des additions aux mémoires de Castelnau , Jean Le Laboureur ( Commentaire sur le chapitre VI ) , le connétable Anne de Montmorency blâma pubhquement celte promotion des dix-huit, et le duc de Guise et le cardinal de Lorraine en furent mal voulus ; cependant on n'avait à reprocher que le nombre, la plupart des élus ayant des qualités qui ne laissaient rien à désirer. En 15G1, quinze chevaliers furent faits, le 7 décembre, par Charles IX à Saint-Germain. Au mois de janvier 1562 (ou pliilùt 1563, l'année ne commençant alors qu'à Pâques et non au l"janvier), on comprit dans une seule promotion trente-trois chevaliers, comme cela résulte d'une Icltrc écrite de Chartres, le 12 janvier, par Catherine de Médicis à Artus de Cossé, sieur de Gonnor, depuis maréchal de France, alors surintendant des finances*.