M. de Pichon était le, clerc de ville
2. a le vous prierai sciilcniciil de deux ciioscs : la première , que vous vouliez nous mander votre avis sur la requcste présentée par les iurats de Bourdeaux, interdits de l'exercice de leurs charges.... Vous trouverez donc la requcste desdits iurats, et entendrez, s'il vous plaist, dudit sieur du Laurens, ce (|uc pins particulièrement ie lui ai dit sur l'un et sur l'autre point. » (Lettres do Nicolas de Neufvillc , seigneur de Vilieroy , à Jacques de Matignon , GG- lettre.)
M. Lapeyre; quant à M. Claveau, le conseil persistait à exiger sa comparution en personne ; mais M. de Villeroy écrivit au maréchal que, par considération pour lui, et si la ville insistait, on le sortirait aussi de peine'. Il est probable que l'affaire se termina ainsi.
Les Bordelais curent à se féliciter d'avoir conservé un maire comme Montaigne ; il avait réclamé avec succès auprès du roi de France : une occasion se présenta bientôt d'agir auprès du roi de Navarre; le maire de Bordeaux était en bonnes relations avec les deux cours, qui, à cette époque, n'étaient pas en guerre ouverte.
Il y avait grande importance pour Bordeaux à ce que les communications restassent libres entre cette ville et celles qui se trouvaient sur la Garonne, soit en amont, soit en aval; son principal commerce se faisant au moyen des communications par la rivière : or les habitants du Mas de Verdun , lieu situé sur la Garonne, entre Toulouse et Bordeaux, menaçaient d'arrêter les bateaux chargés. Celle voie de fait aurait été ruineuse pour les Bordelais; le maire, les jurais, le procureur de la ville, firent donc une adresse au roi de Navarre, gouverneur de la province; ils le priaient de maintenir les communications libres pour tous les bateaux montant ou descendant dans toutes les villes de son gouvernement. La pétition, remonstrance , comme on disait alors, est signée par Monlaigne : les qualités exquises de bon sens, de clarté, de franchise dans l'expression , permettent d'en attribuer la rédaction à l'auteur des Essais. On va en juger* .
1. « .Monscigiii''ur, l'ai reçu votre lettre du 27 du passé: le iural Lapeyre a esté cciourd'hui depcsclié suivant votre avis, mais l'on veut (jue l'autre coinparoissc ici en personne; toutefois, ie vous cscris encore pour lui, et que la ville en fasse instance ni'adressant les lettres, on le sortira de cette peine, et le gralifiera-l-on à votre recomnianda'ioii. » {Id., 37" lettre, datée <lc Saint- Maur, 3 mai l;i84.)
2. Ci'lte pii^cc a été publiée d'abord i)ar M. Cliampollion-l'igcac dans le tome 11 des Mélanges des documents inédits jjoitr servir à l'histoire de Vranr.e ; M. Payen, Documents, p. 25, et Xouv. docum., p. 45, Ta reproduite eu y ajoutant d<'s observiUions.
« C'est ce que messieurs de 3Iontaigne, maire, et Delurbe, procureur et syndic de la ville de Bourdeaulx , sont chargés et commis faire remonstranccs au roy de Navarre , lieutenant gênerai du roy au païs et duché de Guyenne , pour le bien du service de Sa 3Iaiesté et soulaigement de ses subiets.
« Remontreront au dict seigneur roy de Navarre que les provinces et villes ne peuvent estre maintenues et conservées en leur estât sans la liberté du commerce laquelle par la communiquation libre des uns avec les aultres cause que toutes chozes y abondent et par ce moïen le laboureur de la vente de ses fruitz nourrit et entretient sa famille , le marchand trafique des denrées et l'artisan treuve prix de son ouvraige, le tout pour supporter les charges publiques et dautanl que le principal commerce des habitants de ceste ville sefaictavecles habltanst deTholose et aultres villes qui sont sizcs sur la Garonne tant pour le faict des bledz , vins , pastelz, poissons que laynes et que les ditz maire et iuratz ont esté advcrtis par ung bruict commun que ceulx du mas de V^erdun sont résolus soubs prétexte du default du paiement des garnizons des villes de seureté octroïees par l'edict de paciftication d'arrester les bapteaux chargés de marchandises tant en montant qu'en dessendant par la dite rivière de Garonne ce qui reviendroità la totalleruyne de ce païs.
« Sera le dict seigneur roy de Navarre supplié ne permettre l'arrest des diclz bapteaux et marchandizes estre faict tant audict mas de Verdun que aultres villes de son gouvernement; ains conserver et maintenir la liberté du commerce entre toutes personnes suyvant les edictz du roy.
« Faict à Bourdaulx en iurade le dixième de décembre mil cinq cens quatre vingtz trois.
« Signés Môtaigne, Dalesme, Galopin, Pierre Reynier, Delurbe, Claveau, Lapeyre^»
1. Ces deux derniers noms étaient fort mal écrits sur l'original; aussi ont-
On a présenté à tort celte adresse comme une défense du principe de libre échange. Les Bordelais ne demandaient pas au roi de Navarre de rendre le commerce libre en l'affranchissant des entraves fiscales , mais de le rendre possible en empêchant les violences matérielles qui pouvaient le suspendre ou le détruire. Ce sont deux ordres d'idées entièrement différents. M. Charles Louandre en fait également l'observation.
La pétition de la jurade accusait les habitants du Mas de Verdun de prendre pour prétexte le défaut de payement des garnisons des places de sûreté; en s'exprimant ainsi, les Bordelais évitaient prudemment d'indisposer contre eux le maréchal de Matignon et la cour ; ils savaient bien que c'étaient les soldats eux-mêmes qui, abandonnés depuis plusieurs mois sans solde et sans fournitures d'aucune espèce , se trouvaient forcés de rançonner les populations. Ce triste état des choses avait déjà excité les réclamations du roi de Navarre ; il les renouvela avec plus de vivacité encore , et coup sur coup , en s'appuyant de la demande des Bordelais que Montaigne et le procureur de la ville lui avaient portée eux-mêmes très-peu de jours après l'avoir signée'. Il fit part aussi de leur démarche à M. de Meslon , son conseiller, gouverneur de Montségur, et lui annonça qu'ils avaient promis de s'employer à faire payer sa garnison et celles des places voisines, moyennant quoi, il leur avait, de son côté ,
Us été tronqués par M. riiampoirion-Figeac, et parM, Paycn dans ses premiers Documents, mais non dans srs Noureaux documents, où il a rétabli les véritables noms d'nprès les omissions à la clironirpic de Damai. Si la pièce n'est signée que par cinq des six jurais, c'est que probablement, ainsi que le fait remarquer M. Payen, le sieur de Budos, qui mourut peu de temps après, était déjà malade.
1. Lettre au maréchal do Matignon, du 17 décembre 1683 : « le vous ay mandé que les .soldats qui sont cz villos de seurelé sont reduitz à la faim, parce qu'estant en places povrcs etdcsgarnies de commoditez, ils n'ont aucun moyen de vivre, n'ayant rien receu iusqn'icy depuis quatre mois de leur entrctcnenicnt, dont les deniers sont ne.mtmoins imposez et levez. Il n'y a encore esl(î pourveu. Mes.sicurs de la ville de Itordcaulx m'en ont f;iirt parler; ie ne puis sinon les rcmeltrc à ceux qui disposent des dicts deniers, caria nécessité presse, et ne peut attendre davantage. » Autre lettre dans le même sens, le 19 décembre [Rec. des Lettres d'Henri /!', t. I, p. 601-CO;)).
promis de patienter et de ne rien entreprendre'. Cette affaire de l'arrestation des bateaux tenait fort à cœur au roi de Navarre ; il avait intérêt à ne pas s'aliéner davantage les Bordelais, déjà mal disposés envers lui, et, en bonne partie, favorables à la Ligue. Il devait désirer aussi de ne pas désobliger le maire qui, en ce moment même, s'occupait de lui rendre des services politiques , dans une affaire délicate , suivie avec M. de Belicvre , auquel il écrivit , à la fm du même mois de décembre 1583 : « le vous prye, monsieur de Believre , de faire pourvoir au prompt payement des garnisons des villes de seureté ; car ils sont contrains d'arrester les bateaux ou vivre sur le peuple *. » Il s'était adressé dans le même but, au roi lui-même , et lui rappelait sa requête dans une lettre de la fm de février 1584 {Lett. d'Henri IV, t. I, p. 645).
Les mêmes causes ramenèrent bientôt les mêmes désordres. On voit, d'après le récit de de Caillière, qu'en 1585, on continuait de se plaindre , et que le maréchal de Matignon travaillant à arranger les affaires de la province avec le roi de Nararre , « celui-ci lui promit de faire cesser les troubles qui faisoient crier Toulouse, et changea les garnisons de ses villes de sûreté, qui se donnoient la liberté de courir et piller le pays, quand on manquoit à leur payer leur solde. »
Ce n'est pas seulement auprès du roi de Navarre que le maire de Bordeaux eut à réclamer en 1585 pour le maintien de la liberté et de la sûreté des communications fluviales. Ce fut aussi auprès des chefs de la Ligue : ceux-ci n'avaient point d'égards pour les promesses faites et pour les besoins du commerce ; leurs mesures violentes causèrent des pertes immenses , et le maréchal de Matignon ne craignit pas de dire que M. de Mayenne s'occupait plus d'intriguer à Tou-
1. « Monsieur Meslon , parce que les maire et procureur de la ville de Bordeaux nie sont venus trouver, et m'ont promis de s'employer a ce que voslrc garnison et aullrcs estant des villes de vostre costé seront payées pour le plus lard dedans quinze jours, ie lui ai aussi asscurd que, durant le dict temps seulement , ie paticnteroys et ne perniettroys qu'il fust rien innové d'extraordinaire. » {Lettres d'Henri IV, t. I , p, 60?.)