Mémoires de Duplessis, in-8°, tome 11, p
et alla au Mont-de- Marsan , déclarer au roi de Navarre que le roi de France n'avait pas de satisfaction à lui donner , étant libre d'agir comme il l'entendait avec ses sujets. Le roi de Navarre promit d'obéir , et demanda seulement qu'on éloignât les garnisons pour sauver les apparences. M. de Bcllièvre ne voulut pas prendre sur lui d'y consentir. M. de Clervant fut chargé d'aller présenter cette demande ; il partit avec une instruction , écrite au nom du roi de Navarre , et rédigée, avec infiniment d'art et de dignité, par Duplessis'. Le jour du départ de M. de Clervant*, l'habile secrétaire informa Montaigne de l'état de la négociation. Le roi de Navarre avait envoyé aussi, en janvier 1584, Pibrac avec un mémoire qu'il lut à Henri 111 et qu'on trouve tout entier dans la collection Dupuy, tome 87.
« En l'an 1684.
« Monsieur, nous avons ouï M. de Bcllicvre. A dire vrai, il n'a proposé aullre satislaction, que l'indignité faittc à la roine de Navarre, et l'autliorité et liberté qu'a un roi à l'endroit de ses subjets. liaison comme vous sçavés, qui tient plus du vinaigre que de l'huile , et mal propre à une plaie si sensible , et en partie si nerveuse : et , ie ne si;ai si j'ose dire peu convenable à la grandeur de nos princes françois , qui ont tousiours altrempé leur souveraine puissance, d'une équité gracieuse; et n'ont iainais disposé de l'honneur de leurs moindres subjets , que de gré à gré. Toutes fois le roy de Navarre a voulu monslrer qu'il ainioil
1. Mémoires in-8°, p. 475. Ce fait, mcnlionné dans la lettre, fait siimsanniicnt connaître la date, ((u'cilc ne porte point autrement. Cette date résulte, au moins quant au mois, d'inie lettre de M. Ferrand .i M. dllautefort, datée d'Agen, 20 janvier 1584 ; on y lit : « Monsieur de Heliicvre est party doi)uis(piatre jours de Hourdeaux pour .se rendre près du roy de Navarre et continuer la négociation (ju'il a commencée depuis quclcpies mois.... Nous espérons (|ue toutes clioses réussiront par doiilceur. ■> (Manuscrits de llarlay, ;r29-7.)
'2. Voy. les pièces contenant le résumé de ce cpie M. de Kelliévre a dit au roi de Navarre, la réponse du roi et les ré|)li(|ues de M. de iJclUèvrc. (Collection IJupuy, tome LX.WVIl , f. K)5-lli'J.)
mieux rendre le roy satisfait , que de l'estre en soy mcsmes. Et pour cet effet, s'est résolu de ploier son honneur sous le respect de ses commandemens. Se resolvant d'aller voir et recevoir la roine sa femme , en sa maison de Nerac. Seulement , qu'on levast les garnisons qu'on avoit mises aux environs , tant afin que cette réception n'eust aucune apparence de force, que pour la seureté de leur séjour. Vous scavés s'il est civil de la recevoir en maison empruntée , ou incivil de demander la liberté en la sienne. M. de Bellievre toutes fois en a fait difficulé très grande ; et de ce pas a esté depesclié ce iourd'huy M. de Clervant vers la roine de Navarre, et delà tirera vers Leurs Majestcz, lesquelles à mon advis , se representans le fait passé , et le considerans en la personne du roy de Navarre , ne le voudront esconduire en si petit accessoire; puis qu'a chose dételle importance , il a cédé au principal. lugés en quelle peine ces gens nous mettent. Nous avions réduit tout à meilleur point que presque il n'estoit à espérer , et maintenant ils marchandent sur un rien, et nous font perdre crédit, si nostre sincérité n'estoit bien connue envers nostre maistre. le remets le tout à Dieu, monsieur, lequel ie prie, etc. ^ »
Henri III, qui avait paru céder, ne voulut pas accorder complètement les dernières demandes du roi de Navarre ; mais il offrit une transaction. Dans une longue lettre qu'il écrit à M. de Bellievre , il discute les propositions de son beau-frère; son style diffus accuse les perplexités de sa pensée ; on le voit partagé entre la méfiance que lui a laissée la prise du Mont-de-Marsan et le désir de terminer le différend actuel, entre la peur de voir le roi de Navarre, s'emparant des villes d'où les garnisons sortiraient , devenir trop fort dans son gouvernement , et la crainte de le voir refuser plus longtemps de reprendre sa femme ; il consent donc seulement à ce qu'on retire , mais en prenant des précautions de sûreté , les compagnies d'Agen et de Condom ,