CHAPITRE
tfONTàIGNB MAOlST&AT.
MooUigoe desliné par son père à la magistrature. — 4 fait probablement ses études de droit à Toulouse. — Établissement d'une cour des aides à Périgueux : Pierre Eyquem en fait partie. Michel Montaigne y entre ensuite; devient conseiller au parlement de Bordeaux par suite de la fusion de la oour des aides. — Darée de la magistratyiB de Montaigne; erreurs des biographes. -« Autres Montaigne membres do parlement. *- Vrais sentimeats de Montaigne sur les lois, la jurisprudence et la justice. — N'a jamais caché sa qualité de conseiller et n'en a point eu honte. — Histoire du parlement de Bordeaux pendant qu'il y a siégé. — Attitude qu'il a dû y tenir. — — Mentions relalîTes à sa présenoe et à sa coopération. — Opinion sur sa valeur comme magistrat.
Pierre Eyquem, écuyer, n'avait aucune connaissance des lettres; mais il les tenait, ainsi que ceux qui les cultivaient, en grande révérence et religion (£<Miit, livre II, chap. xu). n résolut de les introduire, pour la première fois, dans sa maison, en leur donnant au moins un de ses fils. Les deux premiers, chargés de suivre l'exemple des ancêtres et de soutenir l'honneur du nom, étaient destinés aux armes. Permis au bon genlilhomme de réserver Michel, le troisième , pour les muses et pour l'étude. Il en pouvait faire cm homme d'église ou un homme de robe : il choisit la magistrature.
L'éducation tout exceptionneUe qu'il fit donner à son fils prouve que si Pierre Eyquem n'était pas instruit, il avait une intelligence naturelle supérieure , et comprenait d'une laçon aussi forte qu'originale les véritables conditions d'une bonne MM/iMiofi des enfants. On sait qu'il fit apprendre à Michel le latin avant le français , lui donna pour précepteurs domestiques des savants de premier ordre , Nicolas Grouchy ,
Guillaume Guérente , Georges Bucbanan , Marc-Antoine Muret , et le fit entrer , à Fàge de six ans , au collège de Guyenne à Bordeaux, d'où il sortit à treize ans ayant achevé son cours (Essais^ livre I, chap. xxv).
La passion littéraire de ce précoce écolier était pour Tbistoire et la poésie (eod.)- Bientôt il lui fallut joindre à ses livres chéris de lourds volumes de jurisprudence ; c'était la volonté de son père , et il eut toujours pour son père une soumission respectueuse et une tendresse mêlée de vénération.
Voilà donc l'étudiant qui prépare le magistrat. Où se fit celte initiation ? Les biographes ne le savent pas : ils n'ont pas cherché à le savoir : « Il acheva son cours d'études à l'âge de treize ans, dit Bouhier, et apparemmeut il fut envoyé peu après dans quelque école de droit , puisqu'il était destiné à la robe. » — « Il lui fallut fréquenter les écoles de droit, » dit aussi négligemment M. Amaury Duval.
J'ai fait d'inutiles recherches pour connaître avec certitude l'école d'où est sorti l'un des plus illustres membres de la magistrature française. Sans forceV les inductions avec trop de violence , on peut penser que Montaigne a étudié le droit à Toulouse. Vers le milieu du xvr siècle, et encore plus tard , les écoles de celte ville étaient très-fréquentées^ Le célèbre Cujas y commença, en 1547, l'enseignement sur les Institutes; Etienne Pasquier assistait à sa première leçon*. Ses cours furent également suivis par
1. « Ceiie ▼ille est une des plus grandes du royaume après Paris, si Ton considère le nombre et la beauté de ses églises, la dignité de son parlement, qui est le second de la France , le nombre des écoles et des écoliers. » {Mémoires de deThoUf livre II , année 1582.)
2. « L'un des plus grands heurs qiw Je pense avoir recueillis dans ma Jeunesse fut, qu'en l'an 1546, Hoioman et Didduin commencèrent leurs premierr5 lectures de droit aux escolcs de cette ville de Paris, en un grand (liratre d'auditeurs; et ce Jour mesmr, sous ces deux doctes personnages. Je commençai à csludier en droit. El Tan d'après, dans la ville de Toulouse, Je Tus à la premlen^ leçon que Cujas fit en l'cscole àcilntiihitet^ et ronlinual mes leçons sous lui, cliaFcun le trouvant d'un esprit fort clair, et qui ne pror.icttoit pas pru de
du SC5. »
Henri de Mesiues, Antoiae Loisel et Pierre Pithou. II est à remarquer que presque tous ces hoiûmes, devenus plus tard des personnages éminents, ont été les amis de Montaigne, qui est resté avec eux en commerce de lettres et en relations affectueuses. Pourquoi ne ferait-on pas remonter jusqu'aux bancs de Técole les rapports intimes qui ont existé entre Montaigne et Pibrac, Paul de Foix, Henri de Mesmes, Pasquier, Tumèbe, et d'autres qu'il a dû fréquenter à Toulouse ? Os s'y trouvaient à l'époque où nous devons le supposer étudiant lui-même.
Pierre Eyquem, qui ne négligeait rien pour l'instruction de son fils , a pu désirer qu'il reçût les leçons du maître dont Pasquier disait : « Cujas qui n'eut, selon mon iugement, n'a et n'aura, par advcnlure, iamais son pareil. •• Or, il est certain que Montaigne vint très-jeune à Toulouse; dans plusieurs chapitres des Essais^ il parle de cette ville et fait entendre qu'il y a été. Je ne cite que deux passages : • le veis en mon enfance un procez que Corras, conseiller de Thoulouse , feit imprimer, d'un accident estrange : de deux hommes qui se presentoient l'un pour l'autre *. » (Livre HI, jsX chap. IL ) — « Simon Thomas estoit un grand médecin de son temps ; il me souvient que me rencontrant un iour à Thoulouse, chez un riche vieillard pulmonique, et traiclant avec luy des moyens de sa guerison, il lui dict que c'en estoit l'un , de me donner occasion de me plaire en sa compagnie; et que, ficbant ses yeux sur la frescheur de mon visage, et sa pensée sur cette alaigresse et vigueur qui regorgcoit de mon adolescence» et remplissant touts ses sens de cet eslat florissant en quoy i'estoy, son habitude s'en pourroit amender; mais il oublioit à dire que la mienne s'en pourroit emphrer aussi. » (Livre I, chap. xx.)
h Ce iMfiuge mentionne de» faits, eeloi du procès dont Montaigne dit avoir été léaioln, et celui de rimpresslon dont la conlesution fut l'objet de la part de Corras. Le premier fait se pasra du temps de ce que Monulgne appelle ton cDbiiee, et qui correspond à son âge d'étudiant ; le second eut lieu plus tard; le eommentalre de Corras sur ta cause dont il s'agit fut Imprimé eu 1565 , à Paris et à Bruges; Michel aralt alors trente-deux ans.
Montaigne avait terminé son cours au collège de Guyenne en 1546; son adolescence coïncide parfaitement avec Fâge mûr de Corras, né en 1513, et avec renseignement de Cujas, qui professa à Toulouse jusqu'en 1554.
On peut objecter : Si Montaigne avait étudié sous Cujas , il n'aurait pas manqué d'en faire mention, lui qui exalte, et avec raison, le mérite de ses quatre précepteurs, et de Govea , qui avait été principal de son collège. Pourquoi , d'ailleurs, son père l'aurait-il envoyé, encore si jeune, à grands frais, dans une ville éloignée, tandis que Bordeaux, où il avait une maison, des parents, des amis, lui offrait les ressources nécessaires pour apprendre le droit ? Ces ressources y existaient. Le vénérable Pierre Berland, qui, de berger, était devenu archevêque, appréciant toute la valeur de l'instruction, obtint du pape Eugène IV, en 1441 , la fondation d'une Université à Bordeaux, à l'instar de celle qui florissait à Toulouse. Assisté de quelques dignes et vertueux prélats, il en dressa les premiers statuts*. En 1472, le roi Louis XI accorda à l'Université de Bordeaux pareils et semblables privilèges qu'à celle de Toulouse. Le 23 mars 1486, des lettres de Charles VIII, à Bordeaux, nomment les maires et jurats conservateurs des privilèges de l'Université de cette ville, conjointement avec le sénéchal de Guyenne, et rappellent l'origine de l'institution*. Les règlements sur le devoir des docteurs régents en droit civil et canon de cette Université sont contenus dans des arrêts des 16 novembre 1527, 15 décembre et 25 mars 1533, 20 octobre 1551 (Statuts anciens et nouveaux de la ville de Bordeaux).
1. Hittoire curieuse et remarquable de la ville et province de Bordeaux, par de La Colonie.
2. « .... Atods reçu rhumble MippUcallon.... contenaDt que des pieça, du vlTtot de feu de bonne mémoire Pierre Bcriand , eu son vivant arcevesquc de Boordeaulx, lequel, pour les grans vertus, mérites, devocion et bon exemple de Tlvre qui estolt en sa personne, on croit piteusement estre saioct, et i sa très grand poursuite et requeste , fut fondée et érigée en ladite ville de Bour* deaulx une Université à rexemple de celle de nostre vUle de Tbolose, • etc. (Ordon. des rois de France ^ U XIX, p. 697.)
Les lecteurs jugeront si les objections fondées sur des suppositions morales ou sur des faits négatifs, détruisent les inductions tirées de la cesAitude d*un séjour de Montaigne à Toulouse, pendant sa première jeunesse, et de la fréquentation de cette célèbre et ancienne Université par la plupart des jeunes gens distingués qui se destinaient à la magistrature.
Soit sur les bancs de l'école , soit après qu'il eut achevé ses cours , Montaigne s'appliqua très-activement , et avec succès, à toutes les études qui le préparaient ,à sa charge : •» Enfant, dit-il, on m'y plongea jusqu'aux aureîllcs, et il JJ- . /• succedoit. »
Dès que le moment fut venu, et que l'occasion se présenta, son père le fit entrer dans la magistrature. La plupart des biographes racontent qu'il fut pourvu d'une charge au parlement de Bordeaux*; dom Devienne, et, d'après lui, M. Droz (Notes de son Éloge), disent que son père lui acheta une charge de conseiller à la cour des aides de Périgueux , qui fut réunie plus tard au parlement de Bordeaux. Ces faits veulent être approfondis et peuvent être éclaircis.
Les guerres extérieures de la première moitié du xvi* siècle avaient obéré les finances de l'État; pour faire face aux dettes pubUques et à ses propres dépenses, le roi Henri II avait recours à l'impôt et à la création de nouveaux offices qu'il vendait. Dans le double but d'assurer la perception des aides, et de faire de l'argent avec l'institution de nouvelles charges, il avait annoncé l'intention d'établir une cour des aides (comme celle qui existait à Montpellier depuis 1437), pour les trois généralités de Guyenne, Auvergne et Poitou. Les habitants de Périgueux pensèrent aussitôt à faire tourner à leur profit ce projet de démembrement ; les notables habitants et bourgeois de la ville s'assemblèrent et députèrent en grande diligence à la cour le maire
1. Peut-être, dltBouhler, celle du sieur de Bussaguet, son oncle, qui mourut jeune. M. de Bussaguet fut remplacé par son fils, et celui-ci également par son fibi Boaiiier conjecture donc à faui.
et les consuls pour obteuir que la nouvelle cour des aides fût érigée en leur YÎUe. Les délégués firent si bien que, par un édlt du 21 mars 1553, le roi, en son conseil privé , leur accorda leur demande. L*édit fut publié au parlement de Paris, au grand conseil, à la chambre des comptes et à la cour des aides de Paris. Tout paraissait consommé; mais les habitants de Bordeaux avaient agi de leur côté ; ils envoyèrent vers le roi maître Jacques Benoist de Largebaton , président du parlement, homme de grand savoir, expérience et autorité , accompagné de plusieurs jurats et bourgeois ; ils s'opposaient à rétablissement d*une nouvelle cour souveraine dans la province. Paris demandait aussi que sa cour des aides conservât sa juridiction générale , sur laqueUe entreprenait la nouvelle cour de Périgueux ; leui-s instances furent telles qu'un édit du mois de mai 1554 révoqua le précédent, et que la cour des aides de Paris reprit toute l'étendue de son ressort.
Les Périgourdins ne perdirent pas courage; le maire et les consuls assemblèrent de nouveau les notables, bourgeois et habitants de Périgueux. On nomma des délégués, qui partirent en grande hâte pour la cour; ils furent puissamment aidés par les conseils et le concours intéressé de maître Fronton Beraud, seigneur et baron de Tailhecanat, alors avocat général au parlement de Bordeaux, et Antoine Poyne, lieutenant général au siège de Bergerac, tous deux nés à Périgueux, et qui étaient allés à la cour pour se faire pourvoir des offices de premier et de second présidents à la nouvelle cour des aides.
Les délégués firent entendre au roi, eu son conseil privé, que la ville de Périgueux, située au milieu de trois généralités, possédant un grand nombre d*hommes savants, expérimentés, capables de bien exercer les fonctions de présidents, conseillers et autres officiers, était le lieu le plus convenable, en même temps le plus commode dans l'intérêt des contribuables, pour l'élablissement d'une cour des aides. Les villes de Paris, Bordeaux et Poitiers combattirent ces raisons, et firent au roi des oflres considérables ; mais
on troisième édit de juin (juillet) 1554 ordonna rétablissement déflnitif de la cour des aides à Périgueux.
La condUion de cette concession fut un contrat passé entre le roi et la ville; le maire et les consuls ayant fait délibérer les bourgeois et habitants réunis dans la maison commune de consulat, et ayant été autorisés par le corps et communauté de la ville, s'obligèrent à payer au roi la somme de 50000 francs dus pour la finance des nouveaux ofGces, et à fournir des personnages capables de les remplir; c'étaient les maire et consuls qui devaient nommer et présenter au roi tous les officiers de la cour des aides. L'édit fat publié et enregistré.
Conformément aux motifs qui avaient fondé leur demande, le maire et les consuls ne présentèrent au roi, qui les institua, que des personnes dont ils justifièrent Textrac* tion périgourdine.
La cour se composa, d'après l'édit d'institution, de HM. de Beraud et Poyne (de Périgueux), premier et second présidents; conseillers maistres, MM. Bertrand de Maccanein, Pierre-Eyquem de Montaigne^ Bertrand Lambert, Jehan de Saint- Ange], François Bouchier, Etienne d'Aringes, François Fayard , Jacques de Brussac et Jehan Barbarin ; avocat général, M. Pierre de Saint -Angel; procureur général, M. François de Merle; greffier, M. François Vigoureux; payeur des gages, PauUchonnet ; receveur des amendes, Pouret de Champaignere ; huissiers, François Duvivier, François Saunier et Claude Brossay. Tous les conseillers appartenaient au Périgord ; MM. de Lambert, Saint- Angel, Bouchier, Fayard, Barbarin étaient de Périgueux; M. de Maccanein était seigneur de Salegourdc-lez-Périgueux : lAdit Eyquem de la maiscn de Montaigne en Périgord^ juridiction de Monlravel^ M. d'Aringes, de La Linde du ressort et bailliage de Périgueux; M. de Bruzac, seigneur de Domne, du lieu d'Eigonnac.
Le 16 décembre 1554, la cour fut installée, aux frais de la ville, dans la salle haute de la maison commune de consulat, par M. Pierre de Carie , président en la cour de
parlement de Bordeaux, commissaire délégué à cet effet par le roi*.
Pierre Eyquem recevait, celte année-là, de nombreuses preuves de Festime dont il jouissait dans la Guyenne. Porté le second (sans doute d'après le nombre des voix qui avaient élu les magistrats à présenter) sur la liste des conseillers, il avait été, entre la date de l'institution et celle de l'installation de la cour des aides, nommé maire de Bordeaux (Darnal). On sait, par le témoignage des Essais, qu'il était fort zélé pour l'exercice de ses fonctions municipales, et, par la chronique bordelaise, que, pendant sa mairie, s'accomplirent un grand nombre d'actes administratifs importants pour la ville. On doit penser qu'il ne continua pas de résider à Périgueux; après avoir accepté la haute dignité de maire de Bordeaux, bien supérieure à un siège dans une cour des aides, il vint, sans doute, prendre bientôt possession effective de cette charge*. Les Bordelais n'auraient pas tardé à le rappeler, comme ils le firent pour plusieurs maires, et particulièrement pour Michel Montaigne. Il est probable que, quand la cour des aides eut été installée, Pien*e Eyquem, nanti de deux fonctions inconciUables , chercha, le plus tôt que cela fut possible, à résigner son office de conseiller en faveur de son fils Michel.
M. Payen mentionne comme certain le fait de la succession de Montaigne à son père ; je ne le regarde que comme vraisemblable ; car, à la rigueur, et quand il s'agit d'un homme encore aussi jeune, on pourrait supposer que Mon-
I. Les délails sur la création de cette cour des aides sont pris dans un Ettrait des registres de Vhôtel de ville, publié dans un Mémoire sur la eonstilulion politique et cité de Périgueux (t. H, Recueil de pièces justificatives , p. lihï>}. Cet ex Irait a pour but de prouver que les édifices et dépendances du prétoire de la cour apparlenaient en toute propriété aux citoyens de Périgueux. Quant au récit concernant rétablissement de la cour, il y est rédigé avec une grande confusion, en mauvais style de procès-verbai , et placé sous la fausse date de 1544. Henri U, qui a rendu l'édlt dont il s*aglt, ne régnait pas alors, François !•' n*étantniort qu'en 1547.
$. Il assistait à Bordeaux, comme maire, lo 1 1 novembre 1654, à l'entrée solennelle de Tarclicv^que François de Mauny. (Voy. chap. i, p. 6, note.)
MONTAIGNE MAGISTRAT. 7i
taigne aurait, un peu plus tard, remplacé un conseiller autre que Pierre Eyquem, et que celui-ci, comme le dit dom Devienne, luf aurait acheté une charge.
M. Pajen àjonie {Notice sur la Boette, p. 18), « qu'ilest probable que ce fut dès qu*il eut atteint ses vingt-deux ans, c'est-à-dire dans le courant de 1555, qu'il succéda à son père. » L*âge de vingt-deux ans est ici complètement indifférent. Il ne répond ni à la majorité civile, ni à l'Age que les ordonnances royales ûxaient pour Tadmission dans les cours souveraines. Par un édit rendu à Moulins, en 1546, il était défendu que personne fût reçu conseiller aux parlements sans avoir atteint trente ans. Le roi se réservait de donner des dispenses d*Age : par là était atténué un inconvénient signalé par Montaigne : « le serois d'avis, dit-il, qu'on estendist nostre vacation et occupation autant qu'on pourroit, pour la conunodité publicque ; mais ie trouve la faulte de l'aultre costé, de ne nous y embesogner pas assez tost.... le me plains des loix, non pas de quoy elles nous laissent trop lard à la besongne, mais de quoy elles nous y employent trop tard. » (Livre I, chap. lui.)
Si l'époque de l'entrée de Montaigne à la cour des aides ne peut pas se marquer avec une entière précision, elle se place nécessairement avant la fin de l'année 1557, puisque c'est alors que cette cour cessa d'exister.
Qu'il ait succédé directement ou indirectement à son père, dans l'une ou l'autre des années 1555,1556 ou 1557, Montaigne a indubitablement fait partie de la cour des aides de Périgueux. On en trouve la preuve dans la quittance (conservée en original à la Bibliothèque impériale de Paris) qu'il donna quelques années plus tard comme conseiller au parlement de Bordeaux, et où il ajoute à sa qualité : « Et auparavant en la cour des généraux. » Les membres des cours des aides s'appelaient généraux conseillers^ à cause de la division lerr tonale en généralités, qui correspondait à leur juridiction.
La cour des aides de Périgueux n'eut pas une longue durée. Il s'éleva entre eUe et la cour des aides de Montpellier une contestation sur les juridictions respectives. Le 27 no-
vembre 1556, un arrêt du conseil privé, et, le même jour, des lettres du roi, statuèrent que la cour des aides de Montpellier se]*ait remise dans Tétat où elle é(ait précédemment, et qu'à elle ressortiraient les sujets des pays de Rouergue, Quercy et Guyenne, qui avaient accoutumé d'y ressortir auparavant. La cour de Périgueux ne conserva sa juridiction dans la Guyenne que sur les parties du pays qui ne relevaient pas du parlement de Toulouse ^
Diminuée dans ses attributions, la cour fut bientôt attaquée dans son existence même. Les Bordelais députèrent au roi H. le président de Largebaton et M. de La Rivière, maire, pour poursuivre l'incorporation au parlement, de la cour des généraux; ils réussirent. La translation fut ordonnée par un édit du mois de mai 1557*. De Lurbe' place àl'année 1560 l'union de la cour des aides avec la chambre des requêtes du parlement. Cette date s'accorde difficilement avec le fait mentionné par Damai, avec celle del'édit, et avec celle de la cérémonie de la fusion des deux cours.
Le 3 décembre 1557, les magistrats qui avaient composé l'ancienne cour des aides furent reçus dans le parlement de Bordeaux. J'ai donné les noms de ceux qui la formaient au jour de son installation ; les registres du parlement renferment les noms des conseillers qui figuraient au moment de la fusion ; celui de Michel Montaigne s'y trouve \
1. Gorbln, de la Cour des aides (1623), p. 66 et suIy.; FonUnon, t. Il , livre m, P.7&0.