‹ La vie publique de Michel Montaigne; étude biographiqueChapitre 18 sur 64 · OEuvrètde VBotpital^ édit. Durey, tome n , p · texte numérisé non relu

OEuvrètde VBotpital^ édit. Durey, tome n , p

3. Godcfroy, Cérémonial françoit, contute que les registres du parlement de Bordeaux mentionnent Târrivée du roi à l'année 1664, et 11 fait remarquer, par la date du départ de la cour et de son passage dans d*aulrcs villes, que celte entrée i eu Heu en 1565. Baurein, Variétés bordelaitei, donne Texpllcalioo qui parait avoir échappée Godefroy. Le parlement deBordcaux, comme

s'assemble pour délibérer sur la réception du roi ; il décide que, pour cette circonstance seulement, on nommera un roi de basoche , vieil usage que les troubles lui avaient fait abolir peu d*années auparavant. Les hommes de parti veulent profiter de la présence du roi pour lui faire des remontrances; on en délibère le 17 janvier; le 24, plusieurs de messieurs proposent diverses choses, les autres déclarent ne vouloir rien dire, et de ce nombre sont le premier président et les gens du roi; on prépare un projet; le 21 mars, la cour nomme seulement une commission pour arrêter ce qu*il faudra dire au roi.

Le 8 mars, les chambres assemblées décident qu'une députation ira saluer le roi à Âgen et recevoir ses commandements; les commissaires nommés rapportent, le 31 mars, avoir rencontré le roi à la Réole, lui avoir été présentés par le prince de Navarre, gouverneur de la province, et, étant à genoux, s'être acquittés de la charge qu'ils avaient reçue.

Le 9 mars, la cour mande plusieurs fonctionnaires pour savoir ce qu'ils ont fait pour la venue du roi : « Il fut enioint auxpresidiaux de faire la meilleure iustice qu^ils pourroient, et purger la ville de tous vagabonds et mal vivants. Fut aussi ordonné à tous de faire venir des vivres de toutes parts, foins, pailles, avoines, bleds, bois; et particulièrement dit aux jurats de pourvoir aux pavez des rues, et les faire bien couvrir de sable aux endroits où le roy passeroit, et donner tel ordre que les vivres fussent à prix raisonnable, sans attendre la police du prevost de l'hostel.

« Le mercredy quatorzième mars, les chambres assemblées, a esté enioint à ceux du corps de la cour qui n'avoient robbes d'ecarlate d'en achepter promptement ; et au surplus

celui de Paris, ne se conformait pas encore à Inédit deRoussillon de 1561, sur la réforme du calendrier; il commençait donc Tannée à Pâques et non au 1*' Janvier. Le roi ayant fait son entrée à Bordeaux le 9 avril et Pâques n*étant tombé que le 22, le parlemait a dû dater, sur ses registres, du 9 avril 1564. Les détails relatifs â ce qui s'est passé au parlement pour la réception du roi, et lors du lit de Justice, sont tirés des extraits des registres, qui ont été publiés par Godefroy, dans son Cérémonial françois^ 1 1, p. 910; t. U, p. 257.

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qu*à rentrée du roy en cette ville, la cour ira saluer Sa Maiesté aprez tous les autres ordres.

^ A esté aussi arresté que, pendant le seiour du roy en la présente ville, les présidents et conseillers entrant au palais porteront grandes robbes de palais coupées au colet, et à grandes manches et chaperons fourrez les iours d'audience ; et allant par la ville auront robbes décentes avec cornettes, et non robbes de chambres, ne grosses chausses et iarretieres, petits chapeaux pointus, souliers découpés, ny mules et souliers de veloux. »

Le 28 mars , le parlement ordonne qu'une députation ira recevoir le connétable , et lui demander de n'amener avec loi en la cour que les personnes qui ont droit d'y entrer. Le connétable est reçu au parlement, il y présente un édit du roi ; le premier président lui répond au nom de la compagnie.

Le roi, après avoir attendu sept jours à Thoùars la lin des beaux préparatifs de son entrée , part pour Bordeaux le 9 avril. La cour s'assemble et dîne au palais. L'ordre de sa marche a été réglé ainsi qu'il suit, d'accord avec M. le connétable et M. le chancelier :

« Pour la cour, des quinze huissiers, les dix premiers marcheront à cheval avec housse et chaperons à bourlet , et leurs verges à la main; après eux les notaires et secrétaires du roy, puis le greffier des présentations, avec mesmes robbe et chaperon; après, le greffier civil et criminel avec sa robbe d'ecarlate et son epitoge fourré d'hermine , et le chaperon rouge autour du col; après, le premier huissier avec son bonnet de drap d'or, sa robbe d'ecarlate et la verge à la main; puis après, les quatre présidents de deux en deux avec leurs robbes d'ecarlate, et manteaux fourrez d'hermines et leurs mortiers de velours en teste, et le premier président ayant sur Tepaule droite sur son manteau, trois petites bandes de drap d'or, et trois autres d'hermines blanches; et après, les conseillers , avec leurs robbes rouges et leurs chaperons fourrez : après eux les advocats et procureurs généraux habillés de mesme que les conseillers; et après eux les

quatre huissiers : et après les dits huissiers, trente advocats des plus anciens avec chaperons fourrez, et vingt procureurs avec chaperons à bourlet.... Ira la cour en cet ordre.... droit aux Chartreux saluer le roy, où Ton luy a dressé un echaffaut de bois pour recevoir les harangues qui luy seront faites.... Et estant arrivez devant i'echaffaut, les quatre présidents, les greffier civil et premier huissier descendront pour monter et saluer le roy, et tous les autres demeureront testes nues tant que le premier président parlera à Sa Majesté.... ce qui a esté exécuté, ayans lesiurats, les premiers fait leur salutation 5 puis le recteur de l'Université, puis après le lieutenant gênerai, et en dernier lieu ledit sieur premier président, accompagné des trois autres et dudit greffier et premier huissier, ayant tous un genouil en terre ; le roy estant assis en une chaire de velours rouge , ayant autour de luy monsieur son frère , messieurs les princes de Navarre, cardinal de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon , les ambassadeurs estrangers, tous debout. Le roy s'est ennuyé de la longue harangue de maistre Jacques Benoist, premier président, et luy a coupé propos, et sans attendre qu'il eust achevé luy a dit : « le loue ma iustice du bon devoir qu'elle « a faict, et, s'il y a quelqu'un qui tienne encore les armes •« en la main, i'en feray telle iustice qu'elle sera exemplaire « aux autres. » Et après s'est levé de sa chaire, ensemble Icsdits présidents, greffier et huissier, et se sont rangez tous six sur TechafTaut, attendant y passer les compagnies de la ville ; cependant les conseillers du parlement et autres de leur suite se sont rangez contre les Chartreux.

« Les compagnies de la ville , en nombre de douze cents bien armez, ont pris le chemin devers la ville, passans pardevant I'echaffaut, ayant pour colonel Martin Malus , maistre de la monnoye. Aprez eux ont marché les fourniers et boulangers de la ville, armez et habillez de blanc avec l'enseigne déployée ; puis venoit le roy de la bazoche monté sur un beau cheval , accompagné de douze à quinze de ses supposts aussi bien montez , lequel a mis pied à terre et est allé faire sa harangue sur ledit echaflfaut au roy ; puis le suivoient

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beaucoup debazochiensà pied bien armez » après eux douze de chaque nation estrange (Yoy. chap. ly); après marchoient les mandians, les prestres des paroisses, et les croix passant devant ledit echafTaut le roy osta son chapeau de la teste.

« Aprez marcha une compagnie de petits enfans à cheval habillez de blanc , ayant devant eux un trompette , portant en leurs mains de petits estendards bleus, où estoient les armoiries du roy, et criant : Vive le roy ! Puis revenoit l'Université, le senechal, le parlement, en Tordre en dessus décrit. Puis la garde et maison du roy. Et le tout entra environ les quatre heures par la porte du Chapeau Rouge , où on avoit fait un portail peint avec force vers latins et françois. Sous ladite porte estoient les six jurats avec leurs robbes et chaperons de satin cramoisy et blancs, tenant les six bastons du poisie du roy, qui estoit de drap d'or....

« Et le roy s*est rendu à l'église Sainct André, où la cour estoit entrée, et placée dedans le chœur au haut siège des deux costez. A la porte de ladite église près les fonts baptismaux , estoient l'archevesque de Bourdeaux in pontificàlihus , et le sieur de La Rivière, maire de la ville, ayant robbe et chaperon de velours cramoisy rouge et blanc; ledit archevesque assis , ayant devant luy une croix pour faire faire le serment à Sa Maiesté et luy faire sa harangue. Ce fait, le roy est entré dans Feglise, et audevant du grand autel a esté dit un Te Deum laudamus en musique et orgues, puis ledit archevcsque a dit une oraison. Et ce fait, le roy s'en est allé souper et chacun s'est retiré ; estant lors six heures du soir, ledit jour de lundi neuvième avril, qu'il estoit encore grand jour. »

Montaigne, connu à la cour, ami de L'Hospital, et lié avec plusieurs des seigneurs qui accompagnaient le roi, se trouva, on peut l'affirmer, à l'entrée du jeune souverain et à toutes les cérémonies dont elle fut l'occasion. Les conseillers, comme on vient de le voir, se tenaient à cheval dans le cortège; jusqu'au moment où ils entrèrent dans l'église de Saint- André , il s'écoula assez de temps pour fatiguer les magis-

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trats peu habitués à Féquitation. Quant à Montaigne, on doit se rassurer; il était jeune, bien portant, et pouvait rester fort longtemps en selle. « le ne desmonte pas volontiers quand ie suis à cheval ; car c'est Tassiette en laquelle ie me trouve le mietdx, et sain et malade. » (Livre I, chap. xlvui.) Gela continua plus tard , même quand sa santé s'altéra : « le î '

me tiens à cheval sans desmonter, tout choliqueux que ie suis, sans m'y ennuyer, huict et dix heures. » (Livre III, chap. ix.)

Le 10 avril, les princes de la maison de Bourbon sont re* çus par le parlement ; ils font leur entrée dans la grand*chambre; une cause est plaidée; le premier président se disposant à prendre l'ayis des autres présidents, les princes le font appeler et disent qu'ils doivent opiner les premiers; sur quoi toute la cour délibère , et il est arrêté que, sans tirer à conséquence, le premier président, après avoir demandé l'avis des autres présidents, ira prendre celui des princes et recueiUera ensuite les opinions des conseillers.

Le 11 avril, la salle d'audience était disposée pour la séance royale. A l'angle, près du lieu où siège le premier président, on avait posé un fauteuil de velours cramoisi avec un oreiUer de même; au-dessous un tapis de même étoffe, sur lequel on avait placé deux coussins, l'un de velours cramoisi, l'autre de velours violet ; au-dessus un dais de drap d'or, à bandes de satin cramoisi. Plus bas, près des sièges des gens du roi était, pour le chancelier, un fauteuil de velours noir et deux coussins en tapisserie de Turquie velue , pour mettre sous les pieds.

Les présidents et les conseillers , avec leurs robes d'écarlate et les chaperons fourrés, prennent leurs places, qui sont changées à raison des personnes admises par extraordinaire à siéger sur les bancs de la cour. Les anciens conseOlers s'assoient au banc des gentilshommes , les autres plus anciens au banc des ecclésiastiques , le surplus de la cour, où devait se trouver Montaigne, aux sièges des avocats. Sur les dix heures du matin entre M. le chancelier, vêtu d'une robe de velours cramoisi, doublée de soie cramoisie, avec sa cor-

nette; puis des conseillers du conseil privé, des maîtres de requêtes» des conseillers du grand conseil. Peu après vient le roi , avec la reine mère» accompagnés des princes et d*une foule de seigneurs. Les clairons et trompettes du roi sonnent en passant par la salle des Procureurs; deux huissiers le précèdent, tenant chacun à la main une masse dorée. Lorsque la reine mère est assise à la place qui lui avait été préparée» le roi la salue » se découvrant et faisant une grande révérence, puis il monte à son fauteuil. Le chancelier quitte le banc des gens du roi où il était assis, et s'assied dans le fauteuil disposé pour lui.

Le roi dit qu'ayant fait son entrée en cette ville, il a bien voulu venir voir sa cour, pour entendre comment sa justice s'administre ; il déclare que dorénavant il veut être mieux obéi qu*il n'a été, et ne veut qu'aucun de ses sujets ne prenne les armes sans son congé ; qu'il entend aussi que ses édits soient gardés, et pour le surplus il a donné charge à son chancelier de le dire. Pendant que le roi parle, toute l'assistance se tient debout et découverte. Ensuite le chancelier salue le roi, se place dans son fauteuil et prononce sa harangue, transcrite sur les registres.

Ce discours, empreint de Thonnéteté comme de la rudesse de langage du vertueux L'Hospital, sévère surtout envers les magistrats dont il était le chef*, est une véhémente mercuriale, n dut blesser profondément ceux qui recevaient de pareils reproches à bout portant, devant un si auguste auditoire. En le lisant, on demeure convaincu que Montaigne n'était coupable d'aucun des méfaits articulés contre une partie notable de ses collègues, et on comprend qu'il devait éprouver de la répugnance à rester dans une compagnie dont l'esprit dominant et les habitudes étaient si peu en

I. « Tons les esUtt, dit Brantôme, le cnignoient, mate surtout messieurs de la lostke, desquels il estoit le chef; et roesmes quand il les examinoitsur leurs fies, sur leurs cliarges, sur leurs capacités, sur leur sçavoir, que tous le redouloleot, comme fout des escollers le principal de leur collège, et principalement ceux qui Touioleot estre pourreus d'estals; asseures vous qu*ll les remuoit bien s'ils n'esloient point capables. »

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harmonie avec son caractère à lui, avec ses principes cl sa manière de vivre*.

I. Voici les passages les plus vifs, les griefs les plus directs de la harangue du chancelier :

a Le roy est venu en ce pays, non pas pour Toir le monde, comme aucuns disent, mais faire comme un bon père de famille , pour sçavoir comme Ton Tit chex soy, et sMnformer avec ses serviteurs comme tout se porte. Il s*est enquis de son peuple et de sa iustice; ce ne sont pas contes ce que ievous dis; Je\ous dirai ce qui sera profltable. Il a trouvé beaucoup de fautes en ce parlement, lequel, comme estant fraischement et dernièrement institué (car il y a cent et deux ans), vous avez moindre excuse de vous départir et avoir oublié sliostlcs anciennes ordonnances, ce qui seroit excusable aux autres parlements qui sont venus en leur vieillesse , et toutes fois vous estes aussi débauchez ou plus que y les vieux, par aventure pis. Il y a ici beaucoup de gens de bien , desquels les / opinions ne sont suivies; elles ne se pèsent point, mais se comptent l*ay ooy parler de beaucoup de meurtres, pllleries et forces publiques commises en ce ressort. l'ay receu beaucoup de plaintes de vos dissensions qui sont entre vous. Voicy une maison mal réglée, c*est vous autres qui en devez rendre compte. iy^ « La première faute, c'est la désobéissance que vous portez à vostre roy ; car encore que ses ordonnances vous soient présentées , vous les gardez s'il vous plaist, et si vous avez des remonstrances à luy faire, faites les y au plus tost, et il vous oira. Vous luy ostez sa puissance royale quand vous ne voulez obeyr à ses ordonnances royales, qui est pis que de luy oster son domaine. le suis ad* verti que Tordonnance faite à la requeste des estais n*est point encore publiée céans, le suis pareillement adverti que l'ordonnance de la iustice n'est pas aussi publiée. l'ai aussy mémoire de quelques autres, desquelles ie ne parleray, pour n'eslre si long, le pense que vous croyez esire plus sages que le roy, mais vostre prudence est limitée pour luger les procez ; ne vous estimez pas plus sages que le roy, la reyne et son conseil. 11 a acquis la paix, et à présent il a la guerre entre lui et sa cour de parlement.... Horace fait une comparaison qu'il faut manier un cheval doucement, et qu'il ne le faut point apprendre ft ruer, car, quand on le frappe , il rue par trop. Aussi vous autres ne faites point que le roy rue contre vous, le sçay bien qu'il y en a d'entre tous qui disent i Ce n'est pas le roy qui fait cela; et parlent assez librement de moy et d'autres. Et encore qu'il soit défendu de révéler les secrets, si ce n'est pas pourtant trop mal fait de rapporter cela : Vous méprisez la reyne et le conseil du roy. Je vois que vous estimez tant vos arrests que vous les mettez par dessus les ordonnances, lesquelles, après que vous les avez reçues , vous les interprétez comme il vous plaist; ce n'est pas à vous d'Interpréter l'ordonnance, c'est au roy seul, mesme les ordonnances qui concernent le bien public.

« Voila ce que Je vous dis pour le peu d'obeyssance que vous rendez à vostre roy ; et le mal vient que vous estes partagez entre vous en diverses factions. l'ai veu vos registres, et trouvé que quelques fols vous venez aux inlures et presque à vous battre; ie garde aussi que vous ne tascliez pas à garder vostre authorilé, que vous devez garder pour estre rêverez et non point craints; vous menassez les gens de vos lugements, et c'est un mal commun en tous esiats. Il y a des gouverneurs qui se font craindre avec des archers, d'autres qui menassent de tuer les luges et de leur faire faire leurs procez s'ils ne font ce qu'ils veulent. 11 y en a de la cour, lesquels quand lis ont des procez, usent de grandes forces; il y en a aussi qui sont grandement scandâllseï de faire des ma-

MONTAIGNE MAGISTRAT. lil

L'émotion ayait été grande parmi les membres de la cour, si rudement admonestés : on avait député tous les

liages par force, et quand on sait quelque héritière, quant et quant, c'est pour Dooskur le conseilier, on passe oulre nonobstant les inhibitions. le ne nom- ■eray pas ceux qui en sont chargez ft présent, mais si vous voulei communiquer arec moy , ie vous les nommcray. Il y en a aussi d'entre vous , lesquels , pendant tes troubles, se sont faits capitaines , les autres commissaires des vivres; ce sont gens qui ne sçavent faire leurs estais et se mettent à faire ceux des autres. le vois aussy que de plusieurs forces et meurtres qui se commettent en ce ressort, il y en a quant et quant qui les veulent excuser, disant c'estolt un méchant homme; or, il n'appartient à aucun de tuer, encore qu'il tue un necbant, mais 11 en faut laisser faire à la iuslice.

« . ... le crains qu'il n'y ait céans de l'avarice, car on dit qu'il y en a qui prennent pour faire bailler des audiences et autrement; par quoy ayez les malus nettes. Mais l'on dit que l'on prend bien des gros présents à ia cour, et que les gros larons sont in aula. Il n'est pas bien fait de prendre, là ni icyt nous nous en de\ons tous garder, et ceux qui sont auprès du roy et ceux qui sont icy. L'on voit un petit larron puny, celui qui n'a fait qu'un meurtre pendu, et à celui qui en a fait plusieurs en assemblées et congrégations illicites, 11 est pardonné, voire il estestimé avoir bienfait. Prenez exemple à vostreroy, lui a-t-on ouy dire iamais , le ferai mourir cettui-ci , le ferai pendre cettui-là sans qu'il l'eost mérité? Dieu lui fasse la grâce que lui qui est est ieune, puisse subvenir à toutes ces fautes. Nous sommes dépravez , nous ne craignons plus, voire l'on craint plus les gouverneurs que le roy. 11 n'est pas un seigneur de ce ressort qui n'ait son chancelier en cette cour, contre les ordonnances du roy. Vous faites des procez de commissaires tels que vous voulez; vous vous en estiez pendant un temps abstenus; mais aprez vous les repristesde plus grand appétit qu'auparavant, qui est la cause que vous n'avez pas voulu recevoir les ordonnances de la iustice,et si au bout de l'an vous n'en estes gueres plus riches. Il y a une autre chose que l'on m'a dit, qu'il y en a de céans qui baillent leur argents interest aux marchands, et ceux-là devrolent laisser leurs robbes et se faire marchands; par avanture ils feroient mieux, car auiourd'hui il n'y a chose qui gaste tant la marchandise que la trop grande communication de gens de robbe longue ; car des lors qu'un marchand a de quoy, il faut qu'il fasse son fils avocat ou conseiller ; d'ambition voua en estes garnis t soyez ambitieux de la grâce du roy et non des autres.

« L'on dit que ceux de Thoulouse sont trop graves, ceux de Bordeaux trdp # familiers , et encore qu'il y ait vice en l'un et en l'autre , toutefois je louerols plustot la trop grande gravité de ceux de Thoulouse que la trop grande familiarité de ceux de Bordeaux.... Gardez ce que vous dit votre lurlsconsulte d'avoir faciles aditui; mais gardes vous d'admettre les parties et les autres de vQstre ressort à familiarité trop grande, et n'en uses point comme vous en avez mauvais brulL

«Vous estes aussi timides et craintifs; et m'estant Informé pourquoy telles choses, et telles n'estolent faites, l'on m'a respondu, non pas un d'entre vous, mais dnq ou six : Nous n'oserions le faire. Et qui est ce qui vous puisse faire force dont le roy ne vous puisse garder? Pourquoy craint on les lieutenants du roy et les sclgneun forts du royaume*? Le roy leur baille leur garde pour

* Llmpunité laissée par le parlement de Bordeaux aox crimes des nobles est attestée

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présidents et huit conseillers pour faire des remontrances au chancelier. Le 16 avril, le premier président rend compte aux chambres assemblées de ce qu'il a dit au chancelier et des réponses qu'il a reçues :

« Comme aussi ledit sieur chancelier leur avoit dit qu'il avoit parlé généralement, soit de mariages faits par force et de la vente des placets d'audience, et que c'estoit par aflTeclion paternelle, et qu'il n'avoit rien dit qu'on ne luy eusl rapporté, sans nommer personne. Sur quoy fusl arresté que ledit sieur premier président, estant appelé au conseil du roy, supplieroit Sa Maiesté et lesdits sieurs de son conseil, vouloir tenir la compagnie en telle et si bonne opinion que ledit sieur chancelier l'a tenue, après les avoir ouys, sur tout ce qui s'est passé sur le faict des cdicts. »

Pendant le séjour du roi à Bordeaux, le mauvais esprit du parlement eut plusieurs occasions de se manifester. L'année précédente, les réformés bordelais avaient obtenu de Charles IX des lettres patentes qui leur étaient favorables ;

n'en abuser; et, à tous dire, cette façon de garder est une mauvaise chose et commencement de tyrannie.

« L'on a veu cy devant aller un simple sergent avec sa gaule blanche partout le ressort, et à présent ce ne sont que forces, le croy que lesdits lieutenants n'abusent pas de leurs gardes. Mais vous qui vous excuses sur cela, le devez vous dire ) Vous n'avez plus d'excuses sur cela ; aussi n'entreprenez pas sur eux. Fay vu vos registres, et trouve que tantost vient un advocat d'un costé et tantost un Jurât d'aultre costé : c'est leur charge de se mesler de la police et non point des affaires d'Estat

c II y en a aussi céans qui sont Joueurs, et qui ne servent d'un demy an, au* cunes fols d'un an , et toutes fois signent leurs debentur^ et certifient avoir servy. Un conseiller de Paris ayant assuré d'avoir servy trois Jours qu'il n'avoit pas servy, a esté cy devant condamné à de grosses amendes et suspendu de son estât »

Quand le chancelier a terminé sa péroraison, le premier président prononce, sur Tautorité de la Justice, une longue harangue âi laquelle ses collègues n'ont pas fait l'honneur de la mettre sur les registres. Une cause est appelée et Jugée, après quoi la séance est levée.

par de Thon , qui dit , en parlant des membres de la chambre de jostioe doni il faisait partie en 1 582 : « Peu après leur retour à Bordeaux, on jugea Itostaiog qui fut condamné avec rigueur (il avait livré Melan aux ligueurs) , ce qui fit dire par toute la ville que , depuis plus de trente ans, on n'avait point vu un si grand exemple de sévériié contre un gentilhomme. L'impunité qui régnait dans toute la Guyenne éuit causequ'il n^en avait pas un ou qui ne se vengefti lui-même, on qui ne commit quelque violence, sans avoir recours à la Justice. »

le parlement avait refusé Tenregistrement ; deux fois des lettres de jussion lui avaient été inutilement adressées; c'est seulement après la troisième » et pour pouvoir prouver au roi, présent dans la ville, la soumission à ses ordres, que le parlement ordonna que les lettres seraient vérifiées, non par lui, mais par le sénéchal de Guyenne, formalité nouveDe qui tendait à en affaiblir l'autorité et à réserver un moyen de revenir sur plusieurs articles.

Les ennemis du premier président renouvelèrent leurs attaques : ils présentèrent au roi une requête contre lui au nom de la noblesse et du clergé. Charles IX éluda, en répondant, le 27 avril, qu'il ne reconnaissait à aucuns particuliers le droit de se porter comme représentants de la noblesse et du clergé.

Le discours du chancelier avait encouragé les calvmistes à porter plainte au roi contre Fédéric de Foix, comte de Candalle, contre le marquis de Trans et d'autres seigneurs. Dom Devienne dit qu'ils n'observaient pas fort exactement les édits de pacification. Voici couune le parlement permettait qu'ils les observassent. L'année d'auparavant, le comte de Candalle, le marquis de Trans, le comte de Caumont et qndqpes autres, qui avaient pris les avis de l'évéque d'Aire et de Biaise de Montluc, s'étaient associés; ils avaient fait un traité écrit, levé des troupes, et déclaré une espèce de guerre aux protestants, sous prétexte qu'ils faisaient bien des choses contraires aux édits, et qu'ils avaient tué par trahison plusieurs personnes (de Thou, Hist. , livre XXXVI). Le roi prit connaissance de l'affaire; le grand nombre de famiUes puissantes qui s'y trouvaient compromises fit reculer devant la répression. Il fut décidé que tout serait enseveli dans l'oubli (de Thou, livre XXXVII).

Le 18 mai, le chancelier, étant sur le point de partir, vint au parlement sans avoir averti ; il entretint de nouveau la cour des abus qu'il avait reconnus, et prit congé d'elle. Le même jour, une députation alla le complimenter à son logis.

Le lieutenant général Biaise de Montluc commit, en 1567, une violation des privilèges municipaux, qui agita vivement

et longtemps la Ville» et embarrassa beaucoup le parlement. Il ordonna que Tilladet aurait seul le titre et les pouvoirs de gouverneur ; c'était une atteinte aux prérogatives du maire et des jurats, qui en appelèrent au parlement. Celui-ci n'osa pas se prononcer. Le maire, M. de Lansac, ayant annoncé qu'il voulait se retirer parce qu'on lui enlevait tout commandement et toute autorité sérieuse, le président Belcier lui dit qu'il devait obéir au gouverneur établi par le roi, et que le parlement lui enjoignait de remplir ses fonctions de maire. La discussion se termina par une transaction avec Tilladet.

Les princes avaient repris les armes ; la guerre recommença en Guyenne. Les réformés s'étant emparés de Blaye, l'alarme fut grande à Bordeaux : on pria Montluc de venir défendre la ville ; on enferma les calvinistes dans des couvents. Montluc appela des troupes, et se rendit au parlement où il avait convoqué les autorités ; il fit un discours concluant à ce que les membres de la cour fournissent de l'argent pour faire la guerre. Le président Belcier répondit que la compagnie serait toujoiu*s obéissante au service du roi, et qu'elle continuerait de pourvoir aux dépenses qu'exigeraient les circonstances, autant que ses membres pourraient le faire. Le parlement, qui s'occupait de toutes les parties de l'administration, remit à Montluc un mémoire où il se plaignait de la tolérance du gouverneur Tilladet envers les réformés, demandait l'augmentation de la garnison des places suspectes, voisines de la ville, et accusait de négligence M. d'Usa, conunandant les navires destinés à empêcher la descente de l'ennemi.

En 1568, les jurats écrivirent au conseil du roi pour se plaindre de Tilladet et demander les secours nécessaires à la ville. Montluc reçut ordre de déposséder Tilladet et de le remplacer par M. de Montferrand. Il fut enjoint au parlement d'obéir à celui-ci. Le parlement enregistra ses lettres de provision, « mais en modifiant la clause qui le soumettait à ce nouveau gouverneur, et en lui ordonnant de solliciter au plus tôt d'autres lettres où cette clause qui lui était injurieuse fût retranchée. »

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Le 11 mars le parlement reçut une lettre du frère de Charles IX , qui lui ordonnait de veiller à la sûreté de la ville, de chasser au plus vite ceux qui étaient soupçonnés d'être de la nouvelle religion, et de prendre avec le gouverneur les mesures convenables.

Les princes envoyèrent le capitaine Piles pour faire le siège de Bourg; la terreur fut telle à Bordeaux, que le parlement faillit abandonner la ville ; il écrivit des lettres fort vives à Hontluc; celui-ci ne tarda pas à venir; il se rendit au parlement et se plaignit de la manière dont on lui avait écrit. Cela ne Tempècha pas de prendre toutes les mesures qui dépendaient de lui pour diminuer la frayeur inspirée par rapproche de Fennemi. « 11 demanda que les membres du parlement t)rissent tous les armes pour le service du roi et la défense de la ville. Cela fut accueilli avec empressement. >• (Hontluc, Mém. , livre VI. )

Obligé de partir peu après, il laissa au parlement le soin de veiller à la garde de la ville. En son absence, le parlement imposa les réformés pour mettre les fortifications en état; il envoya une députation au roi pour lui faire connaître la situation de la ville ; les députés furent pris et déportés au château de Blaye. Le parlement ordonna qu'on mit en prison tous les religionnaires du ressort, même ceux qui avaient été conseillers ; qu'on saisit leurs biens et qu'on les vendit, avec ordre à M. de Lansac, maire, d'exécuter l'arrêt. Q ordonna aussi aux jurats de faire, dans le jour, la visite de la ville, et d'en chasser les gens sans aveu.

Pendant toutes ces émotions de guerre civile , les devoirs de chaque profession devaient être négligés, les règles de hiérarchie peu observées. Il parait que des abus s'étaient in* troduits dans la direction du collège de Guyenne ; les écoliers et pédagogues portèrent plainte directement au parlement contre le principal et les régents. Un arrêt du 8 avril 1568 repousse ce mode de plainte , ordonne aux demandeurs de s'adresser, s'il y a lieu, à l'avenir, aux maires et jurats, et, après, au procureur général, pour faire avec lui telle requête qu'il appartiendi*a ; fait des injonctions aux régents et

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aux écoliers pour l'observation de leurs devoirs respectifs (Statuts anciens et nouveaux, p. 59).

Vers la fin de l'année, le parlement prit encore, à raison de la guerre et de l'effervescence des esprits, de nouvelles mesures de sûreté. Il ordonna que, toutes les nuits, chaque jurât serait accompagné d'un membre du parlement lorsqu'il ferait sa ronde dans sa jurade. Le 14 décembre, M. de Mont* ferrand annonça au parlement que les troupes du comte de Montgommery avaient pris Langon et faisaient des excursions jusqu'à Barsac ; il se plaignit de la négligence des jurats à faire la garde. Le parlement rendit un arrêt qui leur enjoignit de faire mieux leur devoir.

La guerre que Jeanne d'Albret et son fils soutenaient dans les rangs des protestants avait ravivé les prétextes des réclamations du roi de France sur les domaines du roi de Navarre^ Charles IX avait ordonné, en 1568, la saisie des terres de la reine et du prince, même dans le pays de Béarn. Des commissaires du parlement de Bordeaux avaient été désignés pour procéder à cette saisie ; l'opération ayant subi des retards, les commissaires écrivirent au gouverneur catholique Terride, la lettre suivante :

• Monsieur, le mois d'octobre dernier, la cour de parlement resçut lettres du roy pour la saisie des terres de la royne de Navarre et de monsieur le prince son fils, et principalement du pays de Bearn , pour l'exécution desquelles saisies, et pour assister à ceux que Sa Maiesté commettoit pour la réduction dudit pays en son obéissance, nous fusmes des lors députés, suivant la volonté et intention dudit sieur, portée par lesdites lettres patentes. Mais au moyen que l'exécution de ceste entreprise a demeuré longuement en surseance, nous avons pour ceste occasion retardé nostre voyage jusques à ce que ladite cour de parlement a resçu un second commandement de Sa Maiesté , par ses lettres closes du 21 de mars, la copie desquelles nous vous envoyons par le présent porteur exprès, pour entendre de vous le lieu auquel nous nous devons rendre pour faire en cest endroit

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le service que nous devons et desirons faire au roy. Cependant nous nous acheminerons et approcherons de vous le plus qu'il nous sera possible, vous priant nous faire entendre sur ce bien au long vostre avis.

« De Bordeaux, ce 26 d'avril 1569.

« Vos bien affectionnés amys à vous faire service.

« Anthoine m Bslcier, président ; Bàulon du Pbtnst, Mabrun, J. db La Hbt. •

« Geste nouvelle chanson, dit Olhagaray, escorcha les oreilles du Beamois, car l'on avoit tousiours réservé la souveraineté, conservation des privilèges, iustice, que le Beam a eu de tout temps. Maintenant oyant parler du contraire, le syndic pour ledit pays allègue les causes d'opposition. » Elles sont développées dans une remontrance au roi, et terminées par des conclusions tendant à ce que les gens des parlements de Bordeaux et de Toulouse soient déboutés de toutes leurs prétentions à la juridiction sur le pays de Béarn [Histoire de Foix, de Béarn et Navarre^ p. 699.) La paix empêcha de donner suite à cette tentative de spoliation.

Les passions religieuses et politiques eurent, à Bordeaux, en 1569, un organe si violent, que le parlement lui-même, malgré son zèle catholique, fut obligé de sévir. Un arrêt défendit à La Godine, prédicateur fanatique de l'église de Saint-Michel, de tenir aucun propos tendant à sédition, sous peine de la corde. Ces injonctions furent bravées, et le parlement se vit réduit à transiger. Il fallut que le roi intervint. Les arrêts du parlement furent confirmés, et on chassa La Godine.

C'est vers ce temps que les mauvaises passions obtinrent contre la modération et la sagesse du premier président Largebalon un triomphe momentané. Les intrigues de ses ennemis redoublèrent après la retraite de L'Hospital, et elles réussirent à faire déposséder de sa charge le vénérable magistrat, par un arrêt du privé conseil ; il fut remplacé par le président Laferrière. Mais cette iniquité ne tarda pas à

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être réparée ; M. de Largebaton fut rétabli, et fit sa rentrée le 12 novembre 1571.

M. Ducoumcau rapporte, à 1569 ou 1570, un trait caractéristique , par lequel je terminerai Thistoire du parlement pendant que Montaigne en fit partie. « Hontluc s'offrit à emporter Blaye d'assaut, mais il lui fallait trente mille livres pour les dépenses de l'expédition; il en fit la demande au parlement, qui les refusa. Alors, abandonnant avec colère et mépris ces hommes de robe, qui possédaient à eux seuls, écrit-il dans ses Hémoires, plus de revenus que la moitié de tous les bourgeois, il alla continuer la guerre en Agenais. »

On doit, sans doute, regretter la perte d'une grande partie des registres du parlement de Bordeaux ; mais on peut croire que , si on les possédait tous , on n'y verrait pas souvent Montaigne jouer un rôle personnel et en dehors, dans les actes politiques ou judiciaires de sa compagnie. Tel qu'on le connaît, dépeint par lui-même, il ne devait pas chercher les occasions de se produire, acceptant, sans les avoir demandés, les rapports qu'on lui distribuait, les préparant avec conscience, et sans beaucoup se presser. Dans les questions religieuses, on peut l'assurer comme si son opinion avait été notée et conservée, il était pour la fermeté contre l'hérésie en révolte, mais pour la modération et contre les vengeances fanatiques. Dans les questions politiques il votait pour l'obéissance aux lois et au roi, contre l'insubordination de l'esprit de corps et de l'esprit de parti. Dans les questions pénales il opinait dans le sens non de l'impunité, mais de la douceur et de l'humanité. Calme au milieu des passions de la plupart de ses collègues, il gardait fréquemment le silence, peu porté à se jeter dans les luttes ardentes, et convaincu que le langage de la raison se ferait difficilement entendre.

C'est ainsi que je me figure Montaigne, un peu dépaysé dans sa compagnie, presque isolé, mêlé au petit groupe d'hommes qui y représentaient le patriotisme et la légalité^

1. Le sentiment de U légalité, il rare , il elbcé dans ces temps de Tiolenee

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De preuves matérielles à l'appui de ces conjectures, Q n*y en a pas.

Les recherches, fiiites dans ce qui reste des registres du parlement, et dont M. Payen a eu Tobligeance de me cornmniilquer les résultats, signalent quelques-unes des absences on des présences de Montaigne. On le voit mentionné comme présent en novembre 1561, en février et en novembre 1562, en novembre 1563, eu novembre 1568 ; il est marqué comme absent en mars et en décembre 1561, en novembre 1564, en novembre 1565 ; il s'excuse de cette dernière absence.

La chronique bordelaise cite une seule fois Montaigne comme magistrat, et c'est dans une circonstance peu importante. Henri II av^t établi, en 1549, le taillouy c'est-àdire une nouvelle taille ou une augmentation de taille pour rentrelien , les vivres et les munitions des gendarmes (Ferrière, DietUmn. de Droit). Pour aider à payer cette contribution , le parlement autorisa à affermer le pied fourché (ou pied fourchu); on appelait ainsi un droit d*octroi que Bordeaux et certaines autres grandes villes levaient sur les bœufs, vaches, moutons et autres bètes qui ont le pied fourchu. La décision du parlement reçut sa première exécution en 1561, en présence de deux de ses membres. Mon-

bnitale, n'a Jamais été nûtux exprimé que dans ce beau passage des Essais, où Mootaigne se plaint de n*aToir échappé aux dangers des troubles que par sa prudence, par l'estime et la bienveillance des gens du pays, non par le droit, par l'autorité des lois. « l'escbappe; mais il me desplaist que ce soit plus par fortune, Toire et par ma prudence, que par iustice; et medesplalsl d'estre hors la protection desloix et soubs autre sauvegarde que la leur. Comme les choses sont, le fis plus qu'A demy de la faveur d'autruy, qui est une rude obligation. le ne veulx devoir ma seureté ny à la bonté et bénignité des grands , qui s'agrcent de ma légalité et liberté, nyi la facilité des moeurs de mes prédécesseurs et miennes; car quoy, si J'estois aultre? si mes deportemens et la franchise de na conversation obligent mes voysins ou la parenté , c'est cruauté qu'ils s'en puissent acquitter en me laissant vivre, et qu'ils puissent dire : « Nous lui con- « donnons la libre continuation du senlce divin en la chapelle de sa maison , « toutes les esglises d'autour estanu par nous désertées; et lui condonnons « l'usage de ses biens et de sa vie, comme 11 conserve nos femmes et nos bceufs, • au besoing. • De longue main , chez moy, nous avons part ft la louange de Lycurgue, Athénien, qui estoit général dépositaire et gardien des bourses de ses concitoyens. Or, le tiens qu'il fauit vivre par droict et par auctorité, non par recompense, ny par grâce. » (Livre UI, chap. ix.)

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taigne était un de ces délégués. « Première afferme du pied fourchu pour le payement du taillon. M. le premier président Largebaton et M. de Montaigne y assistent. » (Damai.)

On n'a besoin d'aucun détail pour demeurer convaincu qu'un homme du caractère et de l'intelligence de Montaigne fut un magistrat distingué. Deux de ses plus éminents contemporains lui rendent cet hommage. De Tbou, dans la notice nécrologique qu'il lui consacre (Hist.^ livre CIV, année 1592), rappelle ainsi sa magistrature : Olim in Burdigalensi senatu assessor dignissimus. Antoine Loisel, prononçant, le 22 août 1582 , le discours de clôture de la session de la chambre de justice, à Bordeaux, nomme Montaigne parmi ceux qu'il appelle les lumières de ce ressort.

La Dixmerie dit qu'il existait encore de son temps, dans le parlement de Bordeaux , une tradition honorable de la manière dont le magistrat philosophe se conduisit, et de l'équité lumineuse qu'il déploya dans tous les rapports dont il fut chargé. H est devenu impossible de découvrir l'origine et de suivre la trace de celte tradition perdue. Peut-être La Dixmerie, comme les biographes en donnent trop souvent l'exemple, aura mis une conjecture à la place d'un fait, et aura conclu que ce qui devait être a été. Après tout, on ne risque pas de se tromper en supposant que Montaigne, sur son siège, agissait loyalement, et qu'il portait dans tous ses travaux deux précieuses qualités de son &me et de son esprit, l'équité et la clarté.

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