Recueil det Lettres de Henri IT, par M. D^rger de Xlvrey
276 HONTAIGNE KAIAE DE BORDEAUX.
mes nouvelles, et tous tesmoigner le désir et raflection que j*ay à Yostre bien, repos et conservation. Ce que ne pouvant faire en présence, et envoyant monsieur de La Marsillière devers mon cousin, monsieur le mareschal de Matignon, je luy ay reconunandé vous voir aussy de ma part et vous représenter mes intentions, avec quelques particularitez, convenables aux officiers que je présente. Je vous prie, messieurs, le vouloir bien ouïr et croire, et à Dieu qu'il vous ait en sa saincte et digne garde. De Bergerac, ce dernier avril 1585. « Vostre bien bon amy,
« Hbnrt. •
La cour de France apprit avec une vive satisfaction la prise du chftleau Trompette. Henri III s'empressa de féUdter et de remercier le maréchal de Matignon; il lui écrivit, dès le commencement de mai^ :
« Mon cousin, i'ay receu très grand contentement du signalé service que vous m'avez fait, en ce qui s'est passé pour assurer & ma dévotion mon chasteau Trompette : car vous avez, en ce faisant, pourveu non seulement à la tuition de ma ville de Bordeaux, mais aussi à la conservation de toute ma province de Guyenne. Et avez conduit cette exécution non moins sagement que fidellement : dont ie vous repeteray, de rechef, que ie vous sçay très bon gré. I'ay trouvé aussy très bon l'ordre que vous avez donné à la garde dudit chasteau ; mais ie désire que vous vous acheminiez à Agen le plus tost que vous pourrez : car i'ay esté averty que ma sœur a délibéré de s'en asseurer, et que desia elle se vante qu'elle l'a du tout à sa dévotion ; à quoy ie vous prie de remédier, et n'en sortir point qu'avenant que ma dite sœur y veuille séjourner longuejpent, et qu'elle et ma dite ville dépendent de ma disposition, estant chose que j'ay 1res à cœur, pour J'assiette et importance de la place, à laquelle
I. La lettre est donnée par de Caillière. La partie ooncenuQt l'afllUre d*Agcn était en chiffres dans l'original.
donc ie tous prie pourvoir si bien que i*en reçoive contentement, et néantmoins vous y conduire avec vostre accoustumée prudence, afin de n'efaroucher personne.... Escrit à Paris, le 3 mai 1585. « Heurt. »
Le maréchal exécuta immédiatement les ordres du roi ; il s*écoula quelques jours jusqu'à ce que la lettre de Paris arrivât à Bordeaux; et déjà, à la date du 22 mai, M. de Matignon était parti^ puisque ce jour-là Montaigne lui écrivait la lettre dont je parlerai bientôt.
Dans le courant du mois, il y eut une grande revue de toutes les compagnies de bourgeois de Bordeaux : « Au moys de may audict an la monstre générale des habitants de ladicte viUe se fait en armes. » (De Lurbe.) Dans la situation des esprits, avec Témotion qu'avait excitée la prise du château Trompette, et en présence du mécontentement que devaient en ressentir encore les ligueurs bordelais, cette solennité avait le caractère d'une démonstration politique : elle pouvait présenter quelques chances d'agitation, ou même cacher quelques dangers sérieux. Maire de la ville, chargé d'y maintenir l'ordre, Montaigne dut se préoccuper de la mission qu'il avait à remplir ce jour-là, et de la responsabilité qu'il pouvait encourir. L'irritation mutuelle des partis, les haines qu'avaient dû soulever les actes récents des autorités, et la qualité de maire qui donnait à Montaigne un titre pour délibérer sur une cérémonie militaire, portent à penser que c'est de cette montre de 1585 qu'il eslquestioa dajis ce passage des Essais : « On deliberoit de faire une montre générale de diverses troupes en armes (c'est le lieu des vengeances secrettes ; et n'est point où en plus grande seureté on les puisse exercer) ; il y avoit publicques et notoires apparences qu'il n'y faisoit pas fort bon pour aulcuns, ausquels touchoit la principale et nécessaire charge de les recognoistre. Il s'y proposa divers conseils, comme en chose dinidle, et qui avoit beaucoup de poids et de sujte. Le mien feut qu'on evitast surtout de donner aulcun témoignage de ce double ; et qu'on s'y trouvast et meslast parmy les
files, la teste droicte et le visage ouvert ; et qu'au lieu d'en retrancher aulcune chose (& quoy les aultres opinions visoyent le plus) au contraire, Ton solidtast les capitaines d'advertir les soldats de faire leurs salves belles et gaillardes en l'honneur des assistants, et n'espargner leur pouldre. Cela servit de gratification envers ces troupes suspectes , et engendra des lors en avant une mutuelle et utile confiance. • (Livre I, chap. xtiu.) *
Voilà M. le maréchal de Matignon parti pour FAgenois. Le moment était critique» même périlleux. Les complications s'amoncelaient de tous côtés : les préoccupations de toute natm*e assiégeaient le maire de Bordeaux ; les partis , ne sentant plus peser sur eux la main ferme qui avait pris le château Trompette, pouvaient essayer quelque entreprise; des émissaires du duc de Guise parcouraient la province; on répandait des bruits alarmants : des nouvelles fausses circulaient avec les véritables ; on parlait de l'arrivée du maréchal de Biron, de celle de M. de Mercœur, d'une flotte envoyée de Nantes pour s'emparer de Brouage, d'une armée de ligueurs en Poitou, sous les ordres de M. d'Elbeuf, d'une grande armée prête à venir en Guienne sous les ordres de M. de Mayenne, pour attaquer le roi de Navarre. Il faut éclaircir ces bruits divers, et en profiter; il faut veiller à la sûreté, à la tranquillité de la ville, se tenir en garde contre les coups de main, et au courant de ce que fait le roi de Navarre; conférer à tous les instants, avec les autorités publiques, et ne pas négliger les rapports des agents secrets. Montaigne veille à tout , suffit à tout. Il a trouvé une occasion où il fait besoing de vigueur et liberté y des affaires ayant une conduicte droicte et courte , et encores has€trden9e^ comme il dit qu'il en fallait pour se servir de lui. Grâces à la vigilance, à l'activité, à l'intelligence de son
1. Le premier livre des Essais (Ut publié en 1580; mais on sait qne Montaigne ajoutait constamment à ce qu'il avait écrit. En suivant la filière des différentes éditions, on pourrait voir si le passage dont il s*agit ici a été publié pour la première fois postérieurement i 1585, de manière i JustiGer ma conjecture, t . ^
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MONTAIOME MiURE DE BORDEAOX. 979
administration, rien ne bougea pendant l'absence scabreuse do maréchal de Matignon. Montaigne, au milieu des soins et des détails qui absorbaient ses journées, prenait sur ses nuits pour compléter ses travaux et expédier ses correspon* dances. (Test pendant la nuit qu'il écrivit la lettre qu'on va lire, témoignage précieux des qualités administratives qu'on ne lai refusait pas de son temps, et qu'on a niées plus tard, parce que , suivant l'usage ordinaire du monde et de ceux qni écrivent l'histoire, on juge avant de connaître, et qu'on remplace les faits par des opinions.
Cette lettre, la plus intéressante peut-être de celles que l'on a publiées jusqu'à présent, a été trouvée par M. Horace de Vieil Castel en 1848 au British mmeum de Londres, miseellatiâous letiers and papers^ bibl. Égerton, mss. vol. 23, Plutarcb, f. 167, pièce cotée 240. Elle a été publiée pour la première fois par M. le docteur Payen , dans ses Nouveaux documents, p. iO, accompagnée d'un excellent commentaire historique et bibliographique, et de la discussion des pré« tentions qui se sont élevées sur la priorité de la découverte.
On connaît les circonstances dans lesquelles Montaigne écrivait (1) ; s'il ne fait pas connaître l'année à la suite du mois, ni le nom de la personne à qui il s'adresse, on ne peut néanmoins s'y tromper. Tous les faits dont il parle se rapportent à l'année 1585; M. le docteur Payen a complété la démonstration, en constatant que, sur les quatre années de mairie de Montaigne , l'année 1585 est la seule où le 22 mai corresponde à un mercredi.
Sous cette date , Montaigne ne pouvait écrire ainsi qu'au maréchal de Matignon; c'est à ce personnage, et à lui seul, que convient un compte rendu aussi détaillé de ce qui se passe à Bordeaux : c'est bien lui qui était absent alors et attendu à Agen, lui dont le maire devait désirer impatiemment le retour, lui qui, pour remplir les devoirs de sa charge de lieutenant général dans la province, et pour
U St lettre, tout Maère dt ea oMin , remptit quatre pages in-foiio.
pouvoir aviser la cour de France, avait intérêt à tout savoir.
En reproduisant cette lettre si curieuse, j'y joindrai quelques annotations, nécessaires pour en donner une complète intelligence :
« Monseigneur i'ai receu ce matin vostre lettre que i'ai communiquée a M. de Gourgue ' et avons disné ensamble chez M. de Bourdeaux *, quand a l'inconueniant du transport de lariant contenu en nostre mémoire nous uoies côbien c'est chose malaisée à pouruoir ; tant y a que nous y orons leuil de plus près que nous pourrons. le fis toute dilîjance pour trouuer l'home de quoi nous nous parlâtes. Il n'a point esté ici et m'a M. de Bourdeaux môtré une lettre par laquelle il mande ne pouuoir uenir trouuer le directeur de Bourdeaux come îl deliberoit aiant esté aucrti que uons uous deOies de lui. La lettre est de auant hier si ie l'eusse trouue l'eusse a l'auanture suiui la uoie plus douce estant Incertain de uostre resolution , mais ie uous supplie pourtant ne faire nul doubte que ie refuse rien à quoi uous serés résolu et que ie nay ny chois ny distinction d'affaire ny de personne ou il ira de uostre comandemant. le souhete que uous aies en Guyene beaucoup de volantes autant uostre qu'est la miene. On fait bruict que les galères de Nantes s'en uienent vers Brouage ^ M. le mareschal de Biron n'est encore deslo-
!• C'est, selon toute vraisemblance, Ogler de Gourgues, seigneur deMontlezun, vicomte de JulUac, baron de Vayres, président des trésoriers de France en la généralité de la Guyenne, au bureau de Bordeaux; ce qui, ainsi que te fait observer H. Payen, achève de ie prouver, c'est que Montaigne parle d'un envol d'argent, et que, pour des réclamations de sommes dues, le roi de Navarre écrit dans plusieurs lettres au maréchal de Matignon , en qualifiant M. de Gourgues de général (des finances).
• 2. Probablement il s'agit de l'archevêque de Bordeaux. A la vérité , les oor^ respondances et les mémoires du temps parlent d'un capitaine de Bordeaux» et on volt qu'Henri III, dans une lettre du 18 avril 1585, rappelait au maréchal de Matignon qu'à l'occasion des remuements d'armes, il lui avait envoyé, quelque temps auparavant, le sieur de Bordeaux; mais ce dernier gentilhomme n'éUlt point établi à Bordeaux, et n'avait point maison à recevoir à dîner chex lui M. de MonUigne et M. de Gourgues. D'ailleurs , son nom s'écrivait Bordeaux, et Montaigne écrit Bourdeaux, qui éult alors ie nom de la ville.
2. Port de Xaintottge, très-huportant pour les approvisionnements de Bor-
gé K Cens qui auoient charge d'auertir M. d*Usa * disent ne Fauoir peu trouuer et crol qu'il ne soit plus icy sil y a esté. Nous somes après nos portes et gardes et y regardons un peu plus attantifiieniant en uostre absance laquelle ie creins non sulemant pour la côseruation de cette uille maist aussi pour la cOseruation de nous mesme connaiss&t que les euemis du seruice du roy sautant assés combien nous y estes necessere et côbien Ion se porteroit mal sans nous. le creins que les aflEedres tous surpranderôt de tant de costés au Cartier ou nous estes que nous serés lôgtamps à pouruoir par tout et y ares beaucoup et longues difQcultes '. S'il suruient aucune nouuelle occasion et inportante ie nous despecherai soudein home exprès et doués estimer que rien ne bouge si nous n'aués de mes noiiuelles , vous suppliant aussi de côsiderer que telle sorte de mouuemants ont acôstumé d'estre si inpourueus que s'ils deuoient auenir on me tiendera a la gorge sans me dire gare. Je ferai ce que ie pourrai pour santir nouuelles de toutes pars et pour cet eflaict uisiterai et uerrai le goût de toute sorte d'homes. Jusques à celé heure rien ne bouge. M. du Londel * m'a ueu ce matin et auons
deaux. Les protesUnU se disposaient à en faire le siège, qui fut, en effet, entrepris plus tard par le prince de Condé. Les navires annoncés Tenaient contre le roi de Navarre , la viile de Nantes étant au pouvoir des catholiques.
1. C'est lui qui avait été remplacé en 1S81 par Matignon comme lieutenant général en Guyenne; Il avait ensuite été envoyé à Monsieur, lors de son expédition en Flandre. En 1&8S, Il vint dans le Périgord.'pour'des affaires de famille. M. Payen dit que le 5 mal 11 avait repassé par Périgueux pour se rendre à la cour, où il éult rappelé. Cette deroière date me parait douteuse. Le marécbd de Biron reçut Immédiatement le commandement d'une armée , qui devait être renforcée par les troupes du duc de Mayenne. Comme , lorsque Biron arriva dans la Guyenne, la guerre n'était pas encore déclarée, ie roi de Navarre lui écrivit, au milieu de mal, lui témoignant le regret de ne ravoir pas vu et le éésUr d'avoir avec lui une entrevue. D'après la lettre de Montaigne , Il paraît que Biron n'avait pas quitté le lieu où 11 séjournait quand Matignon était parti de Bordeaux.
2. On trouve un vicomte d'Usa , de Bordeaux, commandant l'armée navale en 1573. Est-ce le même dont 11 s'agit Ici? On peut le croire , puisqu'il était question de l'avertir de l'arrivée des vaisseaux de Nantes.
a. En effet, Matignon eut à pourvoir à la sûreté de plusieurs villes; mais II agit avec tant de célérité que son expédition fut de courte durée.
4. On a vu que M. du Londel ou Le Londel a joué un r61e actif dansTaffalre du châtean Trompette. M. Payen dit que « quoique capitaine des gardes de
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regardé a quelques aianoemans pour sa place oa i'irai deroein matin. Depuis ce comàcemant de lettre i*ai appris aus Chartreus qu'il est passé près de cette uiUe deus iantiishomes qui se disent à mésieu de Guise qui uienent d'Agen sans tfuoir peu sçauoir qu'elle route ils ont tiré. On atant a Agen que nous y aillés ^ Le sieur de Mauuesin * uiut iusques a Ganteloup et de là s'en retourna aiant apris quelques nou* uelles. le cherche un capiteine Rous' a qui Masfiarraute * escrit pour le retirer à lui avecq tout plein de promesses* Lanouuelle des deus galères de Nantes prestes à descendre
Vaillftc, ligueur ardent, Il était déYoué au roi. • M. de Matignon n^anralt pu confié la garde de son hôtel, l'arresution de VailUc, le soin de dresser riBYe»* taire avec celui-ci, et enfin le commandement de la forteresse à un ligueur ardent qui aurait trahi, dans cette circonstance, l'homme dont 11 commandait les gardes. De GaUUère dit, et cela est d'accord arec tous les faits, que La kondel était le capitaine des gardes du maréchal. C'était aussi son homme de confiance. On voit, par les lettres du roi et de Matignon , que lie ix)ndel était souvent porteur de dépêches , et même d'explications, entre le roi et le lieutenant général.
1. La reine Marguerite avait voulu profiter de la prise d'armes des ligueurs pour s'entendre avec eux au détriment du roi son frère et du roi son mari ; •llo avait médité une entreprise sur Agen ; il était donc naturel qu*ll s'y fût trouvé des agents de M. de Guise. Henri 111 avait écrit à Matignon de se porter rapidement sur celte ville, et cet ordre s'exécuUlt avec promptitude; Montaigne avertit Matignon que déjà on l'attend k Agen.
2. Michel de Castillon » sieur de Mauvesin, était, au dire de M. Payen, capitaine d'une compagnie de deux cents hommes, cantonnée sans doute à pende distance de Bordeaux.
8. M. Payen pense qu'il s'agit ici d'un gentilhomme périgourdin qui eottmandait la garnison do château de Montignae lorsque le due de Mayenne, en 1580, vint atUquer celte forteresse, el qu'il oblint une capitulation honorable. Je ne sais si c'est le même qui défendait le château de Puynormand à la in de cette campagne commencée par la prise de Montignae. Le commandant de Puynormand se rattachait au maréchal de Matignon par une circonstance étrange , que Duplessis-Mornay raconte ainsi dans les Mémoires de la ligue, 1. 1 : « Le château fut pillé et brûlé t voilà le discours de ce grand siège que le duc de Mayenne entreprit pour se venger particulièrement du capiutne Roux , qui donna avis au maréchal de Matignon que Cursoi confessoit en prison avoir été sollicité par Landsac de le tuer. Ce maréchal n'en douU point, et entra en d'étranges soupçons, se souvenant que le duc de Mayenne avait retiré ce hardi entrepreneur de prison, lorsqu'il avait délibéré de le mettre entre les mains d'un prévôt ou d'un comité : voilà une des principales causes de ce siège, et une particularité très-cerulne et bien remarquable. >
4. M. de Masparault ou Masparauite , conseiller au conseil privé et maître des requêtes, mort en 1607. Pierre de L'Estolle parle d'un Masparot, maître des requêtes» que la cour envoya , en décembre 1576, au roi de Navarre.
MONTAIGNE MAIRE DE BORiyEAUX. %d»
en Brouage est certeine avecq deus compaignies de ians de pied. M. de Mercure ^ est dans la uille de Nantes. Le sieur de la Courbe a dict à M. le présidant Nesmond * que H. d'Elbeuf est en deçà d'Angiers et a logé cbés son père , tirant sur le bas Poictou avecq quatre mill*bomesde pied et quatre ou cinq çans chenaux aiant recueilli les forces de M. de Brissac * et d'autres et que môsieur de Mercure se doit iouindre à lui. Le bruit court aussi que môsieur du Meine * nient prandre ce qu'on leur a assamble en Auuergne et que par le pais de forest il se rendera en Rouergue et à nous, c'est a dire uers le roy de Navarre contre lequel tout cela nient '; môsieur de Lansac'' est a Bourg * et a deux nauires
1. Dana les écrits et mémoires contemporains, on trouTe très-fréquemment écril ainsi le nom du duc de Mercoeur. Ce seigneur, de la maison de Lorraine, avait été désigné par Henri HI pour combattre le prince de Condé. H se mit en campagne, mais éprouva un rude écbec, et fut obligé de se réfugiera Nantes.
2. François de Nesmond , président au parlement de Bordeaux, doTint premier président en 1617. Son flls André Uïi aussi président au même parlement.
3. Cbaries , duc d'Elbœuf , cousin du duc de Guise , avait un commandement dans les armées de la Ligue.
4. Cbaries de Cossé, seigneur de Brissac, était de l'Anjou, et fort zélé pour la Ligue. C'est lui qui reprit, dans cette même année 1585, aux calvinistes le château d'Angers : il en était gouverneur lors de rexpédiUon malbeureuse du prince de Condé.
5. M. du Haine, ou de Mayenne, de la famille de Guise, devait être cbargé par Henri lU de conduire en Guyenne la principale armée dirigée contre le roi de Navarre. Mais le roi hésitait encore : Il craignait la domination des ligueurs et l'ambition des Guise. Il reurdait donc, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, les préparatifs de rexpédiUon et la concentration des troupes que devait commander M. du Haine. U annonçait toujours ce secours aux maréchaux de Biron et de Matignon, qui l'attendaient en Guyenne. H. du Haine Joignit son armée peu de temps après l'annonce de Honiaigne; mais 11 traversa le Poitou sans combattre, et ne se railla au maréchal de Matignon que Thiver Sttlva&L
6. On volt que MonUlgne ne se trompait pas sur la véritable destination des forces que la Ligue allait obliger Henri III de faire passer en Guyenne.
7. Gentilhomme attaché à la personne de Henri 111 , et dévoué à la Ligue* U était d'une famille considérable dans la province. Un Lansac (est-ce son père?) « seigneur de grande authorité, et fort aymé à la cour, d'où ilnebougeoit guière, > dit Damai, avait été élu maire de Bordeaux en 1556. C*est.à M. de Lansac que MonUlgne a dédié la traduction de la Ménagerie de Xénophon,par LaBoêtle.
8. Bourg-sur-Mer , petite ville avec un port, dans l'arrondineneat de
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annés qui le suiuent. Sa charge est pour la marine. Je vous dis ce que iaprans et mesie les nouuelles des bruits de uille que ie ne treuue uraisamblables avecq des uerités affin que nous saches tout nous suppliant très hûblement uous en reuenir incôtinant que les affaires le permetteront, et nous asseure que nous n'espargnerôs cependftt ny nostre souin , ny, s'il est besouin, nostre uie pour cOserver toutes choses en lobeissance du roy.
« Môseignur ie uous baise très hûblem&t les meins et supplie Dieu uous tenir en sa garde. De Bourdeaus , ce mercredi la nuit 22 de mai.
« Vostre très hûble seruitur,
« MÔTÂIGNE.
•I le n'ai ueu persone du roy de Nauarre. On dict que M. de Biron la ueu '• »
Le maréchal parait n'avoir pas fait une longue absence : car Montaigne se rendit auprès du roi de Navarre dans les premiers jours de juin , et il n'aurait pas quitté Bordeaux avant le retour du maréchal. Henri , dans une lettre du 6 juin , se plaignit à M. de Matignon de la conduite de sa compagnie dans les villes de Florence et d'Agen, et le pria d'y mettre ordre : « l'en ai parlé , lui dit-il, plus particulièrement au sieur de Montaigne; qui me gardera de faire la présente plus longue. »
Ici nous cessons de voir Montaigne à Bordeaux , quoique ses fonctions dussent l'y retenir plus que jamais.
BUfe. Très-peu de temps après la leure de Montaigne, les ligueurs s'en emparèrent; le roi de Navarre parle de cette prise dans une lettre qu'il écrit le 15 Juin au marécliai de Matignon.
I. Cet on dt7 pouvait bien couvrir quelque information qui serait venue à Montaigne, soit du roi de Navarre , soit d'une personne à son service ; di's renseignements exacts devaient faire penser, le 22 mai, que Biron aurait vu le roi de Navarre, car celui-ci, vers le milieu du mois, lui avait demandé une entrevue : « Mon cousin , ie suis marry que les remuements m'osient le plaisir que l'avois espéré de vous voir. Cela mesme nous eust esté un moyen de nous esdaircir l'un Taullre de plusieurs clioses qui importent au service du roy et bien de cet eslat. le vous prie d'adviser si , en quelque façon , sans inlerest de vostre santé, il se pourra recouvrer. » (M. Derger de Xivrey, Lettres de HenH IV.)
D y avait « un cloaque impénétrable , au milieu d'un marais , situé du côté du couchant , et quasi joignant la ville derrière les jardins de l'archevêché , formé , de tous temps , par le débordement des eaux pluviales , venant d'un pays de landes inhabité , qui se corrompaient dans ce cloaque qui ne pouvait les regorger par aucune refuite. Ces eaux corrompues , lorsque l'ardeur du soleil dans l'été pénétrait dedans , faisaient élever des vapeurs empoisonnées qui se répandaient dans les quartiers de la ville comme une espèce de brouillard qui causait , de temps à autre , une contagion pestilentielle.... on tenait, à cette occasion, pour la guérison et le soulagement de ceux qui en étaient affligés, un hôpital qu'on appelait de la peste, dans un quartier éloigné de la contagion. » ( Histoire curieuse et remarquable de la ville et province de Bordeaux, par M. de Lacolonie, t. II, p. 21.)
La chronique mentionne plusieurs exemples de ces épidémies meurtrières; en 1545 le parlement siégea à Liboume pendant les mois de septembre et octobre, à raison de la maladie qui sévissoit à Bordeaux; en 1555, pendant l'administration du père de Montaigne , le parlement fut obligé d'abandonner la ville, et d'aller siéger à Libourne en août, septembre et octobre ; le principal du collège de Guyenne obtint des jurats la fermeture de la maison , et mourut; il fut remplacé par Vinet. En 1565, année de grande contagion, la cour voulut encore se retirer de la ville, mais les jurats firent entendre à messieurs « la nécessité qu'il y avoit qu'ils ne bougeassent, pour le service du roy, et du public, la ville estant continuellement menacée de quelque surprmse, laquelle les ennemis n'attenteroient le parlement estant en la ville comme en son absence ; qui fut cause que la cour s'arresta. » ( Damai. )
La maladie eut en 1585 une intensité extraordinaire : « Les chaleurs de Télé furent si excessives qu'elles contribuèrent beaucoup à augmenter le mal. Le cloaque du marais vomit plus de vapeurs empestées'à proportion des vives ardeurs du soleil. La contagion causée par ces exhalaisons infectées prit premièrement dans les domestiques de
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l'archeyèché , comme le plus à portée, et peu à peu s'étendit, de quartier en quartier, dans la ville. Le progrès du mal mit tous les habitants en mouvement afin de trouver des moyens à pouvoir y porter remède; plusieurs diarlatans se présentèrent pour en donner, afin d'en faire leur profit; mais comme cette espèce de gens fréquentaient continuellement les malades, ils ne purent résister à un air si infecté , et en périrent plus promptcment que les autres. Ce fût au commencement du mois de juin que la violence du mal se fit sentir, qui continua pendant toutes les chaleurs de l'été, qui furent excessives, et ne Imit qu'aux environs des fêtes de Noël suivantes. Il y eut un si grand nombre de personnes attaquées du mal que l'hôpital de la peste , quoique fort spacieux et étendu , ne fut pas suffisant à pouvoir les placer, et l'on fut obligé de construire nombre de baraques pour y suppléer; et enfin le mai cessa parle nombre de morts qui périrent dans cette contagion.» {Hùi. curieuse et remarquable , Eod.)
« Puys le moys de juin la contagion est si grande à Bourdeaux jusques au moys de décembre, dit de Lurbe, que 14000 et quelques personnes, de compte fetit, en meurent ^«
Dans de telles calamités, les magistrats d'une ville doivent donner l'exemple du courage, et rester fermes à leur poste, pour soulager les maux physiques et soutenir le moral des habitants. Montaigne avait un beau modèle à suivre dans la conduite du premier président Christophe de Thou qui, quoiqu'il ne fût pas lié par les devoirs d'une charge municipale, n'avait point voulu quitter Paris pendant l'épidémie de 1S80 *; un de ses successeurs^ à la mairie de Bordeaux,
1. Cette peste exerça encore de grands ravages à Bordeaux en 1599. La ville passa, dans cette année, un contrat avec un Flamand, Conrat Gaussens, pour le dessèchement du yalu dé Bordeaux. Le cardinal de Sourdis fit entreprendre d'immenses travaux : il ^isa le cloaque, donna un cours au déliordement des eaux, dessécha les marais d'alentour, fit construire des canaux bordés d*arbree, et bâtit i càvé la Chartreuse. La générosité d« ce prélat détruisit le foyer d'inCaetion qui désolait périodiquement la ville.
.2 ce Quoiqu'il pût sortir de Paris à l'occasion des vacances, et qu'il eût coutame de le faire tous les ans, ce grand homme, né pour le bien public, et
le maréchal d'Ornano, fut admirable de dévouement et d'humanité, en 1599^ l'histoire a conservé le souvenir d'une pareille vertu exercée par Rolrou à Dreux*, par Montausier% en Normandie» par Belzunce * à Marseille.
Montaigne n'avait pas l'ftme aussi fortement trempée; ses
qui faisolt peu d*etat de sa vie auprès de la conserration de cette grande ville» ne voulut point en sortir, et 11 se promenoU tous les Jours en carrosse dans les rues pour montrer au peuple qu'il oiéprlsoit ce danger, et pour lui donner rexemple d*en faire autant. » (De Thou, Bistoire, livre LXXII.)
1. « Il ne manquoit pas d^aller deux fois la semaine à Thôpital de la peste : U se falsoit ouvrir sans répugnance le grand porUlI, et entroit à cheval dans la basse court ; et làs*lnformoUpar lui-même si les pauvres enfermés étoient blea secourus d*aliments, de médicaments et d^autres nécessités. Tous ceux des affligés qui n'étoicnt pas alités sortoient et se rangcoient à sept ou huit pas de distance pour lui dire leurs besoins; Il avolt soin d'ordonner d'y pourvoir ou d'f pourvoir lui-même : car il ne sortait pas de U qu'il n'eust vidé sa bourse. 11 étolt toujours pourvu de beaucoup de préservatifs qu'il envoyolt dans les maisons bourgeoises et autres de la ville» pour tacher de les garantir. 11 alloit pareillement visiter les affligés qui étoient renfermés dans la ville» et s'il s'apercevoit qu'ils n'eussent pas les provisions nécessaires» il y falsoit pourvoir à ses dépens, Jusquesà y envoyer même les vivres de sa table, et consoloit autant qu'il lui étoit possible les affligés. Le roi Henri IV, qui almoit beaucoup ce seigneur, ayant appris comMeo 11 exposolt sa vie dans cette contagion pour soulager les autres, le pressa, par différentes fois» de, quitter cet air pestiféré; à quoi il repondit toujours» avec une louable consunce» qu'il regardoit les habitants de Bordeaux comme sa propre famille, et qu'il aimoit mieux mourir avec eux que de manquer à les assister de tout son pouvoir dans des besoins aussi pressants. » (Histoire curieuse et remarquable de Bordeaux, t, II, p. 67.)
2. « Rotrou était lieutenant particulier au bailliage de Dreux, assesseur criminel, et commissaire examinateur au même comté. Une maladie épidémique vient fondre tout à coup sur la petite ville du poète : ses oondtoyeos meurent ou fuient; ses amis et son frère le pressent de s'éloigner; il leur écrit pour la dernière fols : « Le salut de mes concitoyens m'est confié ; j'en réponds à ma « patrie : Je ne trahirai ni Thonneur ni ma conscience. Ce n'est pu que le pé- « ril où Je me trouve ne soit grand» puisqu'au moment où Je vous écris» on « sonne pour la vingt-deuxième personne qui est mono aujourd'hui. Ce sera « pour mol quand il plaira à Dieu. » Et trois Jours après» le 28 Juin 1660» il mourut victime de son dévouement. » [Eneytlùpédie d9$gens du monde.)
3. Le duc de Mouusier fut nommé, en 1662» gouverneur de la Normandie, ï la mort du duc de Longueville. « La peste s'étant déclarée dans ce pays» Monuusier s'y rendit aussitôt, malgré les vives inaunces de «a famille, en répondant aux ioqolétufies qu*on lui témoignait , « qu'un gouverneur était tenu « à résidence; mais qu'il y avait pour lui obligation absolue dans les moments « de calamité publique. » Louis XI V désira le voir aussitôt après son retour, pour lui ti^rooigner combien 11 était satisfait de sa conduite. » {Biographie ntUvfrselle.)
4. Immortalisé par son religieux héioTsuic durant la peste de 1720.
fonctions allaient expirer : le courage lui manqua pour les exercer jusqu'au bout. U n'était plus à Bordeaux » dès le mois de juillet ; comme beaucoup de familles bordelaises, il parait s'être retiré à Uboume S d'où il écrivit la lettre qu'on va lire. Hàtons-nous de dire , à sa décharge , que des préoccupations domestiques avaient dû l'appeler hors de Bordeaux, qu'il avait sans doute fait venir sa famille à Uboume, ou était allé d'abord la joindre à Montaigne, pour la protéger contre les violences de la guerre civile ; c'est à cette époque (l'été de 1585) qu'il faut placer le pillage de son château : « Tescrivois cecy, ajoute- t-il au chap. xu du livre III, environ le temps qu'une forte charge de nos troubles se croupit plusieurs mois, de tout son poids, droict sur moy : l'avois , d'une part, les ennemis à ma porte ; d'aultre part, les picoreurs, pires ennemis, non armis, sed vitiis certatttr; et essayois toute sorte d'iniures militaires à la fois :
« Hostis adest, dextra levaque a parte timendus, Vicinoque malo terret utrumque latas.
«.•.. Le peuple y souffrit bien largement lors, non les dommages présents seulement
« Undique totis Usque adeo turbatur agris.
mais les futurs aussi : les vivants y eurent à patir; si eurent ceulx qui n'estoient encore nays : on le pilla, et moy par conséquent, iusques à l'espérance, lui ravissant tout ce qu'il avoît à s'apprester à vivre pour longues années.... Voicy un aultre rengorgement de mal qui m' arriva à la suite du reste : et dehors et dedans ma maison, ie feus accueilly d'une peste, véhémente au prix de toute aultre.... »
C'est bien en 1585 qu'une forte charge de troubles civils dut se croupir plusieurs mois sur le pays. Le roi de Navarre, qui voyait l'orage prêt à fondre sur lui, et qui ne se sentait pas assez fort pour tenir la campagne, enfermait ses hugue-
1. Archives de Libourne; SouATraln, Essais et variétés historiques sur la tille de Liboume^ p. 236.
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note dans les places : ils occupaient les villes ou châteaux peu éloignés de Montaigne, tels que Puynormand, Castillon, Sainte-Foy, Bergerac ; ils en sortaient pour faire des excursioqs dont les contrées environnantes payaient tous les frais. Les bandes indisciplinées de l'armée catholique battaient la campagne, et n'épargnaient pas davantage le paysan. Cette guerre qui venait guérir la sédition en était pleine, elle voulait chasser la désobéissance et en montrait l'exemple (expressions de Montaigne, qui déplore encore ailleurs la perte de la discipline dans les armées). Pendant une partie de cette année, on ne se battit pas en Guyenne , on ravagea : « du depuis le mois de mars que Ton avoit pris les armes iusques vers la fin du mois d'aoust, le soldat n'avoit fait que vivre sur le paysan : nul coup d'espee, nul combat, nulle rencontre. » (Palma Cayet, Introduction.)
Cest après le pillage que la contagion envahit le château de Montaigne ; l'épidémie qu'on appelait peste, fut la conséquence de la misère , de la disette , de l'accumulation des troupes, et sévit hors de Bordeaux, dans la province de Guyenne, en 1585 et au début de 1586. « Voilà donc, dit Palma Cayet, la Guyenne, le Poictou, la Xaintonge, le Limousin et le Perigord affligés de la guerre , de la famine et de la peste. > Jean de Serre mentionne énergiquement la présence de ces fléaux : « Les trois poinctes du tonnerre de Dieu matrassent les hommes en ces pays là. » (Inventaire, année 1586.)
J'ai dû fixer ces dates, afin de pouvoir un peu excuser ^/. Montaigne. S'il abandonna son poste d'homme public au jour du péril , ce ne fut pas précisément par crainte de la contagion et par amour de sa conservation personnelle, mais surtout pour remplir ses devoirs de famille, de chef de maison ; quand les picoreurs siUonnaient les campagnes, on avait besoin de lui là-bas : les soldats de tous les partis entraient, pour la dévaster, dans cette maison que jusque alors la guerre civile elle-même avait respectée. Si son absence de la ville, et même de son château, se prolongea, c'est qu'il se mit lui-môme, ainsi qu'il nous l'apprend dans ses Essais^
à la tète d*une caravane de sa famille et de ses gens qui, pendant six mois, s'enfuirent pour éviter la peste, n parait, du reste, qu'il ne redoutait pas beaucoup personnellement la maladie, si on doit s'en rapporter à ces paroles : « L'appréhension ne me presse guère, laquelle on craint particulièrement en ce mal; et si, estant seul, ie l'eusse voulu prendre, c'eust esté une fuyte bien plus gaillarde et plus esloingnée; c'est une mort qui ne me semble des pires.... » (Livre III, chap. XII.)
Quoi qu'on pense de la conduite de Montaigne (et, à cet égard , l'indulgence ne me paraît pas pouvoir aller jusqu'à l'approbation), le fait de l'absence à un des moments les plus difficiles, est constant. La terreur s'était emparée des magistrats et des fonctionnaires ; quelques-uns cependant avaient résisté , et le maréchal de Matignon continuait de #/ l . -. ^ . vaquer, avec son activité habituelle , aux soins multipliés de / '
//.;?/ la lieutenance générale. On trouve la preuve de ces faits dans des lettres inédites d'un magistrat et de Matignon, insérées toutes deux parmi les manuscrits du fonds de Harlay ^, fol. 66 et 87*.