PRÉFACE. IX
complète de celui qu'il aime avec tant de passion, s'est borné jusqu'ici à des publications partielles , où Ton entreyoit à peine les bases de l'édifice qu'il lui siérait si bien d'élever.
Pour former un ensemble des renseignements épars qui existent, et y ajouter des documents nouveaux; pour reconstituer^ autant qu'il est possible , la vie publique de Montaigne, j'ai eu recours d'abord aux Essais^ quoique l'auteur n'ait pas voulu faire le récit de ses gestes, on y trouve des explications inattendues sur ses principes, ses actes et ses relations politiques. J'ai consulté les histoires, les correspondances imprimées ou manuscrites du xvi* siècle; celle de Duplessis Momay seule contient cinq lettres importantes adressées à Montaigne, et dont aucun biographe n'a fait usage. J'ai compulsé, non sans succès, les manuscrits de la Bibliothèque Impériale de Paris. J'ai cherché et trouvé beaucoup dans les chroniques, les coutumes, statuts et règlements de la ville de Bordeaux, ainsi que dans les histoires locales du Bordelais et de la Guyenne. Je dois, et je suis heureux d'exprimer une vive reconnaissance aux personnes qui m'ont aidé de leurs conseils et de leurs conmiunications, à M. Payen d'abord, à M. Rabanis, à MM. Gustave Brunet, Detcheverry , Gras et L. Lamothe de Bordeaux, à MM. les conservateurs et employés des bibliothèques publiques de Paris.
X PRËFACE.
Je n*aî pas cru devoir présenter un récit suiyii rigoureusement chronologique; cet ordre (que j'ai, d'ailleurs, rétabli dans un dernier chapitre), m'aurait condamné à des interruptions et à des redites; Tobjet spécial que je me suis proposé en aurait souffert. J'ai réuni, dans autant de chapitres séparés , les faits relatifs à chacune des circonstances de la vie publique de Montaigne.
J'ai fixé d'abord l'époque de sa naissance et prouvé sa noblesse, parce qu'il a rempli des fonctions qui exigeaient un certain âge ou la qualité de gentilhomme.
J'ai exposé, d'après lui-même, les principes généraux qui ont présidé à sa conduite politique; on verra qu'il a toujours été résolument du parti catholique et royaliste, qu'il n'a jamais appartenu à la Ligue, et que ses sympathies personnelles étaient au contraire pour te roi de Navarre.
Je le montre magistrat pendant près de quinze ans, modéré au milieu de collègues violents, soumis à l'autorité légale dans un parlement turbulent et insubordonné.
Je le suis à la cour de Henri II, de François II, de Charles tX et de Henri III, et fais connaître les idées, la tenue, le langage qu il y porta, les époques où il y vint, les circonstances où il reçut la cour dans son château.