‹ La vie publique en AngleterreChapitre 10 sur 19 · L ARMEE. 27 P · texte numérisé non relu

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vice des Indes'. Sur les 100,000 qui restent quand on a déduit la garde royale et les dépôts, une moitié est cantonnée dans les garnisons de Grande-Bretagne et d'Irlande, une autre est à Gibraltar, à Malte, en Egypte, au Gap, aux colonies, dans les cinq parties du monde, et nulle part il n'y a un homme de trop pour maintenir tant de peuples divers dans la clientèle des fabriques anglaises. Tout ce que la Grande-Bretagne pourrait faire en cas de guerre continentale, serait donc d'appeler sa réserve, qui compte à peine 48,000 hommes, et de jeter quelques divisions sur un point déterminé. Encore n'est-il pas certain que le soin de sa sécurité intérieure, ou les complications presque inévitables dans ses colonies, ne lui commanderaient pas impérieusement de s'enfermer dans la défensive.

La conscience de celte faiblesse secrète sous l'appareil majestueux de sa puissance maritime, a de longue date tourné l'attention de l'Angleterre vers ce qu'elle appelle ses « forces auxiliaires, » c'est-à-dire vers la milice et lesvolontaires.

La milice est une institution déjà ancienne. C'est une sorte de garde territoriale employée au service local.

1. En dehors de cette fraction de l'armée régulière détachée en Hindoustan, il existe une armée anglo-indienne d'environ 350 000 hommes, composée de natives encadrés par un certain nombre d'officiers et sous-officiers anglais. Il y a aussi dans les- Indes occidentales et en Australie des régiments coloniaux et des corps de milice ou de volontaires analogues à ceux de la mèrepatrie. Mais ces contingents essentiellement locaux ne sauiaient entrer en ligne de compte dans le tableau des forces britanniques proprement dites, quoiqu'ils puissent à l'occasion, et en cas d^ nécessité urgente, être détachés d'une colonie à l'autre.

Jadis elle se recrutait par voie de tirage au sort ; tout habitant ainsi désigné devait soit le service personnel, soit un remplaçant. Maintenant, c'est par voie d'engagement volontaire qu'elle remplit ses cadres. Chaque comté a au moins un régiment de milice; le Middlesex n'en compte pas moins de cinq; le Yorkshireetle Lancashire en ont huit. La milice des côtes est formée en régiments d'artillerie, au nombre de 33. Les uns et les autres sont annuellement appelés à des exercices et manœuvres qui durent vingt-huit jours.

Il y a une milice active et une réserve de la milice. L'ensemble donne sur le papier un total de 139,000 hommes. Les officiers sont nommés par le ministre de la guerre, sur la présentation des lords-lieutenants de comté. Dans l'archipel de la Manche, le service de la milice, par exception , est obligatoire pour tous les habitants.

Quand la milice est montée , elle prend le nom de yeomanry et perpétue sous ce titre un souvenir historique. La force de cette cavalerie locale est de 14,500 hommes.

Les corps de volontaires (vohintecrs) sont de création plus récente. Ils doivent leur existence aux craintes d'invasion provoquées après l'affaire Simon Bernard par la fameuse « manifestation des colonels. » A tort ou à raison, l'Angleterre se crut à ce moment menacée par l'armée française. Des appels patriotiques furent faits à la jeunesse britannique pour se mettre en mesure de conjurer ce danger. Les corps de volontaires surgirent de toutes parts, et l'effet ayant survécu à la cause, devinrent un élément permanent dans les forces du Royaume-Uni.

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Aujourd'hui, c'est principalement pour la jeunesse des bureaux et des comptoirs un prétexte à uniforme et à congés obligatoires. Il n'y a pas moins de 245,000 hommes enrôlés à ce titre et formés en régiments d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie, voire de génie. Tous s'équipent eux-mêmes et supportent par voie de cotisation individuelle les dépenses communes. Le Parlement accorde seuleraent de faibles subventions aux corps les mieux instruits.

Tel est, dans son ensemble, le tableau des forces régulières ou auxiliaires dont la Grande-Bretagne peut disposer et qui forment un total général de 632,000 hommes, coûtant en chiffres ronds 520 millions par an. Ces éléments sont de valeur très inégale. Au-dessous d'une armée mercenaire qu'on doit considérer comme excellente par la qualité des hommes et de l'armement, comme médiocre au point de vue de l'instruction des officiers, — vient une réserve de vieux soldats qui est également de premier ordre ; puis une milice qui pourrait au moment du péril fournir des recrues passables à l'armée active, et dans une certaine mesure suffire au service des places et des côtes, mais dont l'instruction militaire, la tenue, la taille, la force physique, la résistance générale sont déjà de second ou de troisième ordre. Enfin, des volontaires pour la plupart mal équipés, mal commandés, mal encadrés, mal exercés, inférieurs de tout point à n'importe quelle force régulière du continent.

Tout cela, vu d'ensemble, ou examiné par le détail, constitue une puissance défensive très respectable, mais ne représente sous l'aspect offensif qu'un facteur très

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secondaire. Si l'Angleterre a assisté sans sourciller, depuis un quart de siècle, à toutes les entreprises qui ont bouleversé le continent, on peut être certain qu'elle a, pour garder cette attitude expectante, les motifs les plus sérieux du monde. Quand elle affirme qu'elle veut la paix, qu'elle seule en Europe la veut sincèrement, il ^st permis de la croire sur parole. Il n'y a pas à l'heure présente une nation qui risquerait à la guerre un plus gros enjeu, avec plus de chances de perdre et moins de chances de gagner.

m. — La Marine.

11 semble que dans un pays comme les Iles Britanniques la marine de l'État devrait être la plus populaire des forces publiques. Non seulement elle n'a jamais été un instrument de compression à l'intérieur, mais n'est-ce pas elle qui a établi sur les océans l'hégémonie de la race anglo-saxonne, qui a ouvert à ses manufactures les innombrables marchés où elle jette ses produits, qui forme en quelque sorte le lien naturel entre toutes les parties de cet immense empire, en maintient la cohésion, et en représente la première ligne de défense? Comment les facteurs les plus actifs, les plus dévoués, les plus nécessaires de cette puissance avant tout coloniale pourraient-ils ne pas être les favoris même de la patrie, ses enfants préférés, ceux qu'elle enveloppe de sa tendresse la plus maternelle ?

Eh bien! non. Il n'en est pas ainsi. Nulle part au monde l'officier de marine ou le matelot n'a moins de prestige et n'occupe dans la hiérarchie sociale ou dans rimagination du peuple une place moins enviable. Nulle part il n'est regardé avec ce mélange de dédain et de pitié et n'obtient une plus faible part de ce reflet de la gloire, qui est le sourire féminin. Mesurant sa faveur au mérite, notre démocratie française fait volontiers

son héros du marin comme de l'ingénieur. Ni l'un ni lautre ne comptent pour l'aristocratique Albion : ils lui sont trop utiles. El'e réserve son enthousiasme pour lofficier de cour.

Le prince de Galles a voulu réagir contre ce préjugé bizarre en faisant de son fils aîné, comme du cadet, un aspirant de marine. Peu s'en est fallu que cet acte d'audace ne produisît des complications imprévues. Le bruit se répandit l'an dernier que le jeune prince, un jour qu'il s'ennuyait au carré des midshîpmen, avait cherché à se distraire en se faisant tatouer une ancre sur le bout du nez. L'Angleterre frémit à la seule idée de voir son futur roi marqué de cette estampille indélébile. Un peu plus, elle se serait levée en masse pour demander par voie de pétition le changement de l'ordre de succession au trône. Elle respira en apprenant que l'ancre était seulement dessinée au crayon bleu. Mais la leçon avait suffi, et c'est désormais à l'Université d'Oxford que l'héritier présomptif va poursuivre ses études. Il ne naviguera plus qu'en canot, sur l'Isis ou sur la Tamise. Quant à l'Angleterre, elle continuera de penser que la marine est une carrière de cadet et de déshérité, fort inférieure à l'armée de terre, à l'église et même a^' civil service.

C'est pourtant une glorieuse histoire que celle de sa flotte, depuis l'ère de Drake jusqu'à celle de Nelson. A l'époque où la Grande-Bretagne se préparait à en venir aux mains avec Vinvincible Armada, que la tempête se chargea d'anéantir, elle pouvait déjà mettre en ligne 176 navires, montés par 15,000 hommes. Mais la marine ne constiluait pas encore une force distincte de l'armée.

Les hommes de guerre s'embarquaient quand il le fallait sur une de ces hautes nefs qu'on voit à Hampton-Gourt dans les panneaux attribués à Holbein. On a souvent cité le cas de John Sheffield, lord Mulgrave : à dix-sept ans il s'engage pour servir à la mer contre les Hollandais, débarque un mois et demi plus tard et se met à la' tête d'un escadron de cavalerie ; ses six semaines de mer lui constituant un titre sérieux comme navigateur, on lui confie, au bout de cinq ans de service à terre, le commandement d'un vaisseau de 90 canons; il justifie pleinement l'attente de son pays, mais se décide bientôt à y rentrer pour se voir élevé au grade et aux fonctions de colonel dinfanterie.

Telles étaient les mœurs navales au temps d'Elisabeth, et ce système n'était pas des pires, s'il faut en juger par les résultats. Sous les Stuarts, la marine dégénère. Elle est rétablie sur un pied formidable sous Texcellente administration de Cromwell, égale et dépasse bientôt celle des Hollandais. Et depuis lors, tous les régimes font de la flotte « leur première et principale affaire, » comjne une adresse des Lords le recommandait en 1707 à la reine Anne. Seule, la marine française pouvait encore rivaliser avec elle. De 1702 à 1815, l'Angleterre nous prend ou nous coule 682 navires, dont 1^4 vaisseaux de ligne et 210 frégates; et dans la môme période, elle en détruit ou s'en approprie 427 autres, appaj tenant à la Hollande, à l'Espagne, au Danemarck, à la Russie, aux Etats-Unis d'Amérique. Pendant un demi-siècle, sa suprématie maritime reste incontestée. Puis, les autres marines se reconstituent, l'invention de l'hélice, des armatures en fer et des torpilles vient changer les bases

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de la puissance navale. A cette heure, l'évaluation en est chose bien incertaine. La Grande-Bretagne se berce encore de l'illusion qu'elle reste à cet égard, vis-à-vis de la France, comme 1132 est à 900, — l'Allemagne étant représentée par 372, l'Italie par 284, la Turquie par 215, la Russie par 153, l'Autriche par 134... Mais c'est là une proportion que l'achèvement d'un nouveau modèle de cuirassé peut modifier d'un moment à l'autre, et qui pourrait dire si dans dix ans la nation la plus vulnérable ne sera pas celle qui aura le plus de navires à la mer ?

Le recrutement des équipages n'est plus soumis en Angleterre à l'odieuse pratique de l-à presse, si longtemps employée pour compléter les effectifs à bord des navires de guerre : pratique qui consistait à enlever de vive force, dans les ports ou sur les côtes, les hommes dont on avait besoin. Aujourd'hui, c'est par voie d'engagement volontaire que se recrute l'armée de mer comme l'armée de terre. Les engagements peuvent être contractés pour une durée de dix ans ou à plus court terme ; une haute paye est attribuée aux matelots qui ont signé pour la période maxima et qui sont dits en service continu. Quant aux formalités à remplir, elles sont des plus simples : un commandant demande-t-il des recrues, quiconque se présente est soumis à l'examen médical et immédiatement accepté sur avis favorable. Le fait d'avoir été précédemment rayé des contrôles de la flotte pour crime ou délit, est seul un motif d'exclusion.

Les hommes se répartissent en deux classes quant à leur degré d'instruction : les simples matelots et les capables [able bodied). Les meilleurs sont ordinairement ceux qui ont fait leur apprentissage sur un des nom-

breux vaisseaux-écoles ou training ships consacrés à l'instruction des mousses.

Quand aux officiers, ce n'est pas comme chez nous, au concours qu'ils obtiennent leurs grades ; mais par une série d'examens à la suite d'un stage. Le stage commence à dix ou douze ans sur demande adressée à l'amirauté et ratifiée par elle. Les aptitudes physiques et intellectuelles du candidat une fois constatées, il est embarqué à bord du vaisseau-école Britannia en qualité délève. Il y reste deux ou trois ans, passe un examen de sortie et entre dans le corps des officiers de vaisseau avec le titre de midshipman. U ne devient sous-lieutenant, lieutenant et capitaine qu'en passant autant d'examens nouveaux. La série des grades est à la fois beaucoup plus développée et beaucoup plus malaisée à franchir dans l'armée de mer que dans l'armée de terre. Entre celui de midshipman qui est à la base, et celui d'amiral de la flotte qui est au sommet, on compte les grades de sous-lieutenant, lieutenant en second, lieutenant en premier, lieutenant-commandant, capitaine de frégate, capitaine de vaisseau, commodore de deuxième et de première classe, capitaine de la flotte, contreamiral, vice-amiral, amiral.

Le corps des officiers de vaisseau anglais, sans avoir sur celui des autres nations civilisées la supériorité qu'il s'attribue volontiers, est incontestablement dans son ensemble très supérieur à celui de l'armée de terre. Tous les membres sont rompus à leur métier, tous en connaissent à fond la pratique. Tous sont des loups de mer.

Mais précisément à raison de ces qualités spéciales.

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tous ne sont pas également propres aux fonctions semidiplomatiques qui leur incombent à l'occasion. On en a eu un exemple récent dans la correspondance échangée devant Tamatave entre l'amiral Pierre et le commandant Johnstone, et au cours de laquelle l'officier anglais non seulement a montré qu'il ignorait l'A, B, C, du droit international, mais a manqué aux règles élémentaires du savoir-vivre entre commandants de nationalité et de grades différents.

La marine britannique est actuellement gouvernée par cinq commissaires désignés sous le titre de lords de l'amirauté et iovindini le Board of odmiralty.

Le premier lord est le véritable ministre de la marine; c'est toujours un civil.

Le cinquième, ou lord parlementaire, est toujours un membre de la Chambre des Communes.

Les second, troisième et quatrième lords sont des officiers généraux de la flotte.

L'amirauté a en outre un secrétaire pour les finances, un secrétaire politique et un secrétaire naval.

Le premier lord appartient au cabinet ; il est responsable devant le Parlement, nomme tous les commandants et officiers, mais au-dessus du grade de commodore soumet pour la forme les nominations à la reine. Les autres lords, qui sont ses conseils sur les questions générales, se partagent les divers services. Le senior naval lord, par exemple, préside à la répartition des forces navales, dirige l'infanterie et l'artillerie de marine, les cours martiales, les conseils d'enquête, la protection au commerce et pêcheries, l'hydrographie, le pilotage, les signaux, les médailles de sauvetage. Le

deuxième naval lord aies pensions, les garde-côtes, les transports, etc.... Le troisième, la comptabilité, le service médical, les hôpitaux maritimes, les vivres et approvisionnements, etc.. Le lord parlementaire prête généralement son concours au senior naval lord.

Enfin, au-dessous de l'amirauté se trouvent les onze grandes divisions générales du département : direction de la flotte ; constructions navales ; approvisionnements et contrats; comptabilité, service médical, service des transports, travaux accessoires, hydrographie, réserve navale, etc..

Le conseil d'amirauté tout entier suit la fortune du cabinet. Mais fréquemment les mêmes naval lords sont rétablis en fonctions par le nouveau ministère.

L'armée de mer de la Grande Bretagne comprend 35,000 hommes en activité et 20,000 dans la réserve, Cette réserve est formée de matelots appartenant à la marine marchande, mais inscrits sur des contrôles spéciaux, soumis tous les ans à quelques jours de service sur un navire de l'État, et tenus de se présenter en cas d'appel. Les navires de commerce dont l'équipage est pour un quart composé de matelots de la réserve ont le droit d'arborer une flamme bleue à leur grand mât au lieu de la flamme rouge qui est le lot de tous les autres.

L'infanterie de marine a un effectif de 14,000 hommes réparti? en trois divisions de fusiliers et treize compagnies d'artilleurs. Les ofiiciers de cette arme reçoivent une instruction spéciale à bord du vaisseau-école, VExcellcnt. Un fait digne de remarque, c'est que jamais la vénalité des grades n'a existé dans ce corps, non plus que dans celui des officiers de vaisseau.

Il faut enfin compter dans les forces navales quatre mille sept cents mousses ou novices, dont 2500 au service de la flotte et 2200 en apprentissage sur les tranîng ships; 4000 gardes-côtes; 1200 hommes employés à bord des transports indiens ; et trois brigades d'artilleurs volontaires.

Les matelots anglais, comme les soldats, ont droit à une retraite proportionnée à leurs services et campagnes. Ils subissent une retenue pour la formation d'un pécule. L'hôpital de Greenwich, fondé par Guillaume III, a longtemps abrité les invalides de la flotte. Mais l'amirauté a maintenant renoncé à ce système suranné, et préfère renvoyer les pensionnaires dans leurs foyers.

La marine du Koyaume-Uni est une force permanente établie une fois pour toutes par acte législatif, au contraire de l'armée qui est soumise, pour la forme, à un vote annuel. Le bill des Droits interdit en effet l'entretien d'une force armée sur le territoire britannique sans l'autorisation du Parlement. Pour la flotte, la Chambre des Communes est simplement invitée à voter les crédits nécessaires : ce budget est en chiffres ronds de deux cent cinquante millions de francs, dont cinquante pour les constructions navales.

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