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dance des Iles Britanniques le percement d'un boyau sous-marin de cent pieds de large. Le plus rapide examen suffit d'ailleurs à démontrer qu'en cas de guerre, le maximum de l'effort possible à la perfide Albion serait de jeter sur le continent un corps de soixante à quatrevingt mille hommes. Or qu'est-ce que cela, dans le siècle où nous vivons? Un déjeuner de soleil, une bouchée de canon.
Il est vrai qu'aux yeux des Anglais, et surtout des Anglaises, un soldat de la reine vaut au moins trois soldats de n'importe quel pays. Mais tous les Gascons n'habitent pas au bord de la Garonne, et ce n'est pas avec des fanfaronnades à froid qu'on répond aux obus Krupp. Les critiques militaires anglais seraient donc bien venus à se montrer plus modestes. Ne dirait-on pas à les lire qu'ils sont les professeurs de tactique de l'univers? On n'a pas vu pourtant que leurs troupes aient brillé d'un bien vif éclat dans les mouvements d'ensemble, quand elles se sont risquées naguère à les tenter, d'abord dans le Wilts et le Dorsetshire, puis à Dartmoor et à Cannock-chase en Staffordshire. N'ont -elles pas dû se réduire depuis lors à de simples parades au camp d'Aldershot, de peur d'exposer leur misère aux yeux des attachés étrangers? Et les revues de Hyde Park, et les manœuvres de Brighton!... Il n'y a pas eu si grand sujet d'en rester ébloui. Mais la suffisance de ces graves théoriciens semble à l'épreuve de tous les fiascos. Ouand il s'agit des forces continentales, ils n'ont appris à tenir compte ni des différences de tempérament national, ni des éléments généraux du problème ; jusqu'à la consommation des siècles, ils continueront à juger pontifîcalement un
peuple armé, comme s'il s'agissait d'un peloton de vétérans.
Une révolution comme celle du service universel et obligatoire mériterait qu'on daignât au moins la constater. Qui ne comprend qu'elle entraîne nécessairement un ordre nouveau de phénomènes et de résultats tactiques? Formations de combat, habitudes en marche, mœurs et allures du soldat, tout est changé. Attendre d'un peintre, d'un avocat ou d'un chapelier, rappelé au régiment pour ses vingt-huit jours, la raideur automatique d'un grenadier de Frédéric ou de Bonaparte, est précisément aussi juste qu'il le serait de lui présenter un fusil à pierre et de lui demander la charge en douze temps. Qu'il sache marcher dans le rang, porter gaillardement le sac, apprécier la distance et tirer juste, est tout ce qu'on a le droit d'exiger de lui.
Eh bien, ces choses si simples sont précisément ce que le spectateur insulaire est impuissant à saisir. Il en est resté à Waterloo. C'est Jomini obligé de se prononcer sur l'ordre épars et levant les bras au ciel. A ses yeux, ce qui constitue le soldat, c'est de porter un bonnet à poil, de tenir son fusil à l'alignement comme un tuyau d'orgue et de pivoter sur ses talons comme une porte cochère. Hors de ce dogme, point de salut, car c'est ainsi que les choses se passent encore dans l'armée britannique.
Malheureusement pour l'autorité de ce critérium, l'armée britannique est aujourd'hui une exception dans le monde civilisé, — quelque chose comme un monstre fossile de lage des bombes à mèches, — le seul exemple survivant d'un agrégat des mercenaires à long
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terme, enrôlés, payés et exercés pour n'être toute lem* vie que des soldats.
Elle se recrute, en effet, exclusivement par voie d'^n* gagements volontaires. Ces engagements sont d'abord contractés pour une durée maxima de douze années, que l'engagé peut passer entièrement sous les drapeaux ou partie sous les drapeaux, partie dans la réserve Si ses notes sont satisfaisantes, il peut être admis à renouveler son engagement pour une durée plus eu moins longue jusqu'à vingt et un ans de service. Au deU (le ce terme, il peut encore obtenir de .rester provisoirement au service avec le droit de se retirer trois moi i après avoir demandé son congé.
Jusqu'en 1879, Tenrôlement s'effectuait, comme jadis dans toute l'Europe, par un procédé quelque peu déloyal. Le sergent recruteur avisait un gaillard de bonne mine et qui lui paraissait propre à faire honneur aux troupes de Sa Majesté. Il l'attirait dans un véritable guet-apens, le grisait de promesses et d'eau-de vie, et lui faisait signer une feuille d'engagement, ne fût-ce que d'une simple croix. Puis il lui glissait dans la maia une pièce de monnaie, — le shilling de la reine, — comme premier acompte, et dès lors l'homme était soldat. Résistait-il, criait-il que tout s'était passé sans qu'il en eût conscience, le sergent recruteur jurait avoir payé le shilling, des témoins juraient l'avoir vu toucher, est c'était une affaire entendue. L'acte législatif de 1879 a mis fin à cette ignoble pratique, en stipulant que l'engagement, pour être valable, doit être contracté par devant un commissaire de paix et en pleine connaissance de cause de la part du contractant. Mais au fond
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les choses n'ont guère changé. La victime est toujours attirée par le séducteur dans les cabarets voisins de la caserne; au lieu de la griser une seule fois, on la grise plusieurs jours de suite; on lui fait un tableau enchanteur des joies pures qui l'attendent, du prestige de l'uniforme, de la vie de cocagne entretenue par la haufe paye. Et finalement elle signe de\dini le justice^ comme elle signait autrefois devant le sergent.
A vrai dire, la haute paye n'est pas absolument un mythe, et la condition matérielle du soldat anglais est relativement bonne. En entrant au corps, il touche d'abord, outre son équipement, une prime de vingt-cinq francs et vingt-neuf sous par jour. Cette solde augmente rapidement et peut s'élever, s'il devient caporal ou sergent, jusqu'à cinq et six francs. 11 faut en déduire, bien entendu^ les frais d'entretien. Mais tout compté, le plus humble soldat de la ligne à au moins dix sous par jour de monnaie de poche ; son uniforme est élégai t et confortable; il est bien nourri, bien logé, chauffé et éclairé ; l'avancement viendra tout seul, si les notes sont bonnes, et sa retraite est assurée après vingt et un ans.
Une retenue de vingt centimes par jour lui constitue en outre un petit capital qui lui est versé à sa sortie du corps ou qui est remis à sa famille en cas de décès. Ce sont là des avantages positifs, et qu'il ne trouverait qu'exceptionnellement dans une autre industrie.
Il y a le revers de la médaille : généralement mal vu de la population civile, comme un mercenaire qui a vendu sa liberté, le soldat anglais porte le stigmate qui s'attache partout au prétorien. Ce n'est pas un frère, un fils ou un ami payant sa dette à la patrie, c'est un ilote
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soumis à la servitude volontaire. Quel que soit son mérite, rarement il sortira du rang. Le fouet figure toujours parmi les punitions qui lui sont appliquées. Ses chefs eux-mêmes le regardent comme un être inférieur et dégradé.
De toiles conditions sont peu propres à relever son niveau moral. Il fait son métier par intérêt ou par habitude, et c'est tout. A force de répéter les mêmes mouvements, aux mêmes heures, de la même façon, avec les mêmes camarades, il perd son individualité, devient une machine. Solide, il l'est assurément, comme une borne. Grand et fort, — c'est ce qui l'a fait choisir. — Après dix ou douze ans de roastbeef, de bière et de martinet, le voilà « en forme », un troupier fini. Il n'est plus apte qu'à se rengager et se rengage.
Le recrutement des officiers s'opère par voie d'engagement volontaire et par des écoles spéciales. En règle générale, il suffit, pour obtenir une commission, d'en faire la demande au ministre de la guerre et de passer un examen qui répond à peu près au programme de nos classes de seconde. Cet examen passé avec succès, le postulant reçoit un brevet de lieutenant rovisoire; il est pris à l'essai pour un an et a toute liberté de s'instruire des choses militaires; si ses notes sont bonnes à l'expiration de ce stage, il est maintenu en fonctions et s'élève à l'ancienneté jusqu'au grade de rrajor. Au-dessus de ce grade, l'avancement est au choix.
Les écoles spéciales sont, pour le génie et l'artillerie, la « Royal military Academy » de Woolwich, pour l'état major le « Staff Collège, » pour les autres armes le « Royal Military Collège » de Sandhurst. Il y a en outre
une école de médecine militaire, plusieurs « Army Schools» dirigées par des sous-inspecteurs, et enfin l'école militaire de Dublin « Royal Hibernianmilitary School ».
Un usage singulier s'est perpétué dans l'armée anglaise, celui de donner à certains officiers un rang honorifique supérieur à leur grade. Par exemple un major pourra, tout en restant dans ses fonctions, avoir rang de lieutenant-colonel à brevet.
Quant à la vénalité des grades, aujourd'hui abolie, c'était surtout un moyen d'assurer dans les rangs supérieurs de Tarmée la prédominance des familles opulentes. Ce n'est pas l'État qui en profitait, mais l'officier autorisé en quittant le service à céder sa place à prix (l'argent. Le grade de capitaine se vendait quatre-vingt mille francs environ en 1870; celui de major cent vingt, celui de colonel deux et trois cent mille francs. On a peine à croire qu'un pareil usage ait pu se maintenir aussi longtemps. Et pourtant M. de Moltke n'est pas seul à le regretter. La majorité des officiers anglais déclare hautement que depuis l'abolition de ces marchés le service de la reine a perdu son principal mérite. S'il faut les croire, le soldat a besoin, pour suivre son chef sou3 ^e feu, d'être bien convaincu que la peau de ce chef vaut mieux que la sienne et représente un capital dix à vingt fois plus important. La vérité toute nue, c'est que le corps des officiers anglais est éminemment aristocratique : il était forl commode de s'en remettre aux écus paternels du soin d'obtenir un grade que le seul mérite aurait été impuissant à gagner, et nullement douloureux de retrouver ce capital en sortant de l'armée pour revenir à la vie civile.
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Maintenant qu'il n'y a plus à songer à ces avantages la plupart des officiers se retirent avec le grade de capitaine qu'ils atteignent très vite, et sont placés en demi-solde dans la réserve de l'armée active. Les grades :5upérieur3 continuent d'être à peu près exclusivement réservés aux fils de grande maison qui passent presque sans transition du rang de lieutenant à celui de colonel, sauf à s'en remettre à un suppléant des soins du commandement effectif. C'est ainsi que le prince de Galles est à la fois field-maréchal, colonel du 10^ hussards et colonel général de la cavalerie de la garde; que son frère le duc de Gonnaught est dès aujourd'hui désigné pour remplacer son oncle le duc de Cambridge dans le commandement en chef de l'armée britannique; et que les fils de familles titrées, tout au moins de county [amiliesj sont en grande majorité dans les hauts grades.
Comme celle des troupes, la solde des officiers est élevée, surtout en campagne. Un lieutenant d'infanterie^ dans le service colonial, ne touche guère moins de dix mille francs par an, un capitaine quinze ou vingt mille, an major et un lieutenant-colonel en proportion. Mais cette solde est presque toujours insuffisante pour la grande vie qu'on mène au régiment. Le système du mess ou de l'association, qui pourrait et devrait avoir pour effet de réduire au minimum les frais communs, est au contraire une cause de dépenses excessives, à raison du luxe insensé qui s'y déploie. C'est entre les régiments, spécialement dans la cavalerie, une lutte d'extravagance ruineuse. Tel mess possède pour cent mille francs de meubles et de cristaux, tel autre pour un demimillion d'argenterie. Vaisselle plate aux armes du corps,
cuisiniers émérites, laquais poudrés en bas de soie, — tout cet attirail digne d'une armée asiatique au temps de Xercès, devra suivre le régiment jusqu'au fond de l'Afrique ou de l'Afghanistan. Quelle que soit la latitude, le Champagne, le claret et le porto couleront à flots. Le seul article des boissons coûte souvent au lieutenant les trois quarts de sa solde. Et comme les anny-agents l'assiègent de leurs offres et de leurs circulaires, lui font un crédit sans limites, il est presque impossible qu'il ne s'endette pas, quelles que soient ses ressources personnelles. Le mess donne d'ailleurs des bals et des fêtes, tient table ouverte, entretient voitures et chevaux de trait, suit les courses et mène les chasses. L'unique mérite qu'on puisse lui reconnaître est déplacer les officiers, quelque soit leur grade, sur le pied d'égalité en dehors du service. Lieutenant, capitaine, major et colonel président la table tour à tour. Sur le terrain neutre de la salle commune, il n'y a plus de supérieurs et de subordonnés, mais simplement des hommes du monde.
On peut croire qu'avec de telles mœurs, un jeune Anglais n'entre guère dans la carrière des armes entraîné par la vocation, par le goût des études militaires ou par des motifs patriotiques. Cela se voit assurément, mais Tofficier instruit appartient presque toujours soit aux armes spéciales, soit au service colonial. La plupart de ses collègues se sont déterminés à prendre l'épée tout simplement pour s'amuser à l'aise. Car le brevet d'officier est à la fois une enseigne de haute élégance et un pavillon qui couvre toutes les libertés généralement interdites aux sujets de la reine Victoria. Le préjugé puriain, impitoyable à l'infortunée dv/7ian, a des indulgences
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plénières pour les fils de Mars. Aussi le co-respondent des procès en divorce, le héros des scandales mondains, est-il dans neuf cas sur dix un officier. Le vulgaire « laïc » y perdrait à jamais toute considération. 11 semble que le militaire y retrempe son prestige.
Ce prestige est. en Angleterre, en raison directe du nombre restreint des offlciers, de la splendeur de leur outillage, des habitudes somptueuses qui font de la carrière militaire un luxe principalement réservé aux fils de famille, en raison aussi de la frivolité de la fonction. Il est beaucoup plus distingué d'appartenir à tel corps à la mode, à tel régiment de parade, qu'à tel autre. On pourrait presque dire que m.oins un ofûcier anglais a de campagnes, plus il est recherché, adulé et envié. Rien ne peut donner une idée juste de la position suprême qu'occupe dans les clubs et dans les salons un officier aux gardes.
La maison royale n'a pourtant quitté les Iles Britanniques, depuis 1815, que pour détacher en Crimée, ses trois régiments d'infanterie, au pays des Achantis, trois de ses bataillons, et plus récemment en Egypte trois bataillons et trois escadrons. Ses officiers ctuels n'ont donc à proprement parler jamais vu le feu. Mais leur qualité veut dire : cinq pieds six pouces, un nom historique, un uniforme éclatant, de grosses rentes et l'entrée par- ., tout. Aussi, quelle distance sociale entre un major de la P ligne, au teint rôti par le soleil de l'Inde ou de l'Afrique australe, et un lieutenant aux gardes, dont toutes les campagnes se sont faites dans Pallmall ou sur les champs de courses !
Le sourire béat que lui réserve la société mondaine
s'étend à ses associés mâles et femelles, et jusqu'à la garrison hack ou haquenée de régiment, fille ou nièce d'officier, qui suit le drapeau dans ses étapes variées, de Douvres à Chatam ou de Dublin à Calcutta : partout buvant sec et lunchant de bel appétit, valsant, cavalcadant et flirtant, chassant le renard et le mari, faisant successivement le bonheur de dix générations de lieutenants, puis finissant par épouser l'aumônier et par distribuer des brochures pieuses aux indigènes de Madagascar.
L'officier anglais, comme jadis l'officier de cour, affecte de ne porter l'uniforme qu'aux heures de service. Aussi est-il à l'aise sous les habits civils, qui sont toujouri^ du meilleur faiseur et de la coupe la plus fashionable. Gomme tous ses compatriotes, il évite d'exhiber le moindre ruban à sa boutonnière et ne porte jamais de décorations qu'en tenue militaire. Ces décorations sont exclusivement nationales : l'ordre du Bain, celui de saint Michel et saint George, celui de VÉtoile de flnde, ou la plus enviée des distinctions, la Victoria Cross, qui est une simple croix de bronze avec les mots ; « pour la valeur ». On sait qu'aucun sujet anglais ne peut porter un ordre étranger sans un warrant spécial de la reine, scellé du sceau privé; permission qui n'est presque jamais accordée ni demandée.
Le costume des officiers au champ de manœuvres est plus sobre que celui des troupes, et se compose d'une redingote noire avec une casquette galonnée. Une écharpe de soie groseille, ou à rayures or et groseille, indique qu'ils sont de service. Cette écharpe ou sash se porte de gauche à droite; (les sous-officiers, qui Font aussi, la portent de droite à gaucnc).
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En grande tenue ou en campagne, l'uniforme des officiers répond à celui des troupes. Les indices du grade sont soit des « nœuds hongrois » sur la manche, soit des broderies au collet, — étoiles, roses, chardons, couronnes, lions rampants, etc.
Il a été question récemment d'habiller l'armée anglaise de drap gris et de renoncer au moins en campagne au rouge qui offre au tir de l'ennemi un but trop apparent. Mais cette réforme est encore à l'étude.
Considérée dans son organisation générale, la force publique du Royaume-rni comprend : la maison royale, l'armée active, la réserve, la milice et la yeomanry, les volontaires.
La maison ou garde royale se compose de trois régiments d'infanterie à sept bataillons : les grenadiers, les coldstream et les scots, et de trois escadrons de cavalerie : 1^'' et 2^ life-guards et horse-guards. En tout, 7620 hommes, commandés par 357 officiers. Ces troupes sont à peu près exclusivement cantonnées à Londres et donnent au touriste naïf une idée très exagérée de Tarmée anglaise. Les life-guards sont ces gigantesques soldats, perchés sur des jambes de héron, le chef outrageusement pommadé et tenant en équilibre un petit bonnet en forme de galette, qui étalent à tous les carrefours leur pantalon collant et leur torse moulé dans une veste rouge. Les horse-guards ou bleus, au nombre de quatre cent trente-cinq hommes seulement, ressemblent à tous les corps possibles de cent gardes dont il n'est petit souverain qui ne se donne le luxe. Quant à l'infanterie de la maison royale, quoique triée sur toute l'armée, elle doit surtout son aspect martial aux énormes
bonnets à poil qu'il lui faudrait laisser au dépôt en cas de campagne.
Il y a, en outre, pour le service des résidences royales, un corps spécial dit des gentlemen at arms, composé de quarante hommes, et celui des yeomen de la garde, autrement appelés beef-eaters ou a mangeurs de bœuf », qui n'en comprend que cent. Le costume féodal de ces yeomen a récemment fait place à une casaque rouge surchargée de dorure, et à une casquette de jockey en velours noir.
L'armée active est de 186,000 hommes, dont 62,000 environ exclusivement affectés au service de l'Inde. Elle comprend : l'infanterie de ligne, Tartillerie à pied et à cheval, le génie, la cavalerie légère, la cavalerie de ligne.
Les régiments d'infanterie sont désignés par des numéros, mais ont, en outre, pour la plupart, des surnoms distinctifs. Le 1^% par exemple, s'appelle Royal- Scots; le 3^ les Buffs; le 41^ les Welsh. Ils se divisent en régiments anglais, écossais et irlandais, caries bureaux s'attachent à leur conserver un caractère historique, à la fois par le triage des recrues selon leur lieu d origine et par les différences traditionnelles de l'uniforme. Il y a six régiments irlandais, parmi lesquels Je 27*^ ou Innis- Jdlling, le 18* ou Royal Irish et le 88® ou Connaught rangers sont les plus célèbres, — et neuf régiments écossais ou Highlanders, dont le plus illustre est le 42^ ou Black Watch. De ces corps écossais, cinq seulement ont gardé le kilt on jupon écossais et les jambes nues; les quatre autres ont un pantalon de tartan à carreaux de l'efFet le p us désastreux.
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La cavalerie légère se compose de cinq régiments de hussards ; la cavalerie de ligne, de dix régiments de dragons. Les uns et les autres ont un numéro et un surnom : dragons-GardcSy Bais de la Reine, carabiniers, hussards du prince de Galles, etc.
Cette individualité systématique des corps a sa raison d'être et peut-être son utilité. Ce qui est singulier, c'est de voir la manie de l'inégalité s'étendre en Grande- Bretagne jusqu'aux différentes armes. Chacune, en effet, a son rang hiérarchique sur la List of precedence, et le défend avec â])reté. La cavalerie de la garde a le pas sur tout le reste; puis vient l'artillerie à cheval, l'artillerie à pied, le génie, l'infanterie de la garde, l'infanterie de la ligne, enfin le corps de l'intendance et le corpsmédical.
Le rang hiérarchique s'attache, bien entendu, aux individus comme aux corps, de telle sorte qu'à dîner, la maîtresse de la maison manquerait à tous ses devoirs si elle désignait un capitaine d'infanterie pour prendre place à sa droite, en présence d'un capitaine de dragons, et qu'à la porte d'un cabaret, l'humble fantassin devra toujours s'effacer devant le sémillant hussard.
Les différenees établies entre les divers corps ne s'arrêtent pas à ces nuances. Presque chaque régiment a ses mœurs particulières, ses habitudes tranchées, ses traditions parfois puériles. L'un se fait toujours précéder d'une chèvre aux cornes dorées ; tel autre a un chien noir pour emblème vivant. Tous possèdent une devise ou motto, un blason, une badge ou plaque distinctive, un instrument de musique, une marche, une sonnerie particulière. Dans beaucoup de cas, ces différences descen-
dent jusqu'aux bataillons et aux compagnies. Les drapeaux en portent la mention formelle à côté des noms de bataille et des hiéroglyphes commémoratifs, — « Gil)raltar » avec un château-fort et une clef; « Hindoustan » avec un éléphant; « Egypte » avec un sphinx ; « Chine » avec un dragon. D'autres ont des écussons étrangers, les armes- de Nassau ou de Hanovre, des mots latins, des dates, des couronnes.
L'aspect de ces régiments est disparate et même un peu barbare^ mais néanmoins très militaire. Les recrues étant toujours gardées au dépôt jusqu'au moment où leur instruction est complète, ne font pas tache parmi leurs camarades mieux exercés. Les eflectifs étant faibles et alimentés par voie d'engagement volontaire, il est possible de se montrer exigeant sur la taille, la vigueur, la santé et môme la beauté des hommes. Ces hommes restant sept, douze, vingt ans au service, sont tous ou dans la fleur ou dans la pleine maturité de leur force; ils sont bien nourris, bien vêtus, bien payés, oncadrés de vétérans et de sous-officiers à trois et quatre chevrons.
La même remarque s'applique aux chevaux, d'autant plus aisés à recruter dans ce pays de l'élevage, qu'il en faut seulement pour vingt-huit régiments.
Ce sont donc de belles troupes, d'excellentes troupes.
Elles n'ont qu'un défaut, — le défaut obligé des troupes d'élite, — c'est d'être trop peu nombreuses, et de constituer dans la balance actuelle des forces européennes un clément à peu près négligeable.
Sur les 186,000 hommes dont se compose l'armée active, en effet, 02,000 sont indispensables pour le ser-