LE SHÉRIFF
jurés, à moins que, dans l'intervalle, les parties ne se soient décidées à transiger.
Le verdict une fois rendu, si la partie qui succombe croit avoir raison d'en contester la valeur ou de se plaindre du résumé, elle peut réclamer une nouvelle épreuve ; mais le juge repousse ordinairement cette prétention. Il reste alors le recours à la cour d'appel et finalement à la Chambre des Lords.
C'est ainsi que se règlent la plupart des grosses affaires, soit devant les hautes cours du nouveau palais de justice, soit dans les tribunaux de district dits Courts of Record, soit enfin devant les juges d'assises siégeant au civil dans leur circuit. Un grand nombre de causes importantes sont aussi portées d'un commun accord devant un juge accepté par les deux parties; sa décision a dans ce cas force de verdict. Enfin, les différends audessous de 1,250 francs ou même les différends d'une valeur quelconque, s'il y a consentement mutuel des parties, sont réglés par les cours de comté, dont la compétence et la physionomie sont à peu près celles de nos justices de paix. Là aussi, du reste, le demandeur comme le défendeur a le droit de réclamer un jury, par simple requête déposée au greffe trois jours avant l'audience.
Les crimes sont déférés aux cours d'assises, et les délits aux tribunaux compétents, par un mécanisme tout particulier.
On sait que le Royaume-Uni est divisé en comtés,
bourgs et paroisses. Chaque comté a pour officiers admi-
'nistratifs et judiciaires un lord-lieutenant, un shériff,
un coroner et des justices ou commissaires de paix. Le
lord-lieutenant sert d'intermédiaire entre le cabinet et
la population pour l'appel des milices; il a le droit de présentation aux grades inférieurs de cette armée territoriale, conserve les archives provinciales et fait fonctions d'aide de camp royal quand le souverain traverse le comté.
Le shériff dirige les opérations électorales (au point de vue purement technique), assure l'exécution des lois et jugements, et d'une manière générale représente la puissance publique dans le comté, où il a le pas surtout le monde, même sur le lord-lieiftenant. Son office est annuel. Non seulement ses fonctions ne sont pas rétribuées, mais elles sont très onéreuses. Elles n'en sont pas moins obligatoires sous peine de poursuites judiciaires pour le personnage sur lequel se porte le choix de la reine. La façon dont s'opère ce choix ne manque pas d'originalité.
Tous les ans, à l'automne, le lord -lieutenant dresse une liste de trois candidats possédant les qualifications requises, c'est-à-dire une grande fortune et une véritable importance locale. Il notifie cette liste à la cour de l'Échiquier, où lecture publique en est donnée le lendemain de la Toussaint. S'il" n'y a pas d'opposition ou d'excuse valable, la liste est présentée à la reine, qui, sans la regarder^ jette un hodkln (poinçon) sur les trois noms. Celui qui est ainsi transpercé se trouve alors définitivement désigné.
Ce rite antique et solennel porte le nom de pricldng for sheriffs : inutile de dire qu'il est d'origine saxonne, comme l'office môme de shériff [shire géra fa, chef du comté). Entre autres obhgations, ce dignitaire a celle de recevoir et d'héberger les juges d'assises en circuit, et de