LA POLICE
Aussi, le policeman de Londres, loin de se voir haï ou méprisé comme il arrive trop souvent à ses congénères, jouit-il d'une franclie popularité.
Au long de la grille qui borde les cuisines devant les maisons anglaises, c'est un policeman que l'on voit flirter avec les servantes aux bras nus, plus souvent encore que le facteur ou le soldat en veste rouge. Et s'il y a un service civique à expédier, des listes électorales à distribuer, des bulletins de vote à relever à domicile, on en chargera tout simplement ce digne serviteur, sans crainte de faire crier à la pression électorale. G'e'st que derrière le policeman. il n'y a ni ministres, ni préfets et sous-préfets, ni procureurs généraux, ni agents politiques d'un ordre quelconque. Il y a ses chefs locaux, exclusivement occupés à prévenir ou réprimer les crimes et délits, et qui ne l'emploient, ne peuvent l'employer qu'à cet office.
Scotland Yard, le bureau central de la police métropolitaine, ne ressemble guère à une « préfecture de police », avec tous les services accessoires qui sont venus s'y greffer chez nous. C'est une longue cour, sur laquelle les dix à douze fonctionnaires principaux ont chacun leur cabinet, relié par des fils télégraphiques aux postes secondaires de la métropole. On ne s'occupe là ni de la voirie, ni des nourrices, ni des permis de chasse, ni des passeports, ni de la navigation fluviale, ni de l'opinion politique des gens, ni de leur santé, mais simplement de la surveillance des voleurs et des assassins. Peut-être n'at-on pas tout à fait tort, s'il faut en juger par les résultats, car les attaques à main armée ou les vols avec effraction, et môme les vols à la tire, sont aujourd'hui moins fréquents à Londres qu'à Paris.
M. Howard Vincent, le directeur des investigations criminelles, a sous ses ordres un certain nombre de detectives qui cultivent chacun une spécialité. Aussitôt qu'un crime ou délit lui est signalé, il lance sur la piste le limier qui lui paraît le mieux qualifié pour la suivre, et il arrive généralement à une conviction sur le nom et la personne du coupable. Cela ne veut pas toujours dire à un résultat pratique. En matière de vol, notamment, il est rare que le délit puisse être bien établi. Le grand nombre des receleurs et les facilités particulières que leur fournit une immense ville maritime pour dissimuler leurs opérations compliquent outre mesure le problème.
L'arrestation d'un prévenu ou accusé, une fois opérée par la police, ne peut jamais donner lieu à une longue détention préventive. Le premier soin du constable, en appréhendant un individu contre lequel un mandat d'amener a été décerné, est de lui signifier quelle accusation pèse sur sa tête et de l'avertir de ne rien faire ou dire qui puisse tourner contre lui. Son devoir est ensuite de le présenter en audience publique, aussitôt que possible après l'arrestation, à un magistrat investi du pouvoir de signer des mandats d'emprisonnement.
Un principe fondamental du droit anglais, c'est que la justice civile et criminelle doit toujours être rendue publiquement et en présence des parties intéressées. Il n'y a donc ni procédure secrète ni interrogatoires d'accusés ou de témoins par les soins d'un membre du parquet, d'un juge d'instruction ou d'un officier de police.
Le magistrat siégeant à portes ouvertes écoute l'accusation , dresse procès- verbal dûment signé par les