‹ La vie publique en AngleterreChapitre 16 sur 19 · LE TRIBUNAL DE POLICE. 3 I I · texte numérisé non relu

LE TRIBUNAL DE POLICE. 3 I I

à cinq heures. Gomme tous les magistrats anglais, ils ont été choisis parmi les membres les plus éminents du barreau, et forment une sorte de corps distinct qui reconnaît le juge de Bow street comme son chef et son truchement.

Un nombre suffisant d'employés et auxiliaires, — notamment un greffier ou chief-clerk rompu à tous les détails d'un service souvent fort délicat, — une prison gardée par un geôlier, un crieur et des appariteurs complètent l'organisation. On calcule que le chiffre des affaires jugées parles magistrats de police métropolitaine s'élève annuellement àcent quatre-vingt ou deux cent mille, ce qui donne une moyenne de cinquante par jour pour chaque tribunal. Il faut ajouter, pour chaque audience, une trentaine de demandes de citation, des requêtes variées, des communications officielles et autres, sans compter une centaine de signatures à donner.

Quelques-uns de ces bureaux de police sont bien logés, dans des immeubles neufs. D'autres, comme celui de Wandsworth, par exemple, siègent au deuxième étage d'une misérable masure louée à cet effet. Tous sont accablé3 de besogne et rendent, on peut le dire, par leur justice expéditive et peu coûteuse, les plus grands services à l'énorme population de la métropole.

L'audience commence d'ordinaire par les applications for summonses, ou demandes de citation. Ce sont des plaintes pour coups et blessures, menaces, violences de tout genre, saisies arbitraires, différends entre ouvriers et patrons. Presque toujours, c'est le plaignant qui se présente en personne, pour exposer son cas à grand renfort de détails. Mistress Smith a craché à la figure de

mistress Walker et Ta menacée de lui arracher le cœur; M. Jones a bu un nombre considérable de verres de gin aux « Armes de Grosvenor » et déclaré ensuite qu'il n'avait pas un penny pour payer; ou bien le fils aîné de mistress Adams s'est permis de donner un baiser à miss Thompson, qui a seize ans et les cheveux jaunes.

Tout cela crie vengeance et mérite au bas mot dix-huit mois de servitude pénale, s'il faut en croire l'offensé. Le juge lui fait déposer deux shillings et autorise la citation.. Dans les trois quarts des cas, cette citation n'est pas suivie d'effet : la menace suffit; on convient de régler les choses en buvant fraternellement les frais liquidés.

D'autres requêtes sont x^lus touchantes. Une femme se présente à la barre et raconte que son mari l'a abandonnée depuis cinq ans avec trois enfants; un brave garçon offre de l'épouser. Peut-elle en conscience accepter cette offre? Le magistrat opine que oui et qu'il n'y aura jamais un tribunal pour voir là un fait de bigamie.

Une autre se plaint que son mari la bat ou ne lui donne ;^ pas le sou pour son ménage, quoique gagnant trente-cinq • shillings par semaine. Le juge est obligé de lui expliquer qu'il n'y peut rien tant que ledit mari n'aura pas été régulièrement condamné à raison de ces faits.

Mais voici le cas opposé : un mari qui se plaint de sa femme; il a beau se tuer de travail et lui apporter tout, son salaire, elle néglige les enfants, les nourrit à peine, passe son temps à boire au cabaret du coin; l'autre soir, elle est rentrée après minuit, avec un œil poché. — Mon pauvre ami, ni l'ivrognerie ni la négligence de la femme ne sont des cas de divorce ou de séparation... L'homme part mécontent. Cette affaire pourrait bien revenir pro-

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