‹ La vie publique en AngleterreChapitre 17 sur 19 · LE TRIBUNAL DE POLICE- 3 I · texte numérisé non relu

LE TRIBUNAL DE POLICE- 3 I

chainement à la barre sous forme de sévices conjugaux.

D'une manière générale, les classes déshéritées voient dans le tribunal de police une sorte de consultation gratuite où elles apportent volontiers la confidence de leurs tribulations et de leurs doutes. Si le magistrat n'a pas toujours le pouvoir de leur accorder satisfaction, il est rare qu'il ne leur donne pas au moins un conseil pratique. Il y a dans ce rôle, exercé avec sagesse et bonhomie par un légiste expérimenté, quelque chose de touchant et de sain où notre assistance judiciaire pourrait trouver un exemple.

Les summonses expédiés, le magistrat procède à l'audition des night charges^ c'est-à-dire au jugement sommaire des individus arrêtés depuis la veille sous prévention de délits légers tels qu'ivresse manifeste, résistance aux agents, mendicité, tapage nocturne, etc. Les amendes de dix et vingt shillings, les semaines et les mois de prison, pleuvent comme grêle. Puis, on passe aux casual paupers, ou assistés accidentels, une catégorie de délinquants créée par l'organisation des workhouses.

Le pauper ou indigent inscrit à la charge de la paroisse, entretenu à l'aide d'une taxe spéciale et logé en état de détention presque absolue dans l'établissement affecté à ce service, est en effet un produit social reconnu par la loi et qui a en quelque sorte son rang déterminé au bas de la hiérarchie britannique. Mais, à côté de ce pensionnaire définitif, il y a la classe nombreuse des irréguliers, des misérables non classés, quoique arrivés peut-être au dernier degré de l'infortune, et qui sans travail, sans pain, sans abri, souvent presque sans vêtements, reculent encore devant la prison

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volontaire et le registre d'écrou de la maison sinistre. Du travail, ils en trouveront peut-être demain ou la semaine prochaine ; mais en attendant ils ont faim et soif; ils sont las de dormir sur un banc de square ou d'errer vainement sous la pluie, dans ce désert de pavés et de briques. Ils frappent à la porte du workhouse et sont provisoirement admis, à toute heure. C'est ce qu'on appelle les casuals^ les accidentels.

Les soirs d'hiver, on les voit parfois en longues files attendre à la porte leur tour d'admission, écrasés de fatigue ou de honte au ras du mur et claquant des dents, en leur pauvre habit d'été. Il y a de tout dans cette queue lamentable : des hommes et des femmes, des vieillards et des enfants, des gentlemen et des ladies, des domestiques sans place, des clergymen sans église, des professeurs sans élèves, des ouvriers sans outils, côte à côte avec le mendiant de profession et le vagabond incurable.

Tout ce monde est reçu, couché, nourri. Alais le lende-main il y a la carte à payer. La carte est une certaine somme de travail que le casual est requis de livrer avant de sortir. Travail des plus durs: il s'agit de casser des pierres, pour les hommes; de faire de l'étoupe, pour les femmes. Si l'accidentel s'y refuse, il est traduit devant le juge de police, qui le condamne à vingt et un jours de travaux forcés.

C'est un cas fréquent et qui occupe plusieurs heures à chaque audience. Ces pauvres gens, en grand n')mbre, ne sont évidemment coupables que d'incapacité à faire ce qu'on leur demande : ils le démontrent, expliquent qu'ils no savent pas casser des pierres, étant tailleurs de leur métier, maîtres de danse ou sans profession. Le

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