‹ La vie publique en AngleterreChapitre 5 sur 19 · II. — A la Chambre des Lords · texte numérisé non relu

II. — A la Chambre des Lords

Si la Chambre des Communes a l'air d'une chapelle, lord Redesdale a pu dire avec raison de la Chambre haute qu'elle ressemble au grand salon d'un casino. Jamais plus d'or se relevant en bosse, de lions héraldiques, do licornes fabuleuses, d'écussons baroques, de vitraux criards, de bric-à-brac en galvanoplastie, n'a été entassé sur un espace de cinq cents pieds carrés. Etcette salle date de 1860 ! L'architecte, sir Charles Barry, était évidemment un romantique attardé, qui ne s'est rien refusé en fait de ferblanterie pseudo-gothique. Ce serait presque à se demander si son œuvre ne cache pas une satire à l'adresse de l'institution, très gothiqae assurément, d'une Chambre héréditaire. Mais, hélas ! il suffit de contempler, du pont de Westminster, la colossale structure du palais législatif, toute hérissée de clocJiers, de clochetons, de détails et d'ornements imperceptibles à l'œil nu, voire à la lorgnette, pour s'assurer de l'entière bonne foi du digne architecte. Le même goût qui lui a fait élever, en plein dix- neuvième siècle, face à face avec deux centJi cheminées d'usine, ce prodigieux nougat moyen âge, devait l'amener fatalement à faire de la Chambre des Lords une véritable cacophonie de couleurs braillardes et déformes d'un préraphaélisme de convention.

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C'est à se croire dans une boutique de verres de Bohême à trente sous. Les jours de grande séance, quand la galerie des pairesses s'est garnie de femmes en robes bleues, fleurs jaunes, éventails rouges et plumes vertpomme, c'est à rêver que la boutique de cristaux de Bohême est envahie par un assortiment de perruches du Brésil.

L'ordonnance générale est à peu près la même qu'à la Chambre des Communes. Un rectangle avec des bancs de maroquin rouge étages sur trois côtés d'une table centrale. En arrière de ces bancs, des tribunes découvertes pour les femmes et filles de pairs, les reporters, les invités munis de cartes. Au chevet de la salle, le trône royal, élevé sur une estrade à tapis armorié, surmonté d'un dais de bois sculpté et flanqué de deux sièges; l'un, pour le prince consort, resté vacant depuis 1861, l'autre, pour le prince-héritier.

Ce trône, est-il besoin de le dire, ne sert que pour la séance d'apparat, à l'ouverture des sessions, quand la reine en personne, traînée par ses huit chevaux café-aulait, de race hanovrienne comme la dynastie, vient lire le discours de son premier ministre, communément appelé discours du trône.

Mais l'étiquette du lieu suppose que le pouvoir royal, représenté par ce fauteuil cramoisi, est toujours présent aux délibérations de la Chambre haute : et chaque pair, en prenant séance, salue respectueusement le meuble auguste. Fiction moins bizarre qu'elle n'en a l'air, puisque aussi bien, en Angleterre, la royauté est surtout décorative.

Entre le trône et les bancs de la pairie, un grand espace

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a été ménagé : c'est le parquet réservé aux fils de pair et aux membres du conseil privé. Au milieu de cet espace s'élève le banc du lord haut chancelier, garde des sceaux et de « la conscience royale », en sa qualité de juge suprême d'appel. Sar ce banc, le légendaire sac de laine^ tout simplement un gros coussin de velours. On sait que le haut chancelier, qui est toujours un membre du cabinet, préside la Chambre des Lords par droit de sa charge, en même temps qu'il représente officiellement la reine vis-à-vis du Parlement et de la nation.

Au fond de la salle, en arrière des bancs de la pairie, et sous la tribune de la presse, une enceinte qu'on appelle la barre^ où les membres de la Chambre des Communes, et autres visiteurs privilégiés, peuvent venir assister debout à la séance.

Au-dessus des tribunes, les deux grands côtés de la salle sont percés de hautes fenêtres à vitraux, sur lesquelles se déroule la procession de tous les rois et reines d'Angleterre depuis la conquête normande. Les deux autres côtés du rectangle ont été réservés à six grandes peintures murales : le Baptême d'Ethelred par Dyce , Edouard III conférant la Jarretière au prince Noir, et le Juge Gascoigne envoyant le prince de Galles à la Tour, parCope; V Esprit de religion, par Horsley; V Esprit de chevalerie, et VEsprit de justice, par Maclise. Ces six fresques constituent, avec celle du musée de South-Kensington, par le président actuel de la Royal-Academy, sirFr. Leigthon, les seuls essais de peinture monumentale qui aient été tentés en Grande-Bretagne au cours de ce siècle. Elles ne sont pas précisément de nature à faire beaucoup regretter cette prudente réserve des artistes anglais.

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Entre les douze fenêtres et les six fresques, une série de dix-huit niches a reçu un égal nombre de statues, celles des barons signataires de la Grande- Charte. La ressemblance, on peut le croire, n'est pas garantie. Ajoutez une frise d'écussons, d'emblèmes, de devises. Jetez sur le tout un plafond à caissons dorés. Tel est le décor.

La séance commence plus tard qu'à la Chambre des Communes, — à cinq heures. Il est vrai qu'elle n'est pas écornée par des prières quotidiennes. Ici le service religieux est intermittent, ou du moins réglé par des lois impénétrables au profane. Tout se passe le matin, de temps à autre, en petit comité, entre le lord haut chancelier, son porte-queue, son porte-masse, son portesceaux, l'un des plus jeunes évoques de la Chambre, officiant, et deux ou trois lords d'une dévotion particulière. La masse et les sceaux sont déposés sur le sac de laine; l'évêque lit les prières; les deux ou trois lords bredouillent les répons au milieu de la salle vide. Puis, tout le monde se retire et en voilà pour huit à dix jours.

A cinq heures précises le haut chancelier prend séance. Il est en robe rouge, manteau d'hermine, perruque Louis XIV et chapeau à trois cornes. Comme à la Chambre des Communes, les clercs ou secrétaires, en costume judiciaire, prennent place au bord libre de la table, aux pieds du président. Un autre commis, plus spécialement chargé de tenir la feuille de présence, se poste dans le couloir à la droite du trône.

Quelques pairs arrivent nonchalamment et vont s'as-

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seoir à leur place, — car il n'en est pas ici comme à la Chambre basse, chacun a non seulement son siège, mais son rang. Il y a le banc des ducs, celui des marquis, celui des comtes, des vicomtes, celui des évoques, celui des barons. Les ministres et les ministériels siègent à droite, l'opposition à gauche. Peu à peu l'enceinte se garnit. Il est rare pourtant qu'elle soit au complet, si ce n'est pour les séances d'un intérêt exceptionnel. Le plus souvent, elle reste aux trois quarts vide. On voit bien qu'aucune loi, aucune responsabilité personnelle et directe n'oblige les pairs à faire acte de présence. Au lieu de cette ardeur, de cet empressement à s'assurer une place, si remarquables à la Chambre des Communes, on ne peut noter ici qu'indifférence et ennui. Chaque lord a l'air de dire :

— Mon Dieu, oui, me voilà. Il faut bien paraître de temps à autre. C'est mon rang qui l'exige. Et puis, je rencontre ici mes amis, on a des nouvelles, on se tient au courant...

Les poignées de main, les saints s'échangent, les groupes se forment comme dans un salon ou dans un cercle. On cause, on rit, on flâne.

Cependant, le haut chancelier, sur le sac de laine, marmotte ses formules cabalistiques et donne la volée à toute une série de lois d'intérêt local. Personne ne l'écoute. L'heure des motions arrive, on n'écoute pas davantage. Un orateur, deux orateurs prennent la parole, — l'inattention de la Chambre est toujours évidente. Il arrive qu'un ministre parle sans être écouté plus que les autres.

Onant aux débutants, ils peuvent renoncer d'avance à

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recevoir le moindre signe d'encouragement ou même d'intérêt. La Chambre des Lords semble convaincue à priori qu'un jeune pair est à peu près nécessairement un oison bridé. Pourquoi lui prêterait-elle l'oreille, à ce grand garçon au teint rose ou criblé d'éphélides, qui n'a rien fait pour arriver là que se donner la peine de naître ? Elle sait ce qu'en vaut l'aune, n'est-ce pas? Vous repasserez dans quinze ou vingt ans, bonhomme, quand vous aurez autre chose à dire que ce que vient de vous souffler votre tuteur d'Oxford ou de Cambridge.

Parfois, pourtant, il s'agit du rejeton d'une famille illustre dans les annales parlementaires, d'unCecil, d'un Cavendish, qui a su se faire une réputation personnelle sur les bancs du collège ou dans les colonnes de quelque revue. Et soudain la Chambre, prise de curiosité, se tait pour voir si ce « copeau d'un vieux tronc » maintiendra la tradition.

Du reste, même quand ils daignent être attentifs, MM. les pairs sont assez peu portés à manifester leurs impressions. La température ambiante est celle de zéro. Point de heai\ hear! moins encore d'acclamations ou de colères. Parfois une rumeur, un ricanement. Il faut que la question soit d'un intérêt rare ou touche directement ces nobles seigneurs, pour qu'ils se laissent aller à des témoignages tumultueux de leurs sentiments.

Et qu'on ne croie pas à un parti-pris, à une affectation de leur part. Cette indifférence est chose naturelle chez eux, à moins qu'ils n'aient fait de la politique l'affaire exclusive, la passion et le tourment de leur vie.

Il faut bien se dire qu'un lord est un phénomène anthropologique tout spécial, un fossile humai» égaré en

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ce siècle, et dont on n'a plus de spécimen dans notre société française.

D'abord, sa noblesse, puisque noblesse il y a, est presque aussi positive, aussi prouvée que celle de ses chevaux de course. Il a son stud-book. où il est inscrit à son ordre, à son rang, sans erreur ou confusion possible. Il date de telle année, il est marquis de ceci, vicomte de cela, il a préséance sur tels et tels de ses collègues et sur 300 millions de sujets anglais, tandis que tels ou tels autres marchent partout, s'assoient partout avant lui. Ces privilèges ne sont pas simple affaire d'usage et de courtoisie : ils sont réglés par des textes positifs et qui ont force de loi. Il peut entrer à toute heure chez la reine et ne saurait jamais être arrêté pour dettes, même envers l'État. Criminel, il échappe à la juridiction des tribunaux ordinaires, pour être jugé par ses pairs.

De père eu fils, ses ancêtres se sont mariés dans leur caste, presque jamais avec des étrangères, encore moins avec des filles de marchands ou de banquiers Israélites. Il est l'aîné, comme son père était l'aîné, comme son grand-père était l'aîné et avant eux la série de ceux qui ont porté le titre. Tous ont épousé par amour une jeune fille de leur choix, et il faudrait vraiment supposer chez cette femme une dépravation exceptionnelle, pour admettre qu'au moins son premier né et l'héritier du nom ne soit pas le fils du père légal. La race est donc aussi certaine que ces choses-là peuvent jamais l'être.

Des deux côtés, les ascendants ont eu de temps immé-

> morial des habitudes à la fois raffinées et actives. De père

en fils et de mère en fille, on chasse, on pêche, on monte

à cheval, on vit au grand air dans des résidences prin-

cières, on est entouré des plus magnifiques spectacles de la nature, des produits les plus parfaits de Fart.

La fortune de la famille est énorme, inaliénable, et grandit constamment. Elle ne provient pas d'un mariage, car rarement on épouse une dot en Angleterre, ni de quelque sale spéculation, — mais repose sur un majorât, sur une bonne terre substituée dont le titulaire actuel n'est que l'usufruitier, dont le revenu ne manque jamais et double tous les cinquante ans par le seul effet de la hausse des fermages. Ce revenu est de trente, quarante, cent mille livres sterling, — c'est-à-dire de sept cent cinquante mille francs, d'un million, de deux millions et demi de francs. Parfois il est de cinq, dix, quinze millions et davantage. Cela dure ainsi depuis des générations, et presque toujours depuis des siècles.

Le jeune lord, à peine sorti des mains des femmes, a été rompu à tous les exercices virils, habitué à tous les soins d'une savante et élégante hygiène. Il a eu les meilleurs maîtres; il grandit au milieu d'une société de choix. A douze ans on Ta envoyé au collège d'Eton, où il a son appartement particulier, son répétiteur personnel, les professeurs les plus habiles et les plus éclairés du royaume, et vingt ou trente mille francs de monnaie de poche. Puis il a passé par l'Université d'Oxford ou de Cambridge, il a voyagé en Europe et en Asie, goûté à tout, essayé de tout, dévoré des millions sans que sa fortune ait pu en souffrir. Finalement, son père est mort, et le voilà entré à la Chambre des pairs .

On demande à tout homme impartial : est-il possible que ce type d'exception, ce monstre, voie les choses humaines sous le même angle que son compatriote

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M. Smith ou M. Brown? La physiologie, le simple bon sens répondent : non ; cent fois non .

Le moins qui puisse lui arriver est de les considérer de très haut, avec un détachement qui frise l'égoïsme. Le scepticisme le plus serein est sa maladie propre. Il lui est aussi difficile de prendre au sérieux ce qu'il entend dire, que de croire à l'amour désintéressé d'une femme pour sa noble personne ou à une martingale infaillible pour gagner à la roulette.

A ses yeux tout est thèse, et rien de plus. Et des thèses, grands dieux ! il en a tant entendu soutenir depuis la parlotte de Cambridge, en passant par tous les cabarets à la mode, tous les boudoirs, tous les grands clubs et toutes les écuries!... Le monde lui apparaît comme composé de petites gens qui se donnent un mal énorme pour des résultats lilliputiens.

L'influence sociale de la pairie sur le ton général de la société britannique est si marquée, que cette opinion finit par descendre, d'étage en étage, sur toutes les classes. Au fond, les Anglais ne croient guère qu'à demi à ce qu'ils discutent. Tout leur est matière à argument. Voyez-les s'animer, s'enflammer pour ou contre le premier sujet venu, — celui du tunnel sous la Manche, par exemple. — Les articles se suivent, les presses roulent, les brochures débordent, les livres bleus s'amoncèlent; savants, généraux et amiraux entrent dans la lice; toute l'artillerie disponible est mise en ligne; c'est un vacarme à vous assourdir. Puis, chacun s'en va chez soi et n'y pense plus. On fera le tunnel ou on ne le fera pas. Gela leur est, parbleu, bien égal ! Ils en ont tiré ce qu'il leur fallait, une thèse, un dada pour huit jours.

Il n'y a guère à la Chambre haute qu'une trentaine de politiciens proprement dits. Le reste appartient à l'auditoire, à la masse inerte des votants.. Mais ces trente politiciens, ou bien ont passé par les grandes affaires comme membres du cabinet, ou ont fait leurs débuts à la Chambre des Communes du vivant de leur père, à raison d'une véritabla vocation politique, ou tout au moins ont séjourné à l'étranger dans des postes diplomatiques et sont bien informés des questions européennes. D'où une moyenne de talent très respectable chez ceux d'entre eux qui prennent habituellement la parole. D'où encore l'intérêt particulier qui s'attache aux débats de la Chambre des Lords en matière d'affaires étrangères ou coloniales, — impériales, comme on dit volontiers en Grande-Bretagne.

C'est là son véritable rôle, celui qui la soutient dans l'opinion. Nulle part au monde, et cela se comprend aisément, il ne se trouve une réunion de politiques qui aient approché et fréquenté aussi intimement les hommes d'état étrangers, étudié d'aussi près et avec autant de suite les grandes questions diplomatiques, acquis, en un mot, une expérience spéciale aussi sérieuse. La Chambre des Lords peut avoir au cours de la session cent vingt séances ternes et sans couleur ; il est rare qu'elle n'en ait pas deux ou trois d'un intérêt capital, où il se dit des choses absolument neuves, soit à propos des documents diplomatiques déposés sur la table par le ministère, soit à propos d'une question soulevée par un membre de l'opposition.

Ces débats ont môme, on peut le dire, un caractère unique, en ce que de part et d'autre on apporte en ces

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matières une liberté de langage inconnue aux autres parlements. La position insulaire de la Grande-Bretagne, sa tradition diplomatique immuable, l'habitude qu'elle a prise de se faire montrer tous les aspects de chaque grosse affaire par les orateurs de ses deux grands partis, expliquent cette hauteur de discussion, faite pour surprendre notre timidité continentale. En France, spécialement, il semble qu'on n'ose jamais aborder, si ce n'est d'une main hésitante, ce qui touche à la politique extérieure. Les oppositions ne s'avancent qu'à pas de loup sur ce terrain semé de chausse- trapes. Les ministres se tirent ordinairement d'affaire avec quelque déclaration ambiguë ou quelque phrase ronflante. A la Chambre des Lords, c'est le système tout entier de la politique étrangère qui est, une ou deux fois l'an, étudié à fond, disséqué, analysé, exposé publiquement. Et ce ne sont pas là de vaines autopsies, — des post rnortem examinations sur des faits accomplis : mais de véritables vivisections en pleine crise diplomatique, à l'heure même où la difficulté vient de naître, à la veille du jour où le cabinet va se voir obligé de prendre une décision.

A la Chambre des Communes aussi, ces questions sont traitées avec une grande liberté; mais rarement avec la hardiesse et la compétence de la Chambre haute. En ce sens on peut dire que cette section du Parlement dirige véritablement la politique extérieure de la Grande-Bretagne, par l'autorité de ses débats diplomatiques et le retentissement qu'ils ont dans le pays.

La Chambre des Lords comprend deux éléments distincts : l'élément laïque ou temporel^ l'élément reli-

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gieux OU spirituel. Du dernier, tout est dit quand on a constaté qu'il se co mpose des deux archevêques de Ganterbury et d'York et de vingt-quatre évoques d'Angleterre.

L'élément temporel comprend : l*' 6 princes du sang royal, le' prince de Gralles, le duc d'Edimbourg, le duc de Gonnaught, le duc d'Albany, le duc de Gambridge et le duc de Gumberland; 2'' toute la pairie d'Angleterre, composée de 21 ducs, 19 marquis, 118 comtes, 26 vicomtes, et 253 barons; 3*» 16 représentants de la pairie d'Ecosse, élus pour la durée de la législature; 4'' 28 représentants de la pairie d'Irlande, élus à vie.

Il y a en outre sept pairesses d'Angleterre in their own right, c'est-à-dire titrées de leur propre chef d'un fief femelle, lesquelles ne siègent pas, — et onze pairs mineurs qui ne siègent pas non plus.

En tout, 491 membres actifs et 18 membres en état d'incapacité légale. Un pair qui a été déclaré insolvable par la cour de Banqueroute (il peut avoir aliéné ses revenus personnels sans toucher au capital foncier) est déchu de son privilège. Il arrive qu'un siège reste ainsi inoccupé pendant deux ou trois générations, puis est réclamé par un nouvel héritier. Ge fut le cas de lord Byron.

La qualité de pair e^t indépendante du titre nobiliaire porté par le lord ou seigneur, mais lui est parallèle ; co titre même est inséparable d'un fief constitué en majorât et transmissible par ordre de primogéniture. 11 est donc impossible de prendre le titre de lord^ soit sans y avoir un droit positif, soit sans posséder le fief qui l'accompagne nécessairement. Néanmoins l'usage s'est introduit de

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donner ce titre, par courtoisie^ aux fils de ducs et de marquis. Mais, dans ce cas, il est suivi du prénom. On dit lord Edward X..., lord William Z....

Chaque classe de la pairie, indépendamment de son rang hiérarchique et de ses privilèges spéciaux, a son étiquette particulière, consacrée par Tusage. Un prince du sang est altesse; on lui dit sir (monsieur), comme jadis en France au frère du roi. Il n'est pas rare chez nous de voir des personnes qui se piquent, en pareille matière, de conserver les traditions, appeler le prince de Galles « monseigneur ». C'est tout simplement une hérésie, — qu'elles le sachent. Monseigneur, en anglais mylord — est l'étiquette d'un simple comte, d'un simple baron. Un duc est Sa Grâce, my lord duke, monseigneur le duc; un marquis, le Très Honorable, my lord marquis; un comte, un vicomte, un baron, le Vraiment Honorable, my lord; un archevêque, le Très Honorable et Très Révérend, my lord^ Sa Grâce; un évêque, le Vraiment Honorable et Vraiment Révérend, my lord. Les filles d'un duc, d'un marquis, d'un comte sont lady Jane X..., lady Caroline Z..., et ne perdent pas cette qualité, même en épousant un roturier. Les fils d'un comte sont l'Honorable George, l'Honorable Henry. Les fils et filles d'un vicomte, d'un baron , l'Honorable Robert, l'Honorable Mary.

Ces nuances, qui échappent aux étrangers, mais sont religieusement observées par la société britannique, marquent exactement la place de chacun dans cette hiérarchie rigoureuse. Elles ont pour conséquence pratique de faire du « rang » tout autre chose que l'idée fugitive, éphémère et de fantaisie qu'on peut en avoir

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ailleurs. En Angleterre, si Swinburne ou Huxley dînent à la même table que le onzième fils d'un pair du royaume, c'est le onzième fils d'un pair, fùt-il affecté d'hydrocéphalie congénitale, qui donnera la main à la maîtresse de la maison et prendra place à sa droite ; l'Honorable G-eorgiana, âgée de seize ans, septième fille du baron Z..., et qui vient d'être « présentée «, aura le pas sur mistress N..., femme d'un chimiste illustre, et elle-même écrivain célèbre.

Les pairs entre eux s'échelonnent selon leur titre et la date de leur patente de création. Pour leurs femmes, fils, filles et petits-enfants, tout est prévu par la loi des préséances. Après les duchesses, par exemple, viennent les marquises; puis les femmes de fils aînés de ducs; puis les comtesses; puis les femmes de fils aînés de marquis; puis les filles de marquis ; puis les femmes de fils puînés de duc; puis les vicomtesses; ainsi de suite jusqu'à la femme ou fille d'ofiicier de terre et de mer, de clergyman ou d'avocat, jusqu'à la fille de membre d'une corporation civique, jusqu'à la femme de bourgeois. Le reste n'existe pas, is nowhere (n'est nulle part).

Et tout cela est réglé, arrêté, inscrit nominativement en des manuels tirés chaque année à des milliers d'exemplaires et que chacun consulte à l'occasion. La moindre fillette de cinq ans vous dira avec précision quel est son rang, après et avant quelles autres jeunes personnes du Royaume-Uni elle a droit de s'asseoir et de marcher

Parmi les pairs, il en est un dont la patente remonte au règne de Stephen, et à l'an 1139; c'est le comte d'Arundcl, duc de Norfolk; cinq datent de 1181; un autre de 1205; une quarantaine du règne de Henry VI.

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D'autres ont à peine un an de date et doivent leur patente à M. Gladstone, qui lui-même n'est pas lord, mais simple esquire.

Outre que l'usage s'est introduit depuis longtemps d'élever à la pairie tout homme considérable qui en éprouve le désir et possède le capital nécessaire pour instituer un majorât, les nécessités de la politique amènent fréquemment les cabinets à renforcer la majorité ministérielle par des fournées de lords. Parfois même la mesure a pour but unique d'introduire à la Chambre haute un orateur qui lui manque. Ce fut le cas du lord Derby actuel, qui a siégé à la f'iambre des pairs, du vivant de son père, sous le titre de lord Stanley. Le présent ministère a déjà créé, en trois ans, seize pairs. Le dernier ministère Di raeli avait fait quarantetrois pairs en six ans y compris lord Beaconsfield luimême. Le précédent cabinet Gladstone, trente-six pairs en cinq ans. Un de ceux-ci était une pairesse, la baronne Burdett-Coutts, alors non mariée, bien connue par son immense fortune et le philanthropique usage qu'elle en sait faire.

Les pairs d'Ecosse et d'Irlande dont la patente est antérieure à l'union des trois royaumes votent seuls pour la représentation qu'ils envoient à la Chambre des Lords. Quelques uns d'entre eux y siègent d'ailleurs à raison d'un titre anglais : tels le premier marquis d'Ecosse, lord Huntly, qui est en même temps baron Meldrum en Angleterre, et le premier duc d'Irlande, lord Leicester, qui est vicomte Leicester du Royaume-Uni. Tout pair d'Irlande qui ne siège pas à la Chambre haute est éligible à la Chambre des Communes, mais seulement pour un

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bourg, un comté ou une université d'Angleterre ou d'Ecosse. Les pairs d'Ecosse ne sont pas éligibles à la Chambre des communes.

On sait "que le Parlement d'Angleterre, dont l'origine remonte aux Gemot ou assemblées nationales des temps saxons [micel gemot ^ ivitena gemot, conseil général, conseil des hommes sages), se composait originairement d'une Chambre unique. Seuls, les hauts barons de la Couronne y siégeaient. La Grande-Charte adjoignit à ces barons un certain nombre de seigneurs, d'archevêques, d'évêques et d'abbés. Leur grosse affaire était de voter les taxes, car sous THeptarchie, comme après la conquête normande, et bien avant le fameux statut d'Edouard P'", c'était déjà un principe établi en Grande-Bretagne, que nul homme ne doit l'impôt sans l'avoir consenti, personnellement ou par ses représentants. Et rarement cet impôt était voté sans que ce fût au prix de quelque concession, de quelque liberté nouvelle arrachée au pouvoir royal.

Peu à peu, les communes ou bourgs et les cités s'élevèrent à côté des bastilles féodales ; les bourgeois enrichis achetèrent à beaux deniers comptant privilèges sur privilèges, notamment celui d'envoyer des délégués ai grand conseil du royaume. Telle fut l'origine des Communes. Mais, longtemps encore, elles siégèrent dans la même assemblée que les lords ou seigneurs spirituels et temporels.

Puis, le nombre des représentants de bourgs et de cités s'accroissant, ainsi que leur richesse et leur importance dans l'État, l'usage s'établit de les laisser se réunir dans une salle distincte. Les lords d'un côté, les Com-

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munes de F autre, réglèrent séparément la part de taxes qu'ils consentaient à payer. Enûn le jour vint où les communes prirent définitivement l'impôt en main et ne laissèrent plus aux lords que le privilège de l'accepter pour la forme.

Cette origine des deux Chambres explique à la fois les analogies et les différences de procédure qui s'y retrouvent.

Les lords, antérieurs en date, siégeant par droit de naissance et traitant d'égal à égal avec le souverain, se considèrent comme indépendants de tout pouvoir, et délibèrent entre eux sur les intérêts nationaux. En prenant la parole, ils ne s'adressent pas au haut chancelier, président, mais à l'assemblée : my lords^ messeigneurs. Ce président lui-même, simple délégué de la Couronne (en réalité du cabinet), pour assister aux délibérations, n'a pas d'autorité sur la Chambre haute. Il ne vote pas, et se borne à constater les résultats du scrutin. Il ne donne point la parole et n'émet pas d'avis sur la priorité. L'espace même où il siège sur son sac de laine n'est pas censé appartenir à Tenceinte législative. Quand il veut parler, il s'avance jusqu'au banc des ducs, salue, et alors seulement « entre dans l'Assemblée », comme on dit. Voilà un cérémonial qui aurait fait les délices du duc de Saint-Simon, l'auteur des fameux Mémoires, si chatouilleux sur les préséances, si amer contre les présidents du parlement de Paris.

Quand un lord présente un projet de loi ou de résolution, il ne demande pas la « permission de l'introduire », comme un membre de la Chambre des Communes, mais le dépose tout uniment. De même pour les questions et

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motions, qu'il n'a nul besoin d'annoncer à l'avance. Quand il vote, il ne dit pas oui ou non^ mais content ou non content. Loin que sa présence soit indispensable pour la validité de son vote, et constatée par le mode de la division^ un lord a le droit de voter par procuration^ en remettant un papier signé à l'un de ses collègues. Il ne peut, bien entendu, être ni arrêté ni expulsé que par la volonté de ses pairs, et ne saurait môme pas être rappelé à l'ordre, car le chancelier n'a pas qualité pour le faire.

Au demeurant, les bills suivent peu à peu la même ûlière qu'à la Chambre basse. Us viennent en première, deuxième et troisième lecture. Des ivhips s'occupent pour l'opposition de réunir au moment décisif le plus grand nombre possible de votants. Et. circonstance qui dit bien comme ils doivent peu compter sur Tassiduité des pairs, tandis qu'à la Chambre des communes il faut quarante membres présents pour que le vote soit valable, à la Chambre des lords le quorum est de trois pairs. Un bill peut donc passer par deux voix contre une. Les débats sont d'ailleurs beaucoup plus sommaires qu'à la Chambre des communes. 11 est rare qu'à l'heure du dîner la séance n'ait pas pris fin.

En général, la Chambre des lords se contente de suivre le mouvement de l'opinion, indiqué par le vote de la Chambre basse, et d'adopter, en les amendant plus ou moins, les lois qui lui sont transmises. Cependant, depuis six à sept ans une certaine tendance à prendre l'initiative s'est fait remarquer à la Chambre haute.

Le Public Worship Bill et le Judicature act de 1874, de même que V Oxford Reform Bill de 1876, sont partis de ses bancs.

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Un conflit direct entre les deux Chambres est un événement des plus rares, et cela suffirait à donner la mesure de Tesprit de prudence et de sagesse qui anime la pairie britannique. On ne pourrait guère citer que trois exemples de difficulté sérieuse depuis la réforme électorale de 1832. Le premier en 1860, à l'occasion de l'abolition de la taxe sur le papier, votée par la Chambre basse à une majorité de 89 voix et que l'opposition tory, dirigée par lord Lyndhurst, voulait rejeter. Le gouvernement de lord Palmerston contesta à la Chambre des Lords le droit constitutionnel de rien changer à une loi de finances adoptée par les communes, et le comité de conciliation délégué par les deux sections du Parlement donna gain de cause à la théorie du cabinet.

En 1868, à l'occasion du bill pour la suppression de l'Église d Irlande, et en 1874-75, à propos de la juridiction disciplinaire des évêques d'Angleterro, des difficultés analogues se terminèrent également par la victoire de la Chambre élue.

Le vieux français est resté la langue légale du Parlement britannique. Quand unbiilaété voté par la Chambre des communes, le commis de la table, avant de le transmettre à la Chambre des Lords, l'endosse en ces termes : Soit baillé aux seigneurs. Réciproquement, quand un bill va de la Chambre haute à la Chambre basse, le clerc écrit : Soit baillé aux communes.

La rédaction définitive une fois adoptée par les deux Chambres, il ne reste plus pour lui donner force de loi qu'à énoncer l'homologation royale. Et cette formalité donne lieu à une cérémonie assez bizarre.

C'est ordinairement vers cinq heures, à l'ouverture de la séance des lords. Le bruit se répand à la Chambre des Communes qu'il va y avoir un message royal. Les portes sont aussitôt verrouillées. On entend trois coups retentissants. Un guichet s'entr'ouvre. C est Black Rod^VEnissier à Verge Noire, qui demande à être admis. Un membre ]»ropose de l'entendre ; la motion est appuyée et votée.

Alors paraît sur le seuil de la chambre un personnage •en culotte courte, habit de cour et chapeau à claque, muni de la baguette d'ébène. Il invite les communes à se rendre à la barre de la Chambre des Lords pour entendre les commissaires de Sa Majesté en leurs déclarations.

Aussitôt se produit une débandade comparable à celle •d'une école primaire qui prend la clef des champs : on se précipite, on court. C'est dans tous les couloirs du palais législatif un steeple-chase de députés empressés à trouver place à la Chambre des Lords. Cependant, le speaker, précédé de ses huissiers et de sa masse d'armes, s'avance à pas comptés et arrive à la barre. Tout le monde est casé. Le haut chancelier fait un signe au clerc-assistant, qui lit le titre du bill, puis crie à haute voix : La reyne le veultf Et pour les lois de finances : La reyne remercie ses bons sujets, accepte leur bénévolence et ■ainsi le veultf Pour les lois d'intérêt \ocaX: Soit fait comme il est désiré!

S'il s'agit d'un bill d'une importance exceptionnelle, il peut arriver que la souveraine en personne vienne donner ce royal assent. Son rôle se réduit alors à faire un s'gae de tête approbatif, au moment où le clerc dit sa formule.

A LA CHAMBRE DES LORDS. l'jb

Théoriquement, elle a le droit de refuser son approbation. Auquel cas, le commis dirait : La reyne avisera. Mais pareille phrase n'a jamais été prononcée au Parlement britannique depuis le jour où la reine Anne, en 1707, refusa sa sanction à un bill sur la milice écossaise.

Les fonctions de clerc-assistant, celui qui prononce ces formules avec un accent qu'on peut imaginer, mais non décrire, sont actuellement remplies par M. Ralph Disraeli. Celles de gentleman huissier à verge noire, parle général sir William Th. Knollys. L'un et l'autre reçoivent pour ces devoirs intermittents et peu compliqués un traitement qui dépasse cinquante mille francs.

Les autres « officiers » de la Chambre des Lords sont : en premier lieu, le haut chancelier, lord Selborne, qui a cent mille francs en qualité de président, outre les cent cinquante mille qu'il reçoit comme juge d'appel ; puis le président des comités généraux, lord Redesdale, dont le traitement est de soixante-deux mille cinq cents francs. Viennent ensuite le clerc des Parlements, sir William Rose, soixante-quinze mille francs; le clerc lecteur, trente mille francs; le conseil légal du président des comités, trente-deux mille francs; le sergent d'armes, le trésorier, le bibliothécaire, les commis de tout ordre, dont les appointements sont de six mille à ving-cinq mille francs. Le budget total de la Chambre haute s'élève à 43,182 livres sterling (un million soixante-dix-neuf mille cinq cent cinquante francs environ).

Comme la Chambre des Communes, elle a un travail de commissions assez considérable et produit tous les ans un nombre respectable de livres bleus.

Elle est en outre Cour de justice, Tribunal d'appel

iy6 LA VIE PUBLIQUE EN ANGLETERRE.

suprême pour toutes les décisions rendues par les autres cours du royaume. Mais ces fonctions judiciaires sont remplies exclusivement par les law lords^ comme on appelle les membres de la Chambre haute qui sont jurisconsultes de leur métier.. Ils siègent en robe rouge et manteau d'hermine, dans la salle des séances, aux heures où elle n'est pas occupée par le Parlement, et rendent leurs sentences en son nom.

En dépit de ces attributions variées et de l'intérêt occasionnel que peuvent présenter les débats, il est incontestable que la Chambre des Lords est de nos jours une curiosité archéologique plutôt qu'un corps véritablement agissant. Elle a pu avoir, elle a eu assurément son rôle historique et son utilité grande, à des époques | de corruption et de tyrannie, où ses privilèges héréditaires, son indépendance et son propre intérêt faisaient d'elle l'antagoniste naturel et le contrepoids du pouvoir royal, — le boulevard des libertés britanniques.

Ce rôle est aujourd'hui sans objet. On peut donc se demander, et Ton se demande souvent, si la Chambre ^ des Lords est destinée à durer, en survivant à l'établisse- 1 ment plus ou moins prochain du suffrage universel. C'est une question qu'il ne faudrait pas se hâter de trancher.

En premier lieu, on ne voit guère par quelle procédure, autre que le vote d'une assemblée nationale révolutionnaire, une telle suppression pourrait devenir légale. La constitution britannique n'a pas prévu de pareilles modifications de l'appareil gouvernemental, et ne leur fournit pas d'instrument. Il n'y a pas en Angle-

A L\ CHAMBRE DES LORDS

terre de congrès des deux Chambres; et quoiqu'il ne soit pas sans exemple qu'un jeune lord, sur les bancs d'Eton ou de Cambridge, se soit épris d'un amour désintéressé des institutions démocratiques, on ne saurait raisonnablement attendre que la Chambre héréditaire vote d'elle-même sa propre suppression.

L'abolition de la royauté en Angleterre est non seulement possible, mais relativement facile. Elle peut se produire d'un moment à l'autre à l'occasion de la discussion du budget. Il suffirait qu'il se trouvât à la Chambre des Communes une majorité pour refuser de voter la liste civile. Rien ne permet actuellement de considérer une telle éventualité comme prochaine, mais elle n'a rien d'invraisemblable.

Il n'en est pas de même de l'abolition de la pairie. Non seulement son existence est défendue par une multitude d'obstacles légaux, mais elle est étroitement liée aux idiosynchrasies nationales, au culte que les Anglais de toute classe nourrissent pour le « sang bleu » , au souvenir des services très réels que les ordres privilégiés ont jadis rendus à la liberté, enfin et surtout au régime de la propriété foncière.

Aussi est-il presque impossible de concevoir la suppression de la Chambre des Lords autrement que comme conséquence d'une révolution territoriale. Cette révolution se fera tôt ou tard. Elle s'opère présentement en Irlande, et une fois accomplie dans l'île sœur, franchira nécessairement le canal Saint-Georges. Mais tout cela peut être long, et la grande force de l'aristocratie anglaise a toujours été de se plier aux circonstances. Il n'est pas certain qu'elle sorte amoindrie de cette transformation.

jy8 LA VIE PUBLIQUE EN ANGLETERRE.

Pour comprendre à quel point les Anglais lui sont attachés, il faut avoir vu des meetings ouvriers, républicains, socialistes, se demander avant tout quel noLleman ils pourraient bien inviter à les présider. On peut affirmer, sans crainte de se tromper, qu'il n'y a pas . dans les trois royaumes un seul plébéien pour se croire sincèrement de la même race qu'un real gentleman. Un radical anglais vous dira, s'il a lu des livres traduits du français, qu'un homme est un homme, que nous naissons tous égaux, que nous devons tous avoir les mêmes droits. Au fond, il est intimement convaincu du contraire. Ce peuple a le sentiment hiérarchique dans le sang, comme le Français, bien avant la Révolution, avait la fibre égalitaire.

Jadis, comme aujourd'hui, dans notre armée et notre marine, les fatigues et les dangers communs avaient bientôt créé une fraternité entre l'officier et le soldat ; on s'entr'aidait, on s'aimait, on se traitait avec douceur, en camarades. Il n'y a pasjusqu'àla familiarité de nos valets de comédie du vieux répertoire qui ne jette sa lueur sur ce point de philosophie historique.

Dans l'armée anglaise, jamais le soldat ne croira qu'il est du môme bois que son officier. Que ce soit tradition historique, influence héréditaire, obscur souvenir de la conquête normande, caractère ethnographique ouclimatologique : le fait est indéniable. On vivra dix ans parmi les Anglais, en se mêlant à toutes les classes, sans en rencontrer un seul, — un seul, — qui ait le sentiment de l'égalité humaine. Leurs républicains, leu-i:^ radicaux, sont en grand nombre les plus honnêtes gens du monde, tendres au misérable, prêts à tous les sacrifices, acceptant

A LA CHAMBRE DES LORDS

héroïquement n'importe quelle conséquence d'un principe que la raison leur a fait adopter. Démocrates, au fin fond, jamais! Vous en verrez qui donnent leur fortune aux pauvres et passent leur temps à les instruire. Pensez-vous que ce soit par instinct de fraternité? C'est parce qu'ils sont des gentlemen et que le devoir d'un gentleman est de faire du bien à ses « inférieurs »'.

Par contre, quand on a vécu longtemps en Angleterre, on s'aperçoit qu'il n'y a pas un Français, un seul^ parmi les plus entêtés d'aristocratie, qui ait véritablement le sentiment hiérarchique. L'instinct égalitaire est si puissant chez nous, qu'il a pénétré ceux-là mômes qui se jurent de le combattre. Qu'on passe en revue tous les partis, toutes les sectes, et qu'on voie si les forces, les faiblesses, les qualités, les vices, les mœurs et les habitudes n'y sont pas au fond les mêmes, — profondément démocratiques.

C'est pourquoi nous devions nécessairement arriver à la forme logique du gouvernement populaire, et pourquoi il est douteux que la Grande-Bretagne s'écarte avant fort longtemps du gouvernement de deux Chambres,. dont une héréditaire. La royauté peut passer : la pairie, sans doute rajeunie et transformée, lui survivra vraisemblablement.

Fait curieux à noter : les tories sont actuellement plus disposés que les libéraux anglais à introduire des modifications dans la composition de la Chambre des Lords. Ils y verraient volontiers admettre des pairs à vie. Les libéraux, au contraire, sont opposés à cette mesure qui aurait pour effet, pensent-ils, de diminuer le prestige de la Chambre élue, à proportion de l'influence vivifian te

l80 LA VIE PUBLIQUE EN ANGLETERRE.

qu'elle pourrait avoir sur la Chambre haute. Les seules réformes que réclament actuellement les plus hardis d'entre eux sont la suppression des lords spirituels et le remaniement de la pairie représentative d'Ecosse et d'Irlande.

UNE ÉLECTION LÉGISLATIVE. l8l

Tout le inonde a lu Dickens et ses immortels Pickwick papers, ne fût-ce que dans une traduction. Il pourrait donc paraître superflu de conter une élection anglaise, si les Pickwick papers ne dataient presque d'un demisiècle et n'avaient contribué pour leur bonne part à transformer les mœurs politiques de la Grande-Bretagne La puissante caricature tracée par le grand novelisù a depuis longtemps cessé d'être ressemblante. Deux « réformes » ont passé sur les abus qu'il flagellait si gaiement; des lois sévères ont prévu et réprimé les pratiques de corruption les plus criantes; le droit électoral, si longtemps limité aux classes privilégiées, a commencé de s'étendre aux classes laborieuses ; demain, sous la poussée d'instruction obligatoire qui est sortie pour l'Angleterre aussi des enseignements de 1870, le suffrage universel (ou presque universel, car il ne faut jurer d3 rien) sera institué chez nos voisins, comme il l'est chez nous depuis trente-six ans.

Certes, on ne saurait dire que le système électoral du Royaume-Uni soit un chef-d'œuvre, ni môme qu'il approche de la perfection. Ce n'est pas de ce côté que les ' nations civilisées pourront chercher des modèles. Le pauvre n'y a pas encore de place. La propriété en est

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restée la base unique. La marque féodale y est encore visible. Mais il serait injuste de ne pas constater que l'extension du droit de vote, telle qu*elle a été établie par les bills de 1832 et de 1867-68, a déjà eu pour conséquence évidente d'en moraliser Texercice. Le spectacle d'une élection législative en Grande-Bretagne est infiniment moins scandaleux que jadis. Si l'ivrognerie, les hurlements sauvages, voire les scènes de pugilat, font toujours partie intégrante du scénario, — du moins les pommes cuites, les trognons de choux et les carcasses de chat ou de chien lancés à la tête des candidats ne sont plus que des souvenirs. Cet abandon graduel des traditions les plus chères au cœur britannique s'explique par le fait que les tapageurs d'autrefois se recrutaient spécialement parmi les « loyaux sujets » privés de suffrage. Et il faut bien convenir qu'ils n'avaient pas grand' cause de regarder la comédie électorale comme une affaire très sérieuse. D'une part, ils se voyaient obstinément refuser le droit de vote; de l'autre, ils voyaient le plus grand nombre des 'électeurs attitrés vendre leur suffrage pour une banknote de dix livres, quand ce n'était pas pour un gigot et quelques pintes d'ale. Maintenant qu'ils sont pour la plupart électeurs, et que les festins électoraux sont interdits par la loi, ils se tiennent mieux, et ne se donnent qu'exceptionnellement la joie de barbouiller de noir de fumée le candidat qui leur déplaît. Qui nous dira pour quelle proportion ces éléments funambulesques n'ont pas contribué au progrès acquis? Les pommes cuites et les peaux de chat ont peut-être pesé plus qu'on ne croit dans la balance. Quoi qu'il en soit, la réforme s'accomplit peu à peu, et si une élection anglaise est

UNE ÉLECTIOiN LEGISLATIVE. 1 8?

encore un drame intéressant, elle a presque cessé d'être le spectacle charivarique dont Charles Dickens nous a légué une si magistrale eau-forte.

Les anomalies légendaires ont disparu. Le bourg de Tiverton, où quatorze électeurs nommaient un député ; celui de Tavistock, qui ne comptait que dix votants; celui de Old-Sarum, où une douzaine de naturels nommaient deux représentants, ordinairement désignés par le régisseur du château, celui de Bute, où le collège électoral se composait habituellement du shériff, du recorder et d'un seul électeur, qui -ne manquait pas de s'élire lui-même à 'unanimité : toutes ces verrues trop apparentes ont été extirpées sans retour. On ne voit plus 375 votants répartis en une trentaine de circonscriptions envoyer au Par* lement 60 députes, alors que la cité de Londres, avec 500,000 habitants, n'en avait que 4. On n'entend plus parler de hameaux de six maisons ayant voix aux Communes, où Birmingham, Manchester et Halifax n'étaient pas représentes. Des comtés vastes et populeux commele Lancashire, le Cheshire et le Surrey ne sont plus réduits à une députation dérisoire. Il n'est plus possible à la passion politique de prolonger pendant des semaines et des mois, grâce à mille subterfuges légaux, une lutte électorale sans espoir. L'achat des suffrages, s'il se pra~ tique trop souvent encore, est réduit à se dissimuler sousdes prétextes entièrement nouveaux. L'intimidation n'est plus de mise. On ne trouve plus des bandes de pugilistes et d'étrangleurs à la solde des candidats. Les électeurs ne sont plus séquestrés par leurs adversaires pour lesempêcher d'aller au vote, ou par leurs amis pour les empêcher d'être enlevés. Un candidat ne dépense plus

un demi-million pour son élection, comme Fox à Westminster, et ne grève plus sa fortune d'une rente perpétuelle de 375,000 francs pour s'assurer une majorité.

Le droit électoral, limité jusqu'en 1832 à deux ou trois classes privilégiées, jusqu'en 1867-68, à moins d'un million d'hommes, s'étend aujourd'hui au douzième de la population. Le Royaume-Uni compte 3,077,489 votants sur 35,250,000 habitants. La transformation qui s'est accomplie dans les mœurs parallèlement avec ces changements, l'effet déjà sensible d'un système d'éducation nationale résolument moderne, l'influence d'une presse périodique excellente, — pour ne rien dire de la contagion de plus en plus marquée des idées françaises et des exemples français, — toutes ces causes ont profondément modifié la physionomie d'une élection britannique.

Mais ces modifications n'ont pas altéré le fond du système, qui est toujours aristocratique. Elles ont laissé subsister des formes, des procédures et des détails émi-^J nemment anglo-saxons. N'est-ce pas l'histoire de toutes les institutions en Grande-Bretagne? Chez nous, le vieil édifice a été abattu pour faire place à un établissement tout neuf. Chez nos voisins, le présent est la floraison du passé, aujourd'hui le fils d'hier, et les locomotives elles mômes ont l'air de sortir de la Tour de Londres. Aussi le moyen le plus aisé de pénétrer les choses britannique est-il toujours de recourir à l'histoire.

L'histoire dit peu de chose à un peuple qui en a systématiquement fait table rase. Que pourrait-elle nous apprendre sur l'organisation du suffrage universel en France? Étant donné douze millions d'hommes en pos-

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session du droit de vote, quel est le moyen le plus pratique, le plus expéditif et le plus certain de leur faire librement exercer ce droit? Voilà comment se pose pour nous le problème. Encore la simplicité en est-elle obscurcie par la distribution déjà historique de la population en départements et arrondissements. En Grande- Bretagne, aucune difficulté politique ne se résout par la méthode radicale. On taille, on émonde, on greffe; on ne déracine pas. Pour bien saisir l'organisation électorale du Royaume-Uni, et même pour se l'expliquer, il est donc indispensable de regarder en arrière.

Les premières unités électorales qui obtinrent d'être représentées au Parlement furent les cités et les bourgs. C'est ordinairement aux prix de quelque gros subside qu'elles achetaient ce droit du pouvoir royal. Mais comme la source en était variée, l'application en était différente. Icildi fî^anchise (ou droitde vote) était vested, dévolue, à la corporation municipale, qui désignait ses délégués; ailleurs, elle était exercée par quiconque avait un « foyer où faire bouillir son pot », d'où le nom de potivaler ou potwalloper, donné à ces électeurs. Peu à peu, elle finit par rester à peu près partout le monopole des freemen (hommes libres, citoyens au sens de membres de la cité), et des burgesses (bourgeois), — c'est-à-dire des privilégiés en possession du droit de vote municipal, quelle que fût d'ailleurs la base de ce droit.

Il arriva que des bourgs jadis importants et qui avaient pu obtenir la franchise perdirent leur importance, tombèrent au rang de villages ou môme de simples hameaux, et conservèrent néanmoins le privilège d'être représentés au Parlement, au profit d'une famille puis-

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santé ou principale. C'est ce qu'on appela les bourgs pourris.

D'autre part, les provinces ou comtés obtenaient le droit d'envoyer des députés au Parlement, par la raison qu'il s'y trouvait, en dehors des seigneurs, des évêques, des abbés, des cités et des bourgs, un certain nombre de propriétaires affranchis de toute vassalité, sinon envers la couronne, et susceptibles d'ôtre directement atteints par l'impôt foncier. Cette représentation, longtemps arbitraires et inégale, fut régularisée pour la première fois en 1262 par Simon de Montfort, ministre de Henri III, qui appela au Parlement d'Angleterre, avec les lords spirituels et temporels, deux chevaliers pour chaque comté, deux citoyens pour chaque cité et deux bourgeois pour chaque bourg.

A ces catégories vinrent plus tard s'ajouter les représentants des grandes Universités, élus par les "gradués membrCrS de la Convocation, ou conseil général. Sous Edouard III, un statut régla définitivement qu'aucune taille ou aide ne serait levée sans le consentement des lords (archevêques, évêques et barons), etdes communes (représentants des comtés, des cités et des bourgs).

Le Parlement d'Angleterre accomplit son évolution historique. Les actes d'union législative de 1707 avec l'Ecosse et de 1801 avec l'Irlande consacrèrent à nouveau l'assiette de la représentation des comtés, des cités et des bourgs pour les trois royaumes. Il faut arriver jusqu'au Reform Bill de 1832 pour voir apporter quelques modifications à cet établissement sept ou huit fois séculaire.

A cette date, les seuls sujets britanniques en posses-

sion du droit électoral étaient : dans les cités et bourgs, ' les freemen et burgesses, ou individus investis du droit de vote municipal ; dans les comtés, les freeholders ou ' propriétaires de terres relevant directement de la cou- ' ronne et donnant un revenu annuel d'au moins deux livres sterling (cinquante francs).

Les termes de freehold et de copyhold^ qui reviennent constamment dans la langue juridique anglaise, n'ont heureusement plus d'équivalent exact en droit français. Une terre est dite en freehold q\ia.nd. elle a relevé jadis de la couronne, et a pu être concédée ou transmise en toute propriété à son détenteur. Elle est dite encopyhold quand elle se rattache par des liens plus ou moins persistants à un ancien manoir ou domaine seigneurial, auquel elledoit à perpétuité, soit une redevance quelconque, soit même une vassalité idéale ou qui se traduit uniquement par un droit de retour en cas d'extinction des héritier.?. Le régime féodal a si profondément marqué sa trace en Grande-Bretagne, que la plupart des immeubles y sont ainsi tenus par leurs détenteurs actuel à bail empliythéotique plutôt qu'en nue-propriété.

A Londres, par exemple, il est rare que le sol sur lequel est bâti une maison appartienne au propriétaire de la maison : ce propriétaire s'est seulement assuré la possession et l'usage du sol, pour une durée de 60, de 90 ans, en échange d'une prime au comptant et d'une redevance annuelle. Le seigneur n'a pas pu lui coder la propriété absolue de son fief, qui est entailed (substitué) et partie intégrante d'un majorât. Cette curieuse disposition de la loi anglaise est môme, pour le rappeler en passant, l'origine des plus grosses fortunes aristocra-

tiques. Le quartier de Belgravia, par exemple, un defr plus riches de Londres, est en entier la propriété du duc deWestminster; il s'élève sur Remplacement de deux métairies, jadis en culture sur la route de Kensington et acquises par l'un de ses ascendants.

De môme le beau quartier de Tyburnia, propriété des ducs de Portland, est bâti sur les terres de l'ancien manoir do Tyburn, jadis payé 17,000 livres sterling et qui vaudrait peut-être un demi-milliard aujourd'hui. Qu'on imagine le sol du quartier Malesherbes ou du quartier de rOpéra demeurant à perpétuité la propriété d'une même famille. Des rues ont été tracées sur ces territoires, de& lots à bâtir concédés par bail à long terme; mais les titres originaux restent toujours aux mains du seigneur, et pour affirmer son droit, en interrompant la prescription, ses agents ont soin tous les ans de barrer la rue pendant un jour plein et de proclamer par affiches à quel effet. Le Reform-Bill de 1832 abolit la franchise d'un grand nombre de bourgs pourris et ajouta aux quatre classes d'électeurs plusieurs catégories nouvelles : dans les comtés : les copyholders ou détenteurs d'immeubles relevant d'un manoir et donnant un revenu net de 10 livres sterling (deux cent cinquante francs) ; les fermiers par bail d'au moins soixante ans d'un bien d'au moins 10 livres de rente; les fermiers par bail plus court d'un bien d'au moins 50 livres de rente. Dans les cités et bourgs, aux freemen et bur gesses vinrent s'adjoindre tous ceux qui occupaient^ à titre de propriétaires ou de locataires, un immeuble d'au moins 10 livres de loyer. Pour être éligible, il fallait posséder dans les comtés 600 et dans lôs bourgs 300 livres sterling de revenu.

UNE ÉLECTION LEGISLATiVE. 189

Le fait capital de cette réforme était d'abaisser, sinon d'effacer entièrement, la barrière traditionnelle entre les terres tenues en freehold et les terres tenues en copyhold, distinction qui s'explique d'ailleurs par l'origine du droit de vote dans les comtés, puisque les tenanciers de copyholds étaient jadis en réalité représentés parleurs seigneurs, au Parlement comme à la feuille des taxes. Mais il importe de remarquer que la réforme n'altérait pas plus l'essence même du suffrage que le régime de la propriété. De nouvelles classes d'électeurs étaient créées, mais parmi ceux-là seuls qui dépendaient plus ou moins directement des ordres privilégiés. Le pouvoir législatif changeait d'instrument, non de main.

Né^inmoins, c'était un pas en avant. Les actes de 1867 pour l'Angleterre et le pays de Galles, de 1868 pour l'Ecosse et l'Irlande, en furent un autre.

Ces lois, dont l'initiative a été due principalement à M. John Bright, ont d'abord mis sur le môme pied, dans les comtés, les freeholders^ copyholders et fermiers par bail d'au moins soixante ans, en abaissant à 5 livres sterling (125 francs) le cens exigé d'eux. Elles ont abaissé à 12 livres (300 francs) le cens requis des fermiers à plus court bail, à condition toutefois qu'ils soient sur la liste des imposés pour l'entretien des pauvres. Dans les bourgs, les mêmes actes législatifs ont concédé le droit électoral à tout propriétaire ou locataire par bail d'un immeuble quelconque, pourvu que cet immeuble soit soumis à la taxe des pauvres, et à tout locataire sans bail d'un logement de 10 livres, s'il justifie d'un an de domicile, ou d'un an de loyer payé sans interruption en plusieurs domiciles successifs.

D'autres dispositions spéciales de ces lois ont réduit la représentation de trente-huit bourgs qui avaient moins de 10,000 habitants; créé onze nouveaux bourgs; augmenté la représentation de quatre autres; donné un député à rUniveisité de Londres qui n'en avait pas encore ; divisé en deux ou plusieurs circonscriptions électorales les quatorze comtés les plus populeux ; réglé les heures de scrutin ; revisé ou consacré toutes les dispositions légales relatives à Texercice du droit de vote, et aboli le cens d'éligibilité.

Enfin, ces mômes actes, appliquant et mettant à l'essai une idée de John Stuart Mill. ont institué dans quelques collèges électoraux la représentation des minorités. Le système se réduit à donner à chaque électeur d'une circonscription qui nomme trois députés ou plus, un nombre de votes inférieur à celui des députés. Soit un collège nommant trois députés, par exemple : chaque électeur n'a que deux votes. Etant donné que les deux partis principaux réunissent toutes leurs forces chacun sur deux candidats, il est clair que les candidats de la majorité arriveront en tête de la liste, et que l'un des candidats de la minorité arrivera troisième. Cette minorité sera donc représentée.

On compte actuellement en Angleterre et dans le Pays de Galles 52 comtés, plus l'île de Wight, 200 bourgs et 3 universités, représentés par 489 députés; en Ecosse^ 33 comtés, 22 bourgs et 4 universités, représentés par 60 députés; en Irlande, 32 comtes, 33 bourgs et 1 université, représentés par 103 députés. Ce qui donne un total général de 6.52 membres de la Chambre des Communes.

Le corps électoral ainsi représenté, sous l'empire des lois de 1867 et des règlements complémentaires de 1872 et 1878, se compose, dans les villes, à peu près des mêmes éléments que notre corps français d'électeurs municipaux. Celui que la loi anglaise laisse en arrière et ignore jusqu'ici, c'est l'ouvrier agricole, le paysan, qui n'appartient à aucune cité, à aucun bourg, qui n'est ni freeholder, ni copyholder^ ni fermier dans son comté.

La durée d'une législature est communément de cinq ans en Angleterre. Celle qui a précédé le présent Parlement s'était prolongée six ans. La limite extrême fixée par la loi et qui n'a jamais été atteinte depuis l'union législative des trois royaumes, en 1801, serait de sept années. Mais la moyenne depuis cette date n'a été que de trois ans et demi environ, le Parlement actuel étant le vingt-deuxième du Royauma-Uni (et le dixième du règne ) .

Aus?itôt que la dissolution des Communes est résolue par le cabinet, un royal-warrant adressé au lord haut chancelier lui donne mandat de lancer les writs de convocation des électeurs. Ces writs commencent toujours par la vieille formule française: Oyez! oyez! oyez! Ils sont expédiés aux returning o/ficerSy ou officiers électoraux spécialement désignés pour chaque bourg et chaque comté. C'est ordinairement le maire dans les bourgs et le shériff dans les comtés qui sont investis de ces fonctions. Les élections doivent avoir lieu dans les quatre jours qui suivent la remise du tvrît, pour les bourgs, dans les neuf jours pour les comtés. Il est à peine besoin de dire que l'agitation électorale a toujours précédé de

plusieurs semaines et parfois de plusieurs mois la crise décisive.

Il n'y a pas bien longtemps, dix ans à peine, les élections se faisaient encore à l'ancienne mode, sur des hustings ou tréteaux couverts, élevés soit en plein air, soit dans une vaste salle publique, et où les candidats venaient tour à tour s'offrir aux acclamations et aux huées du corps électoral. On distinguait le nomination day, ou jour du choix, du polling day, ou jour du vote. Pour la nomination, le candidat, dûment présenté à la foule par le bureau siégeant sur les hustings^ était accueilli par des chee?'s (acclamations) ou des groans (grognements) ; puis, le président du meeting mettait aux voix la résolution de soutenir la candidature, et ceux qui en étaient d'avis levaient la main. C'est ce qu'on appelait le show ofhands^ la revue des mains. Puis, le jour du poil, les électeurs se présentaient au commis du scrutin, assis devant des pupitres au pied des hustings, déclinaient leurs nom, prénoms et qualités, prêtaient serment d'idenlité et exprimaient publiquement leur vote, aussitôt enregistré. Il n'y avait généralement qu'un seul lieu de poil pour chaque collège électoral, et cette unité était même considérée comme une condition essentielle de la régularité des opérations.

On conçoit aisément à quelles scènes répugnantes devait donner lieu un tel système. Les candidats mettaient une so^te de point d'honneur et de crânerie traditionnelle à se soumettre à toutes les avanies. Gris, outrages personnels, projectiles môme, rien ne les rebutait. La nomination, tout spécialement, était le prétexte de ces saturnales, où la bcte anglo-saxonne, gorgée de bière et

de viande, se montrait à nu, hurlait, jouait des poings, rompait des os. Au poil, c'était une autre affaire : les électeurs, amenés en voiture, par fournées, aux frais du candidat, ne parvenaient pas toujours aisément au bureau. Des cordons d'adversaires, ou même des masses profondes d'assommeurs à gages, en défendaient les approches. Il fallait souvent que les constables se missent de la partie, à coups de bâton, et ce n'était pas sans qu'il y eût des têtes cassées de part et d'autre.

Tel est l'attachement invétéré des Anglais pour leurs vieilles coutumes, que la loi avait pu, à deux reprises, modifier profondément l'assiette du vote, sans oser toucher à ces formes hideuses. Le moment vint pourtant où de tels spectacles, périodiquement étalés en plein dix-neuvième siècle, devinrent intolérables. Le contraste de ces scènes de désordre avec le calme habituel, la dignité et la sécurité des opérations électorales en France finit par avoir raison de tous les préjugés. En 1872, un règlement parlementaire inaugura, à titre d'essai, pour huit années, un système de vote qui se rapproche beaucoup du nôtre, et qui est définitivement entré dans la loi depuis 1881.

Cette réforme porte sur trois points principaux ; sur les hiistings, qu'elle a interdits sous prétexte qu'ils constituaient pour les candidats une dépense inutile ; sur les lieux de vote, qu'elle a recommandé de multiplier dans tous les collèges électoraux, afin que l'agitation ne se concentrât plus autour d'un seul bureau ; enfin , sur le mode même du scrutin, qui n'est plus verbal et public, mais écrit et secret.

Actuellement, voici à quoi se réduisent les opérations

électorales. Aux jour et heures fixés à cet effet, le candidat ou les candidats proposés pour le collège électoral sont nominated par écrit, c'est-à-dire désignés sur une feuille de papier signée par deux électeurs à titre de proposer et de seconder, et par huit autres électeurs à titre d'acceptants. Ce papier doit être remis à Tofflcier électoral, soit par le candidat lui-même, soit par le proposer et le seconder, dans le courant de la journée. Une heure après la remise, s'il n'y a pas d'opposition, c'est-à-dire si d'autres noms n'ont pas été proposés dans les mêmes formes, le returning offlcer proclame le candidat ou les candidats dûment élus. Dans le cas contraire, il déclare l'élection ajournée et fixe, séance tenante, un jour pour le scrutin.

Ce jour-là, autant de bureaux électoraux sont constitués qu'il est nécessaire pour la facilité des opérations et pour que les votants arrivent aisément aux urnes. Chaque électeur reçoit une liste imprimée de tous les candidats proposés — liste dressée par les soins du returning offlcer. Il indique secrètement son choix par une marque à l'encre ou au crayon en regard du nom ou des noms choisis par lui, et dépose lui-même son bulletin dans l'urne, en présence du scrutateur. Celui-ci paraphe la cote du votant sur un état des électeurs inscrits. Il peut lui faire prêter serment s'il a des doutes sur son identité. L'heure venue de la clôture du scrutin, les boîtes^ dûment scellées, sont apportées au returning officer, qui les ouvre publiquement, procède à la vérification et proclame le nom -des candidats élus à la majorité absolue. En cas d'égalité du nombre de voix, le returning officer, en qualité d'électeur inscrit, a le droit, s'il a réservé son vote.

UNE ÉLECTION LÉGISLATIVE. igS

de l'exprimer à ce moment et de constituer une majorité.

Cette procédure, comme on voit^ se rapproche beaucoup de la nôtre et en est clairement imitée. Elle dispense les électeurs de se déranger dans les cas assez fréquents où le résultat du scrutin est certain d'avance ; elle assure le secret du vote beaucoup plus efficacement que notre système de bulletins individuels fournis par les candidats et presque toujours reconnaissables, soit à la qualité du papier, soit à la transparence des caractères imprimés; elle a donné les résultats les plus satisfaisants dans les élections partielles qui se sont succédé depuis 1872 et dans les élections générales de 1880. On peut la considérer désormais comme définitivement entrée dans les mœurs.

Il va sans dire qu'elle a changé peu de chose aux prolégomènes ordinaires d'une élection britannique. Les meetings préparatoires, l'afïichage démesuré auquel se livrent les candidats , les parades et manifestations publiques des partis rivaux, sont restés sensiblement ce qu'ils étaient jadis. On voit toujours des sanchuiches men traîner mélancoliquement au bord des trottoirs, comme une chape de plomb, deux tableaux sur lesquels s'étale en lettres gigantesques le conseil fatidique: Votez pour X. Les vitres des cabarets disparaissent sous les caricatures, les murs sous les professions de foi. Les réunions se succèdent avec leur menu, toujours le même : présentation du candidat, speech du candidat, questions au candidat, réponses du candidat, acclamation du candidat, résolution unanime de voter pour le candidat. L'ivrognerie ne paraît pas avoir sensiblement baissé. Le nombre des yeux pochés et des nez mis à mal est

toujours considérable. Les canvassers^ ou agents électoraux de profession, déploient toujours la même activité dévorante.

Profession bien intermittente , dira-t-on , mais qui n'en existe pas moins et qui est pour ainsi dire officiellement reconnue. Il y a dans chaque comté, dans chaque bourg, un agent libéral et un agent conservateur en relations directes avec les comités centraux d'élection, qui ont pour siège les deux grands cercles politiques de Londres, le Reform-Glub et le Garlton-Glub. C'est par cette voie que se transmettent les mots d'ordre généraux, les platforms, sur lesquelles porte l'effort de la bataille. Mais, à côté de ces agents directeurs, il y a la tourbe des canvassers^ ou commis-voyageurs en élection, qui s'abat sur Westminster-Hall aux premiers bruits de dissolution, pour se mettre à la disposition des candidats. Foule étrange et bigarrée de déclassés, où se retrouvent le bookmaker malheureux, l'agent d'affaires véreuses, le marchand de chevaux ou de lorgnettes, le policier bénévole, — et qui fait songer aux faux témoins de profession qui se promenaient jadis au même lieu.

Cette canaille va se ruer sur les comtés et les bourgs, se répandre dans les tavernes, et, pendant deux ou trois semaines, boire et bavarder pour qui la paye, du matin au soir, du soir au matin. Comme tous les métiers artistiques, elle a ses premiers sujets et ses étoiles, illustres pour avoir enlevé quelque élection douteuse ou compromise. Ceux-là se payent cher, jusqu'à 3 et 4000 livres sterling, dit-on. Mais c'est sous le manteau, car la loi sur les cornipt practices est là, et elle a tout prévu, cette loi, jusqu'à la somme qu'un candidat doit raisonnable-

ment payer à ses agents à gages, jusqu'à celles qu'il convient de mettre en affiches et impressions, en voitures pour les électeurs, en dépenses électorales de tout genre.

Autrefois, au bon temps, la .corruption avait beau jeu. Le candidat qui voulait s'assurer des votes à prix d'argent organisait tout simplement des promenades en musique, avec bannières, drapeaux et emblèmes en son honneur. Il faisait savoir que tout porte-bannière recevrait tant de livres sterling, tout porte-cocarde tant d'autres livres sterling, — sans compter le gin, le roastbeef et l'aie : puis il attendait avec confiance le résultat du poil. Criait-on à la corruption, son excuse était prête. Eh ! quoi ! ne fallait -il pas rémunérer tout ce monde qui s'était employé à son succès? Il n'avait pas dit à un seul électeur : donne-moi ton vote et je te donnerai vingt shillings. Il s'était contenté de payer libéralement des services positifs. Dépenses légitimes. Personne n'avait rien à y voir.

Les Corrupt practices Acls de 1854 et années suivantes ont tenté de changer ces lamentables habitudes : d'abord, en interdisant formellement au candidat tout payement de bannières, drapeaux, cocardes ou instruments de musique ; tout festin électoral ; toute libéralité en liquides et solides ; toute indemnité de déplacement aux électeurs. Puis, en obligeant chaque candidat à fournir au returning officer un état des dépenses occasionnées par son élection, — état contrôlé avec soin, visé par un auditeur spécial et transmis à la Chambre des Communes. Enfin, en confiant à des juges de la cour suprême et non plus à la Chambre elle-même ou à des commissions parlemen-

taires le soin d'enquêter et de statuer sur les élections entachées de fraude ou de corruplion.

Cette dernière mesure, en particulier, a été assez efficace. Elle a fait frapper d'invalidation un certain nombre d'élections frauduleuses que la camaraderie ou l'indifférence de la Chambre aurait probablement laissé passer sans difficulté.

Mais Tensemble des mesures édictées par la loi n'a réussi encore ni à moraliser définitivement l'exercice du droit de vote en Angleterre, ni même à abaisser beaucoup le chiffre des dépenses de chaque candidat. Il n'y a pour ces sortes de maux qu'un seul remède : le suffrage universel. Plus la base du vote est large, phis le vote est sincère et désintéressé : la raison et l'expérience sont là pour l'attester. En France, où voit-on encore des cas de corruption proprement dite, à prix d'argent? Dans les élections municipales et cantonales, où le chiffre des électeurs est relativement restreint. Dans les élections législatives, jamais. Et d'autre part, les dépenses électorales légitimes, tout en atteignant encore chez nous un chiffre exagéré, sont bien loin d'approcher de ce qu'on voit en Grande-Bretagne.

Il en coûte cher pour arriver à la Chambre des Communes, si l'on en juge par les rapports officiels et la statistique des dépenses avouées aux retnrning officers! Le tableau relatif aux élections générales de 1880 comprend pour chaque candidat : les salaires de messagers, agents et canvassers, les locations de voitures pour transporter les électeurs aux bureaux de vote, les dépenses d'impression et affichage, les honoraires des scrutateurs et frais de scrutin (tous à la charge des candidats). Il en résulte que

telle élection a coûté, en dépenses avouées et reconnues légitimes, quatre^ cinq, six et jusqu'à douze mille livres sterling, — c'est-à-dire de Cent à trois cent mille francs; et que la plupart du temps le coût moyen d'un suffrage a été de vingt-cinq à trente francs, en beaucoup de cas, cent francs, cent cinquante francs, huit cents francs même. Presque pas une élection n'a ostensiblement coûté moins de cinquante mille francs.

Et c'est là ce qu'on avoue, ce qui se voit. Que serait-ce si Ton faisait entrer en ligne de compte les dépenses secrètes, les agents à gros honoraires, les subsides à des électeurs influents, les crédits ouverts chez les taverniers, les manifestations prétendues spontanées, et le reste!...

Le reste est parfois très lourd, s'il faut en croire les rapports officiels sur les élections d'Oxford et de Sandwich, par exemple. Et les conclusions des commissaires rapporteurs sont tout à fait mélancoliques.

« Le secret du vote n'empêche pas l'achat des suffrages à prix d'or ! s'écrient-ils. Il ne fait que permettre aux électeurs à vendre de recevoir de l'argent des deux côtés... Il ne semble pas que la perspective d'ôtre dupe du marché ait empoché un seul candidat de le conclure... La loi est tout à fait impuissante à obtenir le véritable chiffre des dépenses... Les salles de comités électoraux sont toujours dans des tavernes : comment empêcher les agents de profiter de cette circonstance pour acheter l'appui des cabaretiers et les suffrages de leur clientèle? etc..

Tous les rapports d'élections sont pleins de lamentations pareilles. On voit que la suppression du cens d'éligibilité n'a pas constitué en Grande-Bretagne un progrès

bien capital. C'est encore un luxe de millionnaire d'arriver à la Chambre des Communes. Môme il n'est pas démontré que la loi puisse jamais rien changer à ces pratiques. Ce sont les instincts qu'il faudrait changer. Et ceux d'un Anglo-Saxon sont si différents des nôtres! Les mômes motifs qui révolteraient un électeur parisien enlèvent le suffrage d'un électeur anglais. Voici un candidat qui arrive dans un bourg; il y fait personnellement, à son hôtel, deux ou trois cents livres de dépense en vin de Champagne. Il semble qu'au moins ceux qui n'ont pas bu de ce nectar doivent être peu disposés à lui en savoir gré? Il en serait assurément ainsi en France. Point en Angleterre. Les pauvres diables qui n'ont fait qu'entendre le bruit des bouchons disent avec des yeux ronds :

— C'est un grand homme, et qui ne ménage rien, un gentleman pour tout de bon. Il a bu pour deux cents livres de vin mousseux !

Et ils lui donnent leur vote.

Vous allez d'un autre côté. Vous trouvez un bourg où le candidat n'a môme pas eu de compétiteurs. Vous demandez pourquoi. On vous dit :

— Oh ! monsieur, il y a trois siècles que nous votons pour sa famille...

Que répondre à de tels arguments? Ces gens-là sont fiers de leur nobleman, de son luxe, de ses voitures, de ses succès. Ils s'identifient avec lui, jouissent de ses jouissances. Un jour, le député de Falkirk gagne le Derby avec son cheval Thormanby. Aussitôt il télégraphie à ses électeurs : 3 h. 10 m. : Thormanby arrivé premier. Une demi-heure plus tard on lui répond : 3 h. 40 m. : Falkirk ivre comme un seul homme.

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