LES VEILLÉES
ciété et des longues conversations entre égaux dominait dans les campagnes comme dans les villes, et qu'il n'y avait, surtout pour les femmes, aucun autre moyen de le satisfaire Fhiver. Il y avait bien dans certaines paroisses le four banal, qui servait de rendez-vous habituel aux vieillards, aux pauvres femmes qui filaient et aux enfants qui s'y chauffaient à la cendre de son foyer, jamais éteinte Mais il n'y avait pas partout de four banal, et d'ailleurs la salle où il était placé n'était pas toujours assez grande pour contenir une nombreuse réunion. Il faut aussi distinguer les veillées de Bretagne et d'Auvergne, qui conservaient surtout le caractère de réunions de famille, des écreignes de Bourgogne et de Champagne. Dans ces assemblées particulières, il semble que les femmes veulent se soustraire au contrôle et à l'autorité des hommes pour parler plus à leur aise, sans être interrompues ; tandis que les pères et les maris dorment, les femmes, plus actives, plus éveillées, se sentant maîtresses d'elles-mêmes, charment la monotonie du travail par un incessant bavardage ; le malheur est que leur porte n'est pas si bien close que les garçons n'y pénètrent et ne viennent jeter le trouble parmi elles. La vraie place des femmes et des filles est dans le cercle de la famille, et il est rare qu'elles s'en écartent sans que leur réputation risque d'en souffrir.
* Lamartine, les Confidences, V.