UNE CHANSON POPULAIRE
Parmi les chansons des paysans de l'Auvergne, que MM. Paul Le Blanc et Vernière ont bien voulu me communiquer, il en est une qu'on chante encore de nos jours à Pinols, dans l'arrondissement de Brioude, et qui mérite d'être reproduite, parce qu'elle formule les plaintes des paysans de l'ancien temps, qui supportent à la fois le poids des impôts et les rigueurs de leur dure condition. C'est une sorte de complainte, à coup sûr antérieure à 1789.
Trois jours après sa naissance Ayant bien du malheur.
Oh ! pauvre laboureur, Il faut prendre patience.
Car si ta peine est grande, C'est pour te faire honneur*
Le pauvre laboureur
N*a trois petits enfants.
Les mit à la charrue à Tàge de dix ans.
Qu*il pleuve, quMl tonne, qu'il vente
Orage ou mauvais temps.
Vous trouverez sans cesse
Le laboureur aux champs.
Le pauvre laboureur Ressemble un courtisan; Tout habillé de toile Gomme un moulin à vent.
Tout habillé de toile, Ses guêtres bordées Pour empêcher la terre D'entrer dans ses souliers.
Le pauvre laboureur Est toujours tourmenté.
Payant à la gabelle Et les deniers au roi; Toujours devant sa porte Garnison et sergent, Qui crieront sans cesse :
Apportez de Targent I
Le pauvre laboureur Passant pour un vilain, Nourrit la noblesse ; N*y a rien de plus certain.
N'y a pas roi, ni prince, Ni évéque, ni seigneur.
Qui ne vive de la peine Du pauvre laboureur.
vni .