CHAPITRE X LES VEILLÉES
Le goût des réunions et des plaisirs était tel que rhiver même ne les faisait pas cesser ; tandis que les nobles et les bourgeois avaient leurs soirées, les paysans avaient leurs veillées. Antique usage qui se retrouve dans Test comme dans l'ouest de la France. Noël du Fail a dépeint au xvi* siècle les veillois de la haute Bretagne, avec le pinceau vif et sûr d'un témoin oculaire. « C'est une vieille coutume en ce pays, dit-il, et crois que partout ailleurs, de se trouver et amasser chez quelqu'un du village au soir pour tromper les longueurs des nuits, et principalement à l'hiver... Il se faisait des fileries qu'on appelait veillois... où se trouvoient de tous les environs plusieurs jeunes valets et bardeaux illec s'assemblant, et jouant à une infinité de jeux que Panurge n'eut onc en ses tablettes. Les filles, d'autre part, leurs quenoilles sur la hanche, filoient; les unes assises en un lieu plus élevé, sur une
huge ou met à longues douettes, afin de faire plus gorgiasement pirouetter leurs fuseaux, non sans être épiés s'ils tomberaient ; car en ce cas, il y a confiscation rachetable d'un baiser... Les autres moins ambitieuses étant en un coin, près le feu, regardoient par sur les épaules des autres et plus avancées, se haussant sur le bec du pied, et minutant les grimaces qui se faisaient en la place et comble de Thôtel, tirant et mordant leurs fils )>... Les agaceries des jeunes valets, les jeux auxquels ils se livraient , étaient quelquefois grossiers et bruyants ; mais ils ne dépassaient guère certaines limites, parce qu'ils « étaient, dit notre auteur, contreroUés par un tas de vieilles qui perçaient de leurs yeux creux jusque dans le tect aux vaches, ou par le maître de la maison étant couché sur le côté en son lit bien clos et terrassé, en telle vue qu'on ne lui put rien cacher »*.
Ces veillées se sont perpétuées en Bretagne aux deux derniers siècles et même jusqu'à nos jours. Elles portaient au XVII® siècle le nom de fileries et de rendues nuitaleSy et souvent, elles étaient accompagnées de danses^. A la fin du siècle suivant, les filles laissaient encore passer leurs fuseaux par des trous pratiqués dans le plancher ; de telle sorte que si les fils se cassaient, les garçons placés dans la salle basse les rapportaient, au prix d'un baiser et d'une histoire. « Rien n'égale, dit l'auteur qui raconte ce fait, la maladresse des filles dans ce canton ; on n'y voit point d'écheveaux
1 Noël du Fail, Contes d*Eutrapel, XI.
« Statuts syn, de Saint-Malô, 1620, art. 18.