‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 127 sur 140 · LES MOINES · texte numérisé non relu

LES MOINES

L'homme apporta chez vous l'outrage et la terreur.

Il est vrai que ce jour, de sinistre mémoire,

Fut celui qui frappait le génie et la gloire;

Il est vrai qu'à cette heure, affranchi de remords.

L'homme ouvrait les tombeaux pour en chasser les morts.

Niait toute grandeur, tout droit, tout rang suprême,

Et jusque sur son trône insultait à Dieu même !

Le chaos entra donc dans ces cloîtres sacrés :

Les vandales nouveaux, de rapine altérés.

Gravissant à l'envi les cimes les plus hautes.

De leurs parvis heureux dispersèrent les hôtes.

Tout fut enveloppé dans l'outrage mortel ;

L'abomination s'empara de l'autel;

Le vénérable toit s'écroula pierre à pierre;

Où résonnaient les chœurs, où veillait la prière.

Éclata le blasphème et l'obscène chanson.

La mort ne fil jamais plus complète moisson.

Et quand le voyageur, quand l'homme épris d"études.

Explore désormais ces mornes solitudes.

Soit qu'il entre à Clairvaux, soit qu'il monte à Luxeuil

Sur le désastre immense il pleure dès le seuil.

0 vaste Mont-Majour! ô Sénanque! ô Jumiéges !

J'ai vu, meurtris encor de leurs coups sacrilèges,

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Pendre vos saints arceaux ; j'ai, sous vos toits détruits, Entendu s'engouffrer le sombre vent des nuits; J'ai vu, dans l'abandon, la ronce qui pullule Obstruer de ses nœuds le cloître et la cellule. Et la mer qui pénètre aux caveaux souterrains Briser les derniers os des martyrs de Lérins,

Toi donc qui parmi nous, apôtre au cœur austère.

Viens au sol provençal rendre son monastère.

Que ton nom soit béni! que l'homme et que le champ

T'accueillent à la fois d'un sympathique chant!

Par toi, par la vertu qui chez nous t'accompagne.

Déjà tout reverdit, la plaine et la montagne.

Le désert, les chemins sous la ronce effacés.

Retrouvent dès ce jour l'éclat des jours passés.

C'est comme au temps heureux où le pèlerinage

Dans la forêt illustre allliiait d'âge en âge.

Quand les peuples chantants y venaient, quand les rois,

Eux-mêmes, s'avançaient à l'ombre de ces bois

Où pleura Madeleine, où sa grotte fidèle

Pleure encore aujourd'hui, pleure en miîmoirc d'elle!

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