CHEVAL DE REFORME
Salut, vieux serviteur, cheval mélancolique. Qui vers nous, en passant, tournes ton œil oblique; Toi qui, baissant la tête et traînant le licou, Ce soir, à la maison reviens je ne sais d'où, Salut! — D'une pitié je me sens l'âme atteinte, Quand, si triste et si las, et la prunelle éteinte. Je te vois à l'étable, attaché dans un coin. Tirer du râtelier quelques restes de foin! A quoi peux-tu songer de cet air taciturne?... Entre ces murs étroits qu'un demi-jour nocturne
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Éclaire ; sous ce toit lait de vieux soliveaux,
Où pendent des colliers de bœufs et de chevaux,
Où Terrante araignée, à la vitre obscurcie
File en paix le réseau de sa toile épaissie,
Dis, à quoi songes-tu, pauvre déshérité?...
ïu ne fus pas du sort toujours si maltraité.
Ses faveurs ont pour toi précédé son injure ;
Avant qu'il t'exilât dans une grange obscure,
Avant qu'il fît de toi, dans cet abaissement.
Des labeurs de la ferme un docile instrument,
D'un vulgaire ménage un serviteur vulgaire.
Tu fus un fier cheval de tournois et de guerre.
Un de ces beaux coursiers dont le maître orgueilleux
Raconte l'origine et cite les aïeux !
Superbe, en ce temps-là, tu portais avec joie Une housse où l'or pur se tordait dans la soie ; Entre tes blanches dents rongeant un frein d'acier Au lieu de ce bâillon fait d'un chanvre grossier. Les naseaux enflammés, la tête qui s'effare, Tu partais aux premiers accords de la fanfare, Et, comme ce cheval dont l'œil disait : « Allons! » Tu courais au-devant des sombres bataillons. Les clameurs, les tambours, le canon, la niusi(|ue, II. 24
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Kxaltaient, souluvaicut loii poitrail liémïqiie ! Tempérant ton ardenr d'un instinct de pitié, Tu passais sur les morts sans les toucher du pié, Et, digne ami d'un chel" dont tu servais la gloire, Sentais autant que lui l'orgueil de la victoire!
Les jours passent pourtant, et les nobles travaux ; Et quiconque vieillit fait place à des rivaux. Usé par le service encor plus que par l'âge. Tu vins un jour : c'était jour de foire au village. D'un illustre soldat, toi, le fier compagnon, Tu marchais, amené par un vil maquignon. il prôna tes vertus aux hommes de la grange, Et, le dirai-je, hélas! te vendit en échange, 0 tristesse! ô leçon pour ton ancien orgueil ! Contre une jument grise à qui manquait un œil !
— Dès lors, noble animal, ta sombre destinée Glisse de jour en jour sur la pente inclinée. On te met au labour, et, d'ini air de chagrin, Tu creuses le sillon préparé pour le grain. Plus de propos flatteur, de main qui te caresse. Par un injuste maître accusé de paresse. Tout labeur le réclame impit(>yal)lemeiit :