L'USINE
Au versant d'un coteau, seul parmi les ombrages, Je les lisais hier, ces éloquentes pages Où ta plume, abordant les rudes vérités, Raconte les travaux du peuple des cités, Où se dévoile à tous, dans tes sombres peintures, L'enfer des ateliers et des manufactures! — Dans ce gouffre sans fond, le volume à la ninin, Pas ù pas je suivais ton lugubre chemin, M'étonnant d'y trouver, cœur pensif qui frissonne, Tant de iùdeux secrets que pas un ne sou|ir,onnc !
Tel est d'un crayon sur rindiistrieux pouvoir, Ce qu'il peint à l'esprit, l'œil même croit le voir : Je voyais donc se perdre et s'agiter dans l'ombre Tout un peuple fiévreux de travailleurs sans nombre, Pour qui le Dieu clément semble, hélas ! n'avoir fait Ni l'azur ni les fleurs, inutile bienfait. Race morne et proscrite, engeance condamnée! — Avec toi, j'assistais à leur âpre journée : Je les voyais sortir, sitôt que le jour luii, Des obscurs galetas, des antres oi^i, lu nuit, Le vieillard et l'enfant, et l'homme et sa femelle Sur un grabat commun croupissent pêle-mêle. Où vont-ils à travers les sombres carrefours ? Harassé dès l'aurore et marchant à pas lourds, Où va le père? 11 va, dans une infecte usine. Mettre en jeu quelque énorme et hurlante machine; Haletant, nu, sinistre, alourdi de stupeur, Il va vivre, s'il peut, au sein d'une vapeur Qui ronge les poumons et dessèche la gorge. Nourrir une fournaise, attiser une forge. Soulever des marteaux, pousser un balancier. User sa chair saignante à des engins d'acier. Heureux si ce métal qui vous happe et vous broie Ne l'attire lui-même et n'avale sa proie !...