L'USINE
OÙ va la mère, sombre et hâtive en chemin? Reprendre aussi la tâche et le joug inhumain; Dans une étroite chambre où l'on manque d'haleine, Elle va jusqu'au soir tordre un fil, une laine, Tresser, battre, carder, assouplir un tissu, Exécuter sans fin l'ordre une fois reçu, Et songer, tout le jour, à sa triste mansarde Où pleure un nouveau-né que personne ne garde ! Où va, de son côté, le petit de douze ans? Recommencer à jeun des travaux épuisants ; Dans un air ténébreux et chargé de blasphèmes, Faire un métier mortel pour les hommes eux-mêmes; 11 va, pour quelques sous qui lui sont disputés. Subir tant de rigueurs, tant de brutalités, Que l'enfant, au sortir de ce fatal repaire. Regagne un jour le (oit, plus flétri que son père. Et l'aïeul, où va-t-il? Ne parlons point d'aïeux. Les hommes de trente ans sont ici les plus vieux! Seigneur, Seigneur, enfin, loin de toute famille, Sous sa pâleur malsaine, où va la jeune fille? Est-ce pour ces métiers où se jaunit le front. Est-ce pour cette vie où Pâme se corrompt, Est-ce pour cette honte et pour celte torture Que vous mîtes au jour la fivle créature?...
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Elle sort aujourd'hui pure cncor, — mais ce soir L'ange qui la gardait n'osera plus la voir!
Ils rentrent donc, la nuit, au lieu qui les rassemble Sont-ils heureux du moins de se revoir ensemble? Non; l'époux, bien avant d'atteindre la maison, A, dans quelque taverne, égaré sa raison. Il revient, le cœur plein de lie et de querelle. « D'où sors-tu? dit la femme élevant sa voix grêle; Car, aux durs traitements d'un régime oppresseur, Elle-même a perdu ses instincts de douceur. — Misérable, est-ce là ce que tu nous rapportes? Combien, sur ton passage, as-tu cogné de portes? — Tais-toi! réplique-t-il, tais-toi, si tu ne veux Que j'arrache à ton front ce reste de cheveux... » Et la rixe écumante aussitôt se déchaîne. Et les rugissements et les coups et la haine S'entre-choquent dans l'air; et tandis qu'au dedans La discorde sévit, hurle, grince des dents, Souvent la nuit d'hiver, dans le taudis infâme, Ajoute aux attentats de l'homme et de la femme : Il neige, le vent silïle; et, dans le tourbillon. Un enfant meurt de froid sous son dernier haillon!
LTSIXE. 377
Tel est, sévère esprit, dans ta prose nouvelle.
Un exemple des mœurs que ton pinceau révèle :
Chaos dont nul rayon n'éclaire la noirceur ;
Formidables tableaux, qui font que le penseur
Hésite, ballotté de problème en problème,
Et qui de l'homme heureux glacent le bonheur même !
Afin que cette empreinte en moi se grave mieux, Sur un de tes feuillets j'avais fermé les yeux : Quand je les ai rouverts, j'ai vu, changeant de scène. Un groupe de fermiers qui traversaient la plaine. Troupe heureuse! Autour d'eux, la campagne et les bois Riaient, et les oiseaux chantaient à pleine voix. Le chef de la tribu, grave et doux patriarche. S'avançait au milieu, ferme encore en sa marche ; A sa droite, une femme au front pur, à l'air sain. Allait, portant un fils qui pendait à son sein. Deux autres folâtraient sur la verte pelouse. Enfin, jeune et robuste, à côté de l'épouse, Un homme cheminait et lui montrait du doigt Le verger tout en fleurs d'où s'élevait leur toit.
Te voilà bien, disais-je, en ton plus vrai tloiiiaine, Te voilà bien chez toi, noble famille humaine,
:t7S LA VIE UUUALli.
Vieille race d'Adam, que, dès le [)remier joui-,
Dieu mit dans un jardin de délice et d'amour!
(Ju'irais-tu l'aire ailleurs, prise par une amorce?
Tu possèdes ici tes vertus et ta force.
C'est ici que les fils connaissent les aïeux,
Que le père est vaillant, que l'enfant est joyeux,
Et que la femme, heureuse, attentive et fidèle,
Peut répondre au berceau quand le berceau l'appelle I