‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 33 sur 140 · A V. DE L · texte numérisé non relu

A V. DE L

Poëte au chaste front de verveine ombragé, Que fais-tu loin de nous ? Que fais-tu dans ta brume, Dans ce bourbeux Lyon qui trafique et s'enrhume, D'éternels brouillards submergé?

Viens, nous le montrerons un soleil, des campagnes, Des arbres, dont tes yeux resteront éblouis ; Des chênes; un surtout, c'est le roi du pays. C'est le géant de nos montagnes.

Tronc noueux, bras tordus qui pendent vers le sol: Des racines au faîte il est vraiment superbe.

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Plus de huit cents moulons, en été, broutent riiorbe, A l'ombre de ce parasol.

Dans nos champs, grâce à lui, jamais on ne s'égare. Faut-il s'orienter, cherche-t-on sa maison? On se tourne vers lui : toujours à Thorizon, L'arbre vous guide connue un phare.

Vers le milieu d'aviil, au soleil des beaux jours, Il faut voir tressaillir ce magnifique chêne; Il faut, quand l'ouragan contre lui se déchaîne, Entendre ses grondements sourds.

Cet arbre a trois cents ans, on le dit à la ronde. Alors qu'il s'élevait du sol, au temps ancien, Colomb, Kran(;ois Premier, Raphaël, Titien, Se promenaient de par le monde.

Siècle heureux! des grands rois, des artistes puissants ! Il faisait bon de naître en ce temps mémorable. — Il faisait bon surtout d'y naître assez viable Pour vivre plus de trois cents ans!

Depuis lors, sans changer de place et d'attitude, Combien d'événements n'a-t-il pas vus passer !

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C jinbieii ifa-l-il pas vu tlu graïKlours s'éclipser, Sans sourciller d'inquiL'UidL' !

Marguerite, Diane, Agnès, llcurs de nos cours, Blanclies divinités de France et de Navarre, Mêlas! qu'avez-vous fait de votre beauté rare? Qu'avez-vous fait de vos amours?

Tout périt, tout s'éteint, au vent tout s'évapore; Lui seul ne périt pas, lui seul n'est jamais vieux. Les pieds dans le granit, la tête dans les cicux, On prétend qu'il grandit encore !

A l'endroit où le tronc ouvre ses bras épais, Ma femme a fait construire — aimable fantaisie — Une chambre, un boudoir, un lieu de poésie, Une oasis d'ombre et de paix.

Une échelle y conduit. D'un pied tranquille on marche Sur un large plancher suspendu dans les airs; On peut faire un dîner de quatorze couverts Sur l'épaule du patriarche.

C'est un charme : à travers le store di!S rameaux. On admire en dhiant le vaste paysage.

L\ ciif:.M:. 01

On voit le soir vermeil, couleur d'heiireiix présage, Rougir les vitres des hameaux.

On entend pour concert tonte une fourmilière De pinsons, de bouvreuils, d'oisillons dans les nids; Convives en gaîté — comme nous réunis Sous la grande ombre hospitalière.

Quand viendras-tu t'asseoir à ce banquet des dieux? Je ne revois jamais ces ombrages robustes Sans murmurer Ion nom, druide aux chanis augustes. Ami des bois mélodieux !

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