NUIT TOMBANTE
Le jour sur les coteaux s'éteint; la plaine immense Par degrés s'obscurcit; le vent tombe et s'endort. Du grillon près de moi la chanson recommence. Qu'entrevois-je?... un enfant qui glane du bois mort. Te voilà, race humaine à souffrir condamnée! D'où vient l'homme? Où va-t-il? Serai-je encor demain? Quel est le dernier mot de notre destinée? Le savez-vous, ô bois qui bordez mon chemin?
Les formes à mes yeux s'effacent; tout se plonge \u sein d"un demi-jour à peine transparent. Tout ce que j'aperçois n'est-il qu'un vaste songe? Moi-même, à travers tout, suis-je un fantôme crranl?
Les vérités, les lois de ce monde, où sont-elles? Tous les secrets, un' jour, seront-ils découverts? Dites, le savez-vous, montagnes éternelles, 0 masses de granit, vieux spliiux de ces déserts?
Au sortir de ce globe, après tant de chimères, A Dieu, dans son séjour, l'homme est-il réuni? Retrouvons-nous là-haut les âmes de nos mères, Ou bien restons-nous seuls, plongés dans l'infini? La douleur et le mal sont-ils rentrés dans l'ombre? Le savez-vous, rochers, arbres silencieux. Et vous, dont le rayon tremble dans le bleu sombre. Étoiles qui sur moi fixez vos pâles yeux?