‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 92 sur 140 · EAU DORMANTE · texte numérisé non relu

EAU DORMANTE

Ce n'est qu'un vieux bassin, ce n'est qu'un réservoir

Abandonné dans la campagne, Et pourtant il suffit, en passant, de le voir

Pour qu'un étrange ennui vous gagne.

Les murailles des bords ont perdu leur ciment;

Elles s'inclinent ébrécliées, Laissant pendre au hasard, dans leur écroulement,

Un tas de ronces desséchées.

Un seul arbre y végète, un saule caverneux, Tout meurtri des affronts de Fàge,

Qui languit et qui meurt, et, pour cacher ses nœuds, Déploie un reste de feuillage.

'24i LA vu: ULIAALE.

Au fond des eaux verdoie un lapis de cresson.

L?. surface est toujours paisible ; On y devine à peine, à son léger frisson,

Le vol d'un insecte invisible.

Quelques femmes jadis, venant laver au bord,

Égayaient parfois ce silence; E.les ne viennent plus, et l'eau maintenant don,

Et l'herbe tombe en somnolence.

Penchez-vous, écoutez : aucun tressaillement. Pas un soupir qui vous réponde ;

Rien que le morne azur, l'azur du firmament Qui se renverse dans cette onde.

Le ciel s'y réfléchit, de l'un à l'autre mur,

Avec son groupe de nuages ; Et l'on s'étonne, là, qu'un flot peut-être impur

Rende aux yeux de telles images !

Et ce ciel dans cette eau, ces herbes du bassin, Ces murs dont la pierre s'affaisse.

Tout ce tableau de deuil vous fait monter au sein Un flot débordant de tristesse.

F. Al' nORMANTE. 245

Amants, couples heureux, qui, dans la paix du soir,

Traversez la campagne verte, Gardez-vous en rêvant de venir vous asseoir

Sur k'S bords de cette eau déserte !

Des plus riants espoirs, des songes les plus beaux,

Dans cet air, bientôt rien ne reste; Ils meurent en plein vol, ainsi que des oiseaux

Égarés sur un lac funeste.

Mais toi, si tu connus l'ainère trahison,

Si l'abandon fut ton épreuve, Viens, et, ne tournant plus tes yeux à l'horizon,

Heposc ici ton ànie veuve.

Cette eau, ce vaste oubli, pour ton cœur délaissé,

Pourront avoir de tristes charmes, Et sur le noir bassin, de leur chute plissé,

Tu laisseras tomber tes larmes !

LE GUK

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