LE GUÉ
Et les bœufs qui passaient, buvant à l'abreuvoir, Y projetaient leurs grandes ombres.
Et c'était la saison qui précède l'hiver.
Quand le sommeil gagne les plaines,
()uand le ciel au couchant, teint de rouge et de vert, Annonce les rigueurs prochaines.
Et moi par le chemin je revenais aussi.
Par le chemin bordé de roches, Et de cet autre hiver dont le cœur est saisi
Je sentais aussi les approches.
(( Eh quoi! disais-je, quoi! faut-il si peu de temps Pour que l'aurore au soir se mêle!
N'avais-je pas hier la lleiu' de mes vingt ans. Cette fleur qui semble éternelle?
« Fuite des jours! travail insensible et subtil. Dont à son tour chacun s'étonne!
A peine a-t-on perdu les llcurs du jeune avril. Qu'on perd les feuilles do Taulomne! »
Eh bien, ce tableau-là, ces approches du soir. Ce ciel coloré d'un jour triste,
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Ce site que mon œil croyait ne plus revoir, Je le revois, 6 mon artiste!
Il est là tout entier : le bois, les taureaux lents. Le terrain noir, l'eau qui le mouille.
Mon propre cœur enfin, dont les rameaux tremblants Sentent un vent qui les dépouille.
Et j'admire que Part, mêlant quelques couleurs.
Atteigne à cet effet suprême.
Et fasse de mes yeux jaillir les mêmes pleurs
Que la nature et que Dieu même !